07.05.2012
Où l'auteur se (re)livre à un de ses exercices préférés
Le tout proche Fiestival Maelström (c’est cette semaine et j’y serai ce samedi 12) a pour titre « Troubler le futur ».
C’est l’occasion d’un brin d’écriture sous contrainte.
Troubler le futur constitue notre énoncé de départ, qui, à bien le lire, comporte 15 lettres parmi lesquelles 3 voyelles différentes. Voici donc 15+3 = 18 énoncés voisins, classés par ordre croissant de longueur, qui n’utilisent que les voyelles de l’énoncé de départ : il s’agit donc de 18 lipogrammes en a, i et y, au cours desquels, surtout vers la fin, l’auteur se lâche.
Torcher J+1 et sv.
Flouter l’émergent.
De toekomst storen.
To confuse tomorrow.
Perturber le non échu.
Unsere Zukunft stören.
Embrumer le subséquent.
Gêner le cours des choses.
Déconcerter le post-présent.
Corrompre le non encore survenu.
Engendrer un gros bordel censé durer.
Pousser le cortège des jours vers le désordre.
Mettre sens dessus dessous le réel en genèse.
Enténébrer le jour plus un et tous ceux en sus.
Foutre le boxon sur le déroulement escompté des occurrences temporelles non écloses.
Se porter résolument contre le monotone ronronnement de notre bonne fortune égocentrée.
Supporter fermement tous les renversements en mesure de rendre notre sort nettement plus nébuleux.
Plonger en l’onde, d’un geste souple, une pogne, une truelle ou une pelle pour déclencher un mouvement de flux et de reflux, créer une houle, provoquer un remous, éventuellement même rendre le flot un peu plus boueux ; les découvertes que nous réservent en conséquence les éons du Temps en ces reflets déformés et tourmentés n’en prendront que plus de profondeur et d’envergure.
Le tout en bougeant à peine les oreilles.
16:57
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04.05.2012
Où l'auteur participe avec joie et bonheur à la célébration de la mémoire et de l'oeuvre d'un grand poète dont les livres n'ont pas quitté sa table de chevet depuis une bonne demi-douzaine d'années
Rencontre-débat « Amour, délice et Norge »

Présenté par Jean-Luc Wauthier. Récitant: Jean-Luc De Meyer
Amour, délice et Norge : le jeu de mots peut paraître facile, nous rappelant la bonne vieille règle grammaticale des noms à double genre. Il n'est cependant pas superficiel.
Amour, vertu et valeur suprêmes pour Norge: amour de la poésie, certes, mais aussi amour intense et jubilant de la vie. On modifie une seule lettre, et voici que surgit l'humour et l'amour de l'humour.
Car Norge habite un pays où ses voisins s'appellent Magritte et La Fontaine. De Magritte, il a le regard candide qui rend cocasse le réel; comme Magritte, il sait que « toute chose visible cache autre chose de visible »- quand le monstre n'est pas un monstre, qu'une girafe n'est pas un pommier ou qu'un roi diurne est en réalité, la nuit venue, une poutrelle.
Mais l'auteur de « Joie aux âmes » n'a pas le pessimisme existentiel de Magritte. Son voisin de cœur et de chambre, c'est La Fontaine. Comme pour le fabuliste, ceux et celles qui ont voulu « faire du Norge » se sont cassé les dents; le travail poétique de Norge n'est en effet réductible qu'à lui-même; comme La Fontaine, il est à la fois constamment imité et définitivement inimitable. Comme le La Fontaine du « Héron» par exemple, il semble commencer un récit pour l'achever par un autre: son texte poétique est une surprise perpétuelle- Norge, Secrétaire perpétuel de l'inattendu. Enfin, comme La Fontaine, les délices qui émanent de sa plume détestent les cuistres et les pédants ceux qui, tel Victor, ont les idées « pesantes, égales, épaisses ».
Merci à Jean-Luc De Meyer, fidèle suzerain de l'Oulipo et poète en belle humeur, de prêter sa voix et son talent au célébrant de la langue verte et des oignons en fleurs.
En introduction, J.-L. Wauthier présentera son coup de cœur pour le poète Luc Baba.
Date et lieu: Le jeudi 10 mai de 20h à 22h à la Maison des Ecrivains, Chaussée de Wavre 150, 1050 Ixelles
Téléphone: 02 / 511 91 22
Tarif: 5 € -3 € (Etudiants, Enseignants, Demandeurs d'emploi, Seniors)
15:24
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15.04.2012
Où l'auteur établit une foultitude de liens passionnants et improbables entre un musée bien tenu, les dinosaures, un certain désespoir existentiel, un peu de mathématique naturaliste à la grosse louche, le handball et Norge
Parmi les nombreux musées bruxellois qui valent le détour et que je conseillerais sans hésiter au lecteur désoeuvré mais néanmoins soucieux de s'informer des belles choses à savoir au sujet de notre jolie planète avant d'y décéder, celui des Sciences Naturelles (son nom complet : Musée de l'Institut Royal des Sciences Naturelles) n'est guère le moindre. Je viens de m'y rendre deux week-ends de suite, sans pour autant avoir eu l'occasion d'épuiser le sujet, c'est-à-dire de tout zieuter, tant abonde la matière intéressante. Voici quelques notes prises au cours de ces visites, précédées d'une courte introduction.
Les dinosaures ont vécu de -250 à -65.000.000, soit 185 millions d'années. Si on se limite aux spécimens les plus gros, avec une durée de vie de 75 à 300 ans (disons 180 ans en moyenne pour simplifier) et un âge moyen à la reproduction (çui-là qui sert à calculer l'intervalle inter-générationnel) situé au tiers de la durée de vie moyenne, soit à 60 ans dans le dino-cas, ça fait quand même -boum, servez chaud !- trois bons millions de générations de tricératops & apparentés qui se sont succédées sans discontinuer (pléonasmes), ce qui n'est pas rien, et encore, c'est une estimation basse puisqu'il existait des dinosaures beaucoup plus petits qui vivaient nettement moins longtemps, et qui ont donc compté, sur la même période, un nombre de générations autrement plus décoiffant. L'être humain, lui, compte ses années de funeste présence sur terre en quelques milliers, ses générations en quelques centaines… et se comporte comme s'il était éternel. Bref, à côté de la longévité dinosaurienne, le néfaste bipède qui aura disparu d'ici trois générations à tout casser est un micro-couillon (mal et bientôt) fini. Fin de l'intro.
Dans leur cadre superbement rénové il y a peu, les célèbres iguanodons (une variété de dinosaures brouteurs et placides) de Bernissart, découverts en 1883 au hasard du creusage d'une mine de charbon, constituent l'attraction (ou l'extraction, hihihi) la plus spectaculaire du MIRSN. Au prix de performances chimico-manipulatoires pas piquées des canetons et excellemment narrées ici, ces grosses bébêtes ont été montées debout sur leurs pattes arrières (selon les modèles du casoar et du kangourou) alors qu'on a appris entretemps, non sans un certain émoi (triple chez Dutronc), qu'elles se tenaient plutôt à quatre pattes (leurs membres antérieurs sont d'ailleurs fort développés) avec leur colonne vertébrale parallèle au sol, ce qui serait quand même visuellement assez nettement moins impressionnant. Inutile cependant d'envisager de les remettre dans la posture adéquate, les os sont trop fragiles, ça les détruirait définitivement. Un carottage effectué en 2002 à plus de 300 mètres de profondeur a révélé que d'autres squelettes attendent encore d'être découverts, mais… ça manque de fonds pour aller creuser dans les fonds, et l'exemplaire collaboration industriello-paléontologique de la fin du XIXe, qui a vu les travaux miniers s'arrêter pendant deux ans pour laisser les scientifiques pelleter à leur aise, n'est plus de mise par les temps qui courent où tout le monde galope sur les trottoirs.

Leur posture de reconstitution telle que visible au MIRSN

Leur plus vraisemblalbe posture habituelle
A noter l'improbable lien entre les iguanodons et … le handball (oui oui) : Bernissart possède depuis longtemps, et par intermittences, une équipe de handball (de niveau plutôt modeste, et dont la version la plus récente dite Iguanodons s'est éteinte en 2011) contre laquelle j'ai joué une bonne dizaine de fois en 30 ans depuis le milieu des années 70 (sans avoir jamais perdu).
A noter aussi l'autre lien entre les dinosaures placides et le poète belge Norge via son poème Le trimeur qui débute ainsi :
Bonjour bonjour, brontosaure,
Ca fait longtemps qu'on s'est vu.
Aujourd'hui j'existe encore
Et toi tu n'existes plus.
… où l'homme se moque (gentiment) de la paresse du dinosaure et conclut par :
Adieu gros têtard, salut,
Dors maintenant dans des livres,
T'étais trop feignant pour vivre
Et les temps sont révolus.
Très joli, non ? (Le poème complet se trouve à ce lien internet ou sur papier dans Norge, Oeuvres Poétiques 1923-1973, éd. Seghers, 1978, pp 634-636. Un livre indispensable à tout amateur de poésie qui se respecte)
Et pour boucler la boucle, le lien entre Norge et le handball est lumineux puisque Norge est, en Norvégien, le nom de la Norvège, dont l'équipe de handball féminine, dont je suis grand admirateur, est championne du monde. Hopla.
(Il y a des jours où la logique de la cohérence des sujets qui me bottent m'aveugle de sa fulgurante évidence).
Que le lecteur féru de beaux poèmes sache par ailleurs mais aussi ici que je lirai plusieurs poèmes de Norge lors d'une conférence-atelier qui lui sera consacrée le jeudi 10 mai à 20h par Jean-Luc Wauthier, à la Maison des Ecrivains, Chaussée d'Ixelles n° 150 à 1050 Bruxelles.
M'étant perdu dans les méandres d'une pensée digressante, je reviens au MIRSN pour éteindre provisoirement le sujet :
- Exposé non loin des iguanodons, le squelette de Stan le petit tyrannosaure montre qu'il a survécu aux morsures d'un tyrannosaure plus gros, ce qui, même pour un enfoiré de prédateur carnassier patenté, le rend plutôt sympathique ;
- Certaines variétés de dinosaures étaient migrateurs : ils montaient vers le pôle Nord à la bonne saison et redescendaient vers le sud en hiver ;
- Plus les dinosaures étaient grands, plus leur température était élevée ; celle des plus gros est estimée à 48°, 12° de plus que la température du corps humain;
- Du haut de sa grandeur, la science nous dit qu'il existe une limite physique située à 140 tonnes pour les animaux terrestres ; au-delà, en effet, les pattes nécessaires pour porter un tel poids seraient obligatoirement plus larges que le corps de la bestiole : impossible. N'est-il pas rassurant de savoir que les plus imposants animaux que l'on pourrait croiser sur la terre ferme ne sont au maximum que 2.000 fois plus gros que nous (en estimant le poids d'un humain moyen à 70k), et que donc notre insignifiance pondérale relative équivaudra toujours au moins à 0,05% du plus colossalement imaginable monstre à gambettes (une paille) ?
- On trouve au MIRSN les squelettes d'au moins 4 variétés de dauphins dont j'ignorais les noms étranges : souffleur, orcelle, lagénorhynque et sotalie. En cherchant un peu, on en trouve facilement d'autres aux noms aussi biscornus : sténo, tursiops, plataniste, franciscain, boto. Etonnant, non ?
Provisoirement, c'est tout. Provisoirement seulement.
21:57
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09.04.2012
Où l'auteur s'interroge sur un grand mystère
A quoi tient / d'où vient l'inspiration ?
Depuis 35 ans que j'écris, je n'ai toujours pas de réponse à la question. Sauf qu'au plus j'essaie de donner un cadre à la création (du genre : me fixer un horaire précis chaque jour pour écrire) au moins ça vient. J'en ai déduit que l'inspirage a donc un côté bordélique et spontané, ce en prévision de quoi je garde en permanence à portée de la main un petit carnet et un crayon pour y fixer la moindre bribe d'idée susceptible de (dé)générer (en un/le) prochain opus, il suffit que ce soit … la bonne.
En ce qui concerne l'écriture de morceaux de musique, la manière de travailler est restée assez constante dans le temps : je reçois des maquettes dans un état de finition plus ou moins avancé, sur lesquelles je suis censé écrire (et chanter) des textes hautement (ahem) inspirés. Globalement, ça fonctionne, une production discographique relativement importante l'atteste. Mais ça ne marche pas à tous les coups, et même quand ça passe plutôt bien à mes oreilles, ça ne plaît pas systématiquement à mes collègues musiciens qui mettent au rebut certains travaux ; à l'occasion, leurs choix m'étonnent mais je ne m'en formalise pas outre mesure.
Souvent, le sort d'un morceau est réglé dans les trois premières écoutes : je sais d'emblée ce que veux faire, où et comment ; c'est le cas pour les morceaux les plus évidents, les plus mémorisables (pas forcément les plus intéressants), ceux qui feront se déchaîner les foules en concert.
Parfois, j'estime qu'un morceau est déjà complet en lui-même et n'a pas besoin de paroles, ou que celles que je pourrais y placer ne vont pas convenir ; c'est toujours quelques chose de très difficile à faire comprendre à quelqu'un qui vous a expressément demandé de collaborer avec lui sur un titre précis, et c'est toujours très mal pris de sa part ("C'est qui ce gros con qui estime que mon morceau ne mérite pas ses voix?").
Parfois, je traverse de longues périodes de sécheresse pour tel ou tel projet alors que les morceaux sont là : pas forcément à voir avec la qualité de la musique, plutôt avec des choses qui ne sont ou ne se mettent pas en place, des décalages entre des directions souhaitées ou des centres d'intérêt qui sont ailleurs (pour l'instant les miens sont très clairement du côté de l'écriture en français et d'autres activités pas moins créatives mais sans rapport avec l'écriture).
Jusqu'à présent, tous les blocages (qu'un travail volontariste et acharné contribuera plutôt à renforcer qu'à résoudre) sont restés limité sans le temps ou ont été contournés par d'autres moyens. Mais il n'est pas exclu qu'un jour, le flux s'arrête pour de bon. Il sera toujours temps de passer à autre chose.
Bon, la fois prochaine je causerai d'un sujet autrement passionnant quoique relativement connexe : les dinosaures.
20:50
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28.03.2012
Où l'auteur exagère à peine en s'efforçant de dissuader les fous furieux qui envisageraient de faire chanteur
Fais chanteur, coco.
Ah le beau métier qu’il est beau, comme métier.
Quand tu écriras toi-même tes textes, on te dira qu’ils sont nuls ; quand tu chanteras les textes superbes de poètes magnifiques, on te reprochera de ne pas les avoir écrits toi-même.
Tu chanteras en anglais et on te reprochera de ne pas chanter en français, et réciproquement.
Tu tourneras un clip en noir et blanc et on te reprochera l’absence de couleurs.
Tu renouvelleras à chaque album la totalité de ton matériel de studio, tu passeras des mois et des années à créer tes nouveaux sons, tu refuseras de réappliquer les formules qui t’ont déjà valu un hit, et on te dira que tu tombes dans la facilité et que tu fais toujours la même chose.
Dès que tu auras un brin de succès et que tu oublieras une seule fois de saluer un de tes amis (que tu n’auras malencontreusement pas aperçu), on t’accusera d’avoir le melon et de snober tes anciens camarades.
Tu mèneras de front un emploi à temps plus que plein où tu ne lésineras pas sur les heures sup’, une vie culturelle intense, 4 à 5 projets musicaux parallèles qui te prendront quasiment tout ton temps libre si précieux, tu écriras un blog, peut-être des livres, et tu te feras traiter de branleur et de fainéant.
Tu prendras soin, par respect pour ton public, de toujours monter sur scène sobre et bien reposé, en ayant re-répété consciencieusement pour la 15.000e fois des morceaux que tu connais pourtant plus que par cœur, tu te videras les tripes et sortiras de scène en ayant tout donné, et on te reprochera d’être froid, distant et avare d’efforts.
Tu vendras des centaines de milliers de CD dans les pays anglophones, tu y donneras des centaines de concerts et d’interviews sans aucun problème et sans qu’aucun autochtone ne te fasse la moindre remarque sur ta connaissance de l'anglais, mais tes compatriotes railleront ton accent ridicule.
Après 30 ans de scène, quand tu continueras à remplir des salles à Paris, Londres, Berlin ou Chicago, à faire la tête d'affiche dans des festivals de plusieurs dizaines de milliers de spectateurs et à y faire danser ton public sur sa tête, la presse de ton pays n’en écrira plus une ligne. Et, alors qu’on te réclame encore régulièrement partout, des tas de gens - sûrement plus instruits que toi sur la façon de gérer durablement une carrière internationale - te diront comment t'aurais dû faire, que t’as plus le niveau, que t'intéresses plus personne et qu’il est temps d’arrêter.
Et alors que, insensible aux ravages du temps, tu restes objectivement jeune, beau, svelte, chevelu, plein d’humour et que tu votes écolo depuis toujours, on dira de toi que tu es vieux, moche, obèse, chauve, sinistre et d’extrême-droite.
Fais chanteur, coco, ça va te plaire.
19:10
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26.03.2012
Où l'auteur sent que le printemps revient
Deux fois par semaine et depuis le tout début septembre, je traverse, dans la petite ville de Wavre (Belgique), le Pont des Amours qui surplombe une voie ferrée et qui est nettement moins pictural que le pont homonyme situé sur le Lac d'Annecy, illustré ci-dessous. La première fois que j'ai lu le nom de ce passage, il m'a fallu moins d'une seconde pour trouver la contrepèterie qui va bien : Le Pont des Amours / Le poumon des arts. Il m'a ensuite fallu près de 7 mois pour me rendre compte que cette contrepèterie était également une anagramme parfaite. Comme quoi on peut avoir parfois de ces fulgurances dont on ne mesure pas sur-le-champ la portée considérable...

15:40
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15.03.2012
Où l'auteur se dit que quand on cherche, même la nuit en cas d'insomnie tandis qu'on est censé dormir, ah bin on trouve ...
Atelier d’écriture
Retraité du céleri
Titulaire de récré
Décrue littéraire
Relecture, aridité
L'écurie dit : "Arrête !"
Atterrée ridicule
Litière du cratère
Réalité du critère
Recueil de traître
L’érudite récitera
Réécrire « altitude »
Traduire le tiercé
Le rédacteur étiré
A triturer ce délié…
Dire = être articulé
Certitude à relier
L’auditrice terrée
Récit lu, à rééditer
Détruire la tierce
La dureté réécrite
Laïcité de terreur
Rire de l’autre cité
Autre délire écrit
Retraiter le durci
Erreur dite ci et là
Réélire dictature
Réduire ce titre-là
Il a détruit / recréé
Etudier / la réciter
Terre d’acier utile
Cette reliure d’air
Et décrire la truie
Tertiaire crédule
Et détruire Claire
Ce délateur irrité
La crudité retirée
Trace de rire utile
Ta reliure directe
Cet éditeur relira
Utile à recréditer
Dire la terre cuite
De l’écarteur étiré
Et rétrécir l’adieu
Réduire ce titre-là
Etire le truc à dire
Lire cette raideur
Arrêter ici l’étude
Il recruterait Ted
Réciter la tiédeur
Il arrête de cuiter
Ruralité créditée
Terre au décilitre
Ce réel détruirait
Ici leur tétraèdre
Ce traiteur délire
Réaudite ce terril
Retire ce dilateur
Redicter la tuerie
Crédulité à étirer
Tardieu le réécrit
Eclaireur de titre
Il était curé de RER
Etre cet ailier dur
Crier, tuer la déité
Le reître a trucidé
Traduire « érectile »
L’erre était durcie
L’étudié rétrécira
Ce lierre était dur
L’écrire était rude
Ce dur était irréel
Et la cuti derrière
Terrier de l’acuité
Auditer le réécrit
Ridicule être taré
Cartier, dure élite
Ce ratelier érudit
Rieur d’ère tactile
Tirer ce rail du T.E.E.
… et encore au moins trois fois plus, mais moins littéraire…
18:33
Écrit par JLDM
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08.02.2012
Où l'auteur se souvient d'un épique épisode du temps de sa vie il où il fut un jeune loup carnassier dans une grosse boîte capitaliste
C’était au début des années 80. Je travaillais depuis 3 ans à la Direction des Ressources Humaines de la filiale belge d’une grande multinationale. Mon travail consistait principalement à gérer les absences et congés, l’horaire variable et les rémunérations du personnel, et je m’acquittais de ma fonction avec le sérieux et l’enthousiasme coutumiers de mon chef même quand la tâche n’est guère folichonne. Celle-ci me permettait, outre le fait de gagner correctement ma vie, d’être en contact avec la quasi-totalité du personnel de la boîte (800 personnes), car un salarié qui ne se trompe jamais dans son pointage et ne trouve jamais d’erreur sur sa fiche de paie, ça n’existe pas, et je passais de nombreuses heures par semaine à jouer le redresseur de torts.
Un premier événement vint, quoique mollement, troubler la tranquille ronronnance de ma routine administrative : mon chef direct, un jeune loup aux dents longues adjoint du directeur RH, quitta abruptement la compagnie en raison d’une sombre histoire de budget refusé pour un projet auquel il tenait beaucoup mais dont personne sauf lui n’avait rien à cirer. Bref, je me retrouvai du jour au lendemain, alors que je n’avais rien demandé ni anticipé, catapulté cadre à la place dudit démissionnaire, répondant désormais directement audit directeur des RH qui, en dehors du fait qu’il venait de me promouvoir d’un échelon hiérarchique et de me refiler le titre et le confortable bureau de mon prédécesseur avec le mobilier qui allait bien, n’avait aucune tâche ni responsabilité nouvelles à me proposer (je n’allais pas tarder à en lui en trouver, mais ce n’est pas le propos), et donc pas la moindre promesse de largesse salariale à me faire miroiter (car c’est indéniable : plus on s’ennuie dans un boulot, plus on a tendance à estimer qu’on est mal payé ; ce fut assez rapidement mon cas).
Quelques semaines après cette promotion aussi inattendue que non-spectaculaire qui me contraignait désormais à ne plus quitter l’ensemble veston-cravate obligatoire qui assoyait ma crédibilité de jeune cadre auprès du personnel tout en m’enserrant le cou et en me raidissant la nuque, le très redouté Secrétaire Général de l’entreprise débarqua un soir de début septembre dans mon bureau avec mon patron. Il m’annonça qu’il venait me confier un travail urgent et de la plus haute importance exigé par Dieu lui-même, le Très Saint Suprême Président-Directeur Général : il s’agissait de créer un outil fiable pour calculer/prévoir de manière raisonnée les frais de personnel annuels. Venant d’aussi haut, l’affaire était sérieuse et, à première vue, parfaitement dans mes cordes.
Digression non sans rapport direct avec ce qui va suivre : le PDG de la boîte était un homme imposant, sans âge, incommensurablement révéré, craint de tous pour son intelligence supérieure, son acuité dans la rigueur et son incisivité visionnaire qui ne laissaient rien passer, ce qui se traduisait souvent – disait-on – en coups de gueule (et de sabre) dévastateurs. On disait de lui qu’il était tyrannique et qu’il menait les directeurs de département à la cravache. Je l’avais déjà entraperçu de loin à l’occasion de l’un ou l’autre de ses rares déplacements dans la compagnie, car il ne quittait qu’exceptionnellement sa tour d’ivoire où il était toujours périlleux de se faire convoquer car c’était généralement pour s’y faire souffler dans les bronches si pas se faire virer sur-le-champ.
Retour à la demande de Dieu qui me parvenait indirectement : il fallait tenir compte du montant total de tous les frais de personnel déjà générés de janvier à août (donc savoir d'abord où collecter l’information), puis repartir du salaire mensuel brut de chaque salarié présent en septembre et de tous les frais annexes de tous genres et de toutes fréquences, ajouter tous les frais liés aux prévisions d’embauches et de licenciements / départs naturels déjà connus et/ou plausibles jusqu’au 31 décembre (en l’absence de plan global, aller interroger tous les directeurs de départements pour connaître leurs intentions), inclure la gratification de fin d’année (idem) et autres joyeusetés que j’épargne au lecteur, bref un travail de fourmi que le commanditaire m’annonça vouloir ensuite vérifier au plus près afin de le bétonner : je devais être en mesure de justifier, pour chaque mois passé et à venir, chaque mouvement, chaque poste individuel, chaque regroupement par service / unité / département, et de fournir au final un montant prévisionnel global justifié et inattaquable. Je devais aussi pouvoir documenter ultérieurement le moindre écart, par nature et par période, qui aurait pu être observé en cas de distorsion entre le prévu et le réalisé. Et pas question de tenter d’enfumer mon interlocuteur, dont le bon sens et l’expérience en contrôle de gestion tenaient méchamment la route.
Je vous épargne les innombrables aspects techniques de la chose, qui impliquaient une parfaite connaissance du tableur-vedette de l’époque (qui s’appelait Symphony et qui ressemblait déjà très fort à Excel) ainsi que d’un méta-extracteur de database. Un vrai travail de bénédictin alchimiste au cours il fallait surtout veiller à ne rien oublier et encore moins à ne pas se tromper dans les calculs, d’autant plus que j’avais un fameux garde-chiourme à mes guêtres, qui ne laisserait rien passer.
Je me mis alors à bosser quasi-exclusivement sur cette tâche puisque le délai était court et les exigences énormes. Le 20 septembre, après avoir défendu durant des heures, au cours d’un ultime tête-à-tête infernal avec le SG, la méthode, les hypothèses et les chiffres, j’annonçai, au bout d’un rapport de 25 pages hors annexes, le montant total attendu des frais de personnel de ma compagnie chérie pour l’année qui allait se terminer 3,33 mois plus tard : 888.000.000 FB (en francs belges arrondis à 0,1 million, soit environ 22 millions d’EUR). Au bout d’un nombre interminable de questions, le commanditaire que je pressentais convaincu - même s’il n’en laissait rien paraître – conclut l’entretien par un laconique « Bien. » et emporta le dossier sans sourciller à l’intention de Dieu Tout-Puissant. Ce fut la dernière fois que je le vis, il allait quitter la boîte quelques semaines plus tard.
Sept mois plus tard, donc en avril, retentit dans mon cornet téléphonique la voix la plus froide, la plus glaçante et la plus minérale ayant jamais franchi mes pavillons auditifs, une voix que je reconnaîtrais aujourd’hui encore entre cent mille : celle de la secrétaire de Dieu Soi-Même, une vieille et acariâtre célibataire sèche et impitoyable que chacun redoutait et souhaitait entendre ou croiser le moins souvent possible tant elle exsudait la misanthropie congénitale et la revêcherie secrétariale poussée à un paroxysme insoutenable.
- « Mr De Meyer ? Montez chez Mr Z***, immédiatement. », suivi d’un raccrochage immédiat.
L’invitation était irrésistiblement charmante, mais ce n’était pas le moment d’avoir des états d’âme, Dieu m’appelait, c’est donc qu’il devait être au courant de mon existence. Toutefois, pourquoi voulait-il me voir aussi vite ? Au cours des 6 derniers mois, j’avais tellement multiplié dans l’indifférence générale les tableaux de bord, les études statistiques et les excellences administratives de tous types que je me demandai ce qui avait bien pu attirer son attention. Ou alors, avais-je gravement merdé dans un rapport crucial qui aurait atterri par hasard sur son bureau ? Je rajustai soigneusement chemise, cravate et veston et partit dare-dare là où j’étais attendu, sans vraiment savoir où c’était puisque je n’y étais jamais allé – et je mis donc un certain temps à y parvenir.
La secrétaire-chienne de garde me dit de sa voix polaire que je pouvais entrer, et me désigna la porte du Ciel.
J’entrai dans un espace sidéral considérable. Le bureau du Saint-Père était gigantesque. On aurait dit l’intérieur de la Basilique de Koekelberg ou de la Bourse de Bruxelles au cube et tout en marbre dans les tons ocre. A plusieurs heures de marche devant moi, le bureau de l’Omnipotent Monarque semblait avoir été taillé dans un arbre exotique gigantesque et précieux.
Ma vue était encore fort bonne à l’époque et je Le vis, plongé dans ses dossiers au bout de l’horizon, me faire de la main un geste vague que j’interprétai comme une invitation à m’approcher, ce que je fis. En fin de parcours, je faillis m’étaler de tout mon long sur un immense tapis d’une épaisseur inhabituelle… Un nouveau geste de la main, sans un regard, m’indiqua que j’étais prié de m’asseoir. Ensuite, ce fut le silence pendant deux bonnes minutes. Puis, Dieu déposa le dossier qu’il consultait et me regarda par-dessus ses lunettes d’écaille.
- Monsieur De Meyer ?
- Oui. Bonjour Monsieur Z***.
- Cela fait des années que j’attends en vain de la part de mes adjoints directs des prévisions fiables en ce qui concerne les coûts salariaux de cette entreprise. Aucun d’eux ne m’ayant jamais rien fourni de satisfaisant, j’ai eu l’idée de confier ce travail à la personne qui connaît le mieux notre système de rémunérations, en l’occurrence vous. Alors, regardons cela…
Il prit la feuille qui reposait face à lui sur son sous-main de cuir pur buffle :
- Je lis ici qu’en septembre de l’année passée, vous aviez calculé un montant prévisionnel annuel total de …. huit cent quatre-vingt-huit virgule zéro million de francs de dépenses salariales. J’ai reçu hier le montant final consolidé de la comptabilité qui se monte à très exactement… huit cent quatre-vingt-huit virgule un million.
Il s’en suivit un blanc interminable durant lequel je fixai bêtement mon regard sur la feuille qu’il venait de reposer, en me demandant comment ces enfoirés de la compta étaient parvenus à un montant aussi proche du mien alors que mes propres calculs ultérieurs m'avaient fait voir que les écarts que j'avais continué à suivre entre les prévisions et le réel se montaient à au moins trois millions de frais supplémentaires.
- Depuis combien de temps travaillez-vous chez nous, Mr De Meyer ?
- Depuis bientôt 3 ans, Mr Z***.
- Quel est votre salaire mensuel ?
Je lui donnai le chiffre de mes émoluments nets (quinze fois moindres que les siens sans compter ses innombrables avantages de toutes natures et autres montant défiscalisés) ; il décrocha son téléphone et dit (texto) : « S*** [c’ était le nom de mon patron] ? Dans mon bureau, immédiatement. » C’était dit sur un ton neutre, calme, plat, mais qui ne souffrait aucune contradiction. C’était aussi, sans le très poli « Monsieur » qui précédait, exactement la même phrase que la secrétaire avait employé quelques minutes plus tôt à mon endroit.
Mon patron direct apparut, dans un laps de temps plus court que celui dont j’avais eu besoin moi-même, car il connaissait l’itinéraire. Il n’était déjà pas très grand en vrai, mon patron, mais là, il m’apparut carrément minuscule, presque cassé en deux, quasiment servile. On eût dit qu’à chaque pas, il faisait une courbette au Seigneur et maître des lieux. J’ai même cru qu’il allait ramper sous l’épais tapis pour parvenir au siège voisin du mien. Quand il s’y assit, j’aperçus qu’il était haletant, blême et tout tremblant.
- Monsieur S***, votre adjoint ici présent m’a fourni des prévisions de frais de personnel particulièrement remarquables, par conséquent, vous allez me doubler son salaire avec effet rétroactif au 1er janvier.
Tandis que, rompu aux calculs à chiffres pharamineux, mon cerveau calculait froidement et à toute allure le montant colossal inattendu que je venais d’engranger en deux secondes par le fait d’une seule phrase directoriale, mon patron devint carrément rouge pivoine et bafouilla : « Euh, Monsieur Z***, pardonnez-moi l’objection ; certes mon adjoint est un excellent élément, mais ne trouvez-vous pas … euh… qu’une telle augmentation est un peu … euh… excessive ? », ce que je trouvai franchement déplacé (mais mon cerveau continuait en même temps à calculer), car le cuistre au crachoir, tout peu doué qu’il était à son poste, en gagnait lui-même encore trois fois plus.
La réponse du dirlo, que j’aurais dû enregistrer, fut aussi magistrale que cinglante : il y fut question du fait qu’on ne rémunère jamais assez le personnel fiable, et du manque de discernement qu’avait eu à mon égard mon responsable direct, donc lui, le responsable des RH, pourtant censé montrer l’exemple en ce domaine, en me confinant à un salaire indigne de mes talents enfin révélés qui promettaient à cette entreprise d’innombrables lendemains qui chantaient et blablabla.
Quand Dieu nous congédia, je me rendis compte que la situation n’était pas globalement aussi rose que son aspect strictement pécuniaire car, complètement désavoué (et quasiment humilié sur son propre terrain) par le DG en ma présence, je pressentais que mon patron, se rendant compte qu’il n’était désormais plus le seul interlocuteur reconnu auprès de Dieu en matière de gestion du personnel, n’allait plus jamais me considérer avec la même bienveillante bonhommie que précédemment. Et la suite allait me prouver que mon intuition était juste, mais ceci est une autre histoire.
17:04
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23.01.2012
Où l'auteur fait de la réclame pour l'une de ses succursales qui pose ses valises, une fois n'est pas coutume, dans les environs immédiats de son domicile
Pour la seconde année consécutive,
la Maison de la Poésie présente
Les oiseaux moqueurs
Duo littéraire, chansonnier et poético-comico-troupier dont les membres, à total contre-emploi de leur genre habituel, sont Didier Czepczyk dit Le Merle, guitariste émérite de divers groupes alternatifs dont The Breath of Life et Texas Trauma, et Jean-Luc De Meyer dit La Buse, écriveur oulipien et auteur-chanteur fort de 30 ans de présence sur scène dans monde entier avec ses diverses entités généralement électroniques dont Front 242, 32crash et Modern Cubism.
Les Oiseaux Moqueurs proposent un cocktail d’écriture, de poésie, d’humour et de chansons avec dedans de vrais morceaux de bravoure littéraire et de gaudriole burlesque, qui donne un spectacle aussi varié (pour qu'on n'ait pas le temps de s'ennuyer) qu’instructif et rigolo (histoire de se gondoler tout en se culturant). Les influences manifestes de ce duo sont clairement à rechercher du côté de Raymond Devos, Pierre Desproges et Bobby Lapointe.
22:32
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19.01.2012
Où l'auteur montre par l'exemple qu'il ne se lasse pas de jouir des neurones à des énoncés géniaux
J’ai ici déjà maintes fois vanté ici le très percutant génie que Jacques Perry-Salkow déploie régulièrement dans ses anagrammes, et cependant l’une de ses surinspirées trouvailles n’avait point encore à ce jour infusé à sa juste valeur dans ma caboche. Je répare illico cet oubli.
Un jour, JPS a pris toutes les lettres de ROMEO MONTAIGU JULIETTE CAPULET,
les a bien secouées et a obtenu :
- J’AIME TROP TA GUEULE !
- ET MOI TON CUL !
Vérifiez, c'est incontournable. Incroyable, non ?
Y a des statues en or qui se perdent, que j'dis.
18:21
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13.01.2012
Où l'auteur, en villégiature sur une petite île méditerranéante, fait son grincheux
En tant qu’originaire du pays de la bière*, j’ai toujours eu envie d’aller vérifier si les habitants de Malte* étaient bruns ou blonds*. Ce début d’année étant propice, hop direction la petite île sous la Sicile sur laquelle la nation de Corto le Prattien méridionalise tellement dans le Sud de l’Europe qu’elle se situe carrément face à la Tunisie et à la Libye (*bière, malt, houblon : le lecteur averti aura flairé la trilogie).
Dès l’arrivée sur place, le constat s’impose : le Maltais typique est petit, basané, noir de cheveux et peu extraverti : il ignore les mots bonjour, merci et au revoir, et ne sourit jamais au touriste grâce à l'argent de poche duquel il vit pourtant plutôt bien. Il cuisine du lapin, du calamar, des escargots, des câpres et du cumin, tout ce que je déteste ; par contre, il mitonne de petits chaussons fourrés d’un mélange poisson-épinards tout à fait savoureux, et sait faire un bon café latte avec juste ce qu’il faut de mousse par dessus. A noter pour l’anecdote qu’il est prudent de découper son lapin en petites bouchées car il est impossible de l’avaler t*out entier (*La Vallette : capitale de Malte).
Le Maltais n’est guère pratique et encore moins écologique : alors que l’île se prêterait parfaitement à des déplacements à pied, en moto ou à vélo (distances courtes, artères étroites, saturation générale du flux automobile, fréquents embarras de circulation, difficultés de parking), tout est fait, brillamment, pour encourager l’usage de l’automobile et des bus et pour décourager les autres moyens de transport. Le résultat est probant : très peu de motos, aucun vélo, et des piétons qui mettent leur santé (voire leur vie) en péril en tentant de se faufiler au milieu des voitures garées n’importe où et des trottoirs qui disparaissent abruptement sans possibilité de traverser. Sur les routes très mal entretenues d’où est bannie toute ligne droite de plus de cent mètres, on n’est guère mieux loti. Partout, de nombreuses maisons abandonnées - ou jamais finies - s’écroulent, tout s'entasse anarchiquement et sans grâce.

Quelques vieux temples (dont les supposées plus anciennes pierres superposées de l’humanité, datant de 3.600 av. J.-C., sur l’île annexe de Gozo*), de fascinantes catacombes, la très belle et silencieuse ville de Mdina (l’ancienne capitale, illustrée ci-dessus), des criques et des rochers fouettés par des vagues qui passent de 20 à 30 centimètres de haut en cas de forte tempête, des musées minuscules au contenu d’un intérêt douteux et au rapport qualité/prix très contestable, rien n’est parvenu à me faire changer de ma première impression pas très favorable (*c’est en souvenir des ex-Yougoslovaques, je suis allé sur place voir ce que Gozo vaut).
Bref, je suis allé à Malte. Y retourner ? Jamais : j’ai tout vu.
13:46
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23.12.2011
Où l'auteur recause manobalo
Une longue impasse ablogante sur les péripéties mondialo-handballistiques ne signifie nullement que j’ai perdu le moindre intérêt pour mon sport favori, tant s’en faut. Donc voici de sélectives nouvelles de mes chouchous que je n’ai guère cessé de tenir à l’oeil.
La craquante Gro Hammerseng (photo qui suit) a récemment disparu des terrains tant avec son club Larvik qu’avec l’équipe nationale de Norvège car elle est enceinte, ce qui n’a pas empêché ses compatriotes de (re)devenir Championnes du Monde il y a 15 jours en dominant nettement en finale une formidable équipe de France épuisée par les efforts répétés, où Marion Limal n’a été appelée en renfort qu’en dernière minute pour disputer ladite finale au cours de laquelle elle a fort peu joué. Certes, si Melles Pineau et Signate ne s’étaient pas gravement blessées en cours de compétition, l’issue de la rencontre eût pu être différente, mais on ne réécrit pas l’histoire ; les Darleux, Dembele, Gnabouyou, Kanto, Lacrabère (qui m’ont impressionné, chacune dans son registre personnel… et en équipe) et consortes auront, qui sait, l’occasion de prendre leur revanche et de faire encore mieux lors des J.O. tout proches. Toutefois, en raison d’une organisation parfaitement débile de la Fédération Internationale, la 2e place de la France ne la qualifie nullement pour les J.O. ; elle devra passer par un piégeant tournoi de qualification, une aberration sur laquelle l’entraîneur Olivier Krumbholz ne s’est pas privé de tirer à boulets rouges, à juste titre.

La moitié des titulaires de l’équipe de Roumanie étaient elles aussi enceintes, et par conséquent, très logiquement, le pays d’Aurelia Bradeanu (à l'attaque sur photo ci-dessous) n’a pas pesé bien lourd. Quant à l’Allemagne, hormis une victoire initiale contre une Norvège en rodage qui n’allait plus perdre la moindre rencontre par la suite, elle s’est montrée - à l’instar de son homologue masculine au dernier Mondial - d’une faiblesse aussi insigne qu’indigne et a terminé l’épreuve dans les bas-fonds du classement, s’attirant en outre les foudres unanimes de la presse sportive d’outre-Rhin.

En France, l’US Dunkerque a connu un début de saison difficile avec les absences conjointes de Bastien Lamon le moteur et de Sébastien Bosquet le buteur ; du coup, après avoir frôlé les cimes d’une qualification en Champions’ League en ne s’inclinant qu’aux prolongations face aux prestigieux Lions teu(très)toniques du Rhein-Neckar (qui étaient dans le Final Four l’an passé), le club a connu - au grand dam son nouvel entraîneur Pat Cazal - les affres d’un passage en tout bas de classement de la LNH avant de retrouver son équipe complète, de sortir de sa relative léthargie (plusieurs joueurs loin de leur meilleur niveau se sont enfin réveillés) et de remonter rapidement la pente en enchaînant les victoires pour se retrouver aujourd’hui à la 4e place, à un seul petit point de la solide équipe de Saint-Raphaël. Au rayon joueurs, le formidable et surpuissant international hongrois Kornel Nagy s’est bien intégré et constitue un renfort de premier choix ; chez les jeunes, ; l’arrière Thibaud Fatoux récemment promu en équipe première s’est blessé, de même que Pierre Soudry qui s’était mis en vue en assurant plus que correctement - bien qu’à un moindre niveau - l’intérim de Bosquet ; le pivot Benjamin Afgour est convaincant à chacune de ses (trop rares) apparitions et l’ailier Julian Emonet vient de signer un contrat professionnel ; Jérémy Darras, peu utilisé, est parti à Ivry. Quant à l’ancien belge du club, l’ailier de poche Gert-Jan Mathijs (ci-dessous), il s’est opportunément reconverti en meneur de jeu et cartonne avec son nouveau club de l’Estudiantes de Tournai (contre lequel je jouai jadis quand il s’appelait encore l’Estudiantes Kain) qui domine cette année la D2 belge.

Le joueur-phare de Montpellier, Nikola Karabatic (triple et régnant champion olympique, d’Europe et du Monde) vient d’être sacré Champion des Champions en France. Le sympathique colosse était touchant à voir, en smoking et nœud pap’, tout ému et un peu gêné de recevoir, sans ses coéquipiers, un trophée individuel alors qu’il officie dans un sport collectif. Il est en tout cas un parfait ambassadeur de ce sport qui échappe encore à l’hypermédiatisation et aux abus et dérives systématiques de tous genres qui l’accompagnent. Quoi que … l’image du hand a été récemment ternie par un certain nombre de scandales et de malversations remontant jusqu’au plus haut niveau (corruption, matches truqués, …), que je passerai -charitablement- sous silence.
Prochaine compétition : l'Euro masculin, du 15 au 29 janvier 2012 en Serbie. La France est dans le même groupe que l'Espagne, la Hongrie et la Russie, il va falloir démarrer à 100% car c'est de loin le groupe le plus fort...
09:55
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22.12.2011
Où l'auteur donne la solution d'une énigme pas si difficile que ça, finalement...
Le prénom à insérer est Vanessa, après l’article ‘la’, ce qui donne : « J’ai réparé la vanne et ça marche », indubitablement une phrase de chauffagiste…
Etonnant, non ?
14:17
Écrit par JLDM
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20.12.2011
Où l'auteur questionne sans ambages la créativité prénominale de son lectorat
Voici une phrase de carreleur : « J’ai réparé la marche ».
Question : quel prénom féminin peut-on y insérer pour la transformer en phrase de chauffagiste ?
11:04
Écrit par JLDM
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12.12.2011
Où l’auteur tient la chronique d’une journée ordinaire outre-manche, faite d’une succession ininterrompue de hauts et de bas respectivement signalés par + + + et - - -
Dimanche 12 décembre 2011
+ + + 08h35 Le café au lait, plus particulièrement celui de chez Starbucks à l’aéroport de Glasgow, s’il a tendance à me tordre les boyaux, fait toujours du bien quand il me passe par le palais. J’ai craqué, une fois de plus.
- - - 11h45 Arrivée à l’aéroport de Luton Town dans la banlieue de Londres. Au lieu d’une camionnette comme prévu dans le contrat, ce sont deux voitures qui nous attendent. Le matériel du groupe entre tout juste, ses membres s’entassent comme ils peuvent (comprenez : comme des sardines - ça conserve) et s’abstiennent de respirer pendant les 50 minutes du trajet, de peur de faire exploser les vitres.
+ + + 12h45 Libération des pliés : Front 242 est arrivé à la salle Koko au coeur de Camden.
- - - 12h46 Les portes sont fermées, les cocos du personnel n’arrivent qu’à 13h.
+ + + 13h10 Nous découvrons la salle, magnifique, colorée, un théâtre à l’ancienne sur 6 ou 7 niveaux, avec des satyres rouges en guise de colonnes, une sorte de caverne d'Ali Baba avec des tas de recoins, de balcons peints en or, de loges, de passerelles, de passages cachés, de quoi se perdre cent fois, avec une sono flambant neuve irréprochable d’une qualité tout à fait inhabituelle pour la ville et le pays. Il paraît qu’on a déjà joué ici. Je ne m’en souviens pas.
- - - vers 14h15 La qualité douteuse de la plomberie anglaise me saute à la figure, une fois de plus : robinets mal fixés qui fuient (mais je les rattrape aussi sec… si je puis dire), eau tantôt glaciale tantôt brûlante mais toujours impossible à caler sur tiède, canalisations de travers, carrelages mal posés, bac de douche pas d’équerre, et j’en passe car il est trop facile de crier haro sur le bidet. Le constat est implacable : à Londres, la Pologne est sous-représentée.
+ + + vers 15h Arrivée dans les loges de mets divers, dont un bloc de cheddar. Dans ce désert de péripéties, un rien suffit à me mettre en joie.
- - - vers 16h00 Fin de l’interminable sound-check. L’hôtel est trop loin et le trafic de pré-Noël trop dense que pour envisager d’aller y faire une sieste de pré-concert, nous décidons de rester sur place.
+ + + 16h32 Dans notre loge, deux grands fauteuils Chesterfield 3 places accolés font un confortable lit de 2,00 x 1,80 m, soit quasiment 3 places. L’opulence du confort m’inspire l'improbable contrepèterie du jour, tombée je ne sais jamais d'où ni pourquoi : « Bronski Beat / bite qui bronze ».
- - - 16h45 Mon voisin de lit improvisé s’endort avant moi et ronfle comme un scieur de long. Je compte des centaines de moutons pour rien.
+ + + 17h30 Le ronfleur doit se réveiller : un membre de sa famille l’attend à l’entrée de la salle. Je m’endors dans les trente secondes qui suivent son abandon de la couche commune.
- - - vers 19h L’un des techniciens locaux me fait part de son irritation devant les remarques désobligeantes des membres de l’un des groupes qui jouent avant nous, qui n’ont pas attendus d’avoir du succès pour déjà se montrer désagréables et prétentieux. « Ils me traitent comme de la ***, ces **** de ***, alors qu’ils ne savent même pas utiliser leur propre matériel ». Je compatis, la vie est dure et les gens sont méchants, un petit Jack Daniel’s ?
+ + + 21h25 Mon nouveau costume de scène est léger, soyeux, agréable à porter. Et il me sied à merveille, ajoute ma secrétaire attitrée. J’approuve.
- - - 21h40 Ca fait 10 minutes que j’attends mes camarades à côté de la table des retours, ça fait 10 minutes qu’ils m’attendent de l’autre côté de la scène. Sans qu’on s’y soit aperçu. Brève engueulade, tempérée par le fait qu'on est largement dans les temps.
+ + + 21h45 Après trois groupes de (donc) première (à troisième) partie(s), début du concert devant plus de 1.000 gens (qui font du bruit pour notoirement plus) dans une salle bourrée à tous les niveaux jusqu’au pigeonnier et d’où tout le monde voit bien. Combien d’artistes non anglophones peuvent se permettre une telle affluence à Londres après 30 ans de carrière et sans actualité discographique, hein, je vous le demande ? Bien entendu et comme toujours, il n’y en aura pas une ligne dans la presse belge.
- - - 21h50 Deuxième morceau du set, le début de mon concert puisque je skippe toujours le premier. Je descends sur scène (oui, dans certains salles on monte sur scène, dans celle-ci on y descend) avec la sveltitude élégante d’une bondissante gazelle soudanaise (2 kilos de moins en une semaine, m’a dit ma balance) pour me rendre compte avec effroi que je n’entends tellement strictement rien* de ma voix (* notez les 3 adverbes qui se suivent) que j’en viens à douter un instant de la réalité du switchage de mon micro sur on (m'apprêter à concéder une si gravissime faute professionnelle, c’est dire l’étendue de mon désarroi) alors qu'il n’en est rien : je vois bien, en louchant de derrière mes noires lunettes, que le petit témoin lumineux vert pomme qui fait luciole sous mon nez est allumé et que les batteries sont à 100%. Je fais donc à la fois le gros dos et semblant de rien, et je m’applique. Dès la fin du morceau, je quitte toutefois rageusement la scène pour aller calmement (oui, je m'énerve toujours calmement) menacer de mort notre ingénieur des retours qui, craignant légitimement pour ses jours, rétablit illico la balance idoine, sauvant ainsi de justesse son existence un instant en vrai péril d'annihilation.
+ + + 22h15 Le public bouge de plus en plus frénétiquement. Je repère au 2e balcon un gars quasi prêt à se jeter dans la fosse.
- - - 22h25 Il n’a pas sauté, finalement. Ou alors je ne l’ai pas vu. Mais il me semble qu’il est désormais dans le moshpit. Konzentriert bleiben !
+ + + 22h45 Contrairement à Glasgow hier soir et sauf erreur de ma part, je ne me suis pas encore trompé dans les paroles, alors que la fin du concert se rapproche. Aïe j'ai pensé trop vite ; sans raison, je cafouille 4 phrases d'affilée dans le morceau qui suit.
- - - 22h55 Pas possible, on doit écourter le rappel alors que l’enthousiasme ambiant nous en aurait autorisé quinze d’affilée : il y a un couvre-feu à 23h dont on ne nous avait pas prévenus !
+ + + 23h02 Retour dans les loges avec unanimité des présents : au vu de la réaction des spectateurs, on peut revenir jouer à Londres chaque année de la décade qui vient.
- - - 23h07 Prendre une douche ici c’est jouer avec sa vie, et la vie est faite de renoncements.
+ + + 23h40 Un Anversois devenu londonien depuis 10 ans déboule dans les loges et nous assure avec enthousiasme qu’il est exceptionnel de voir le public londonien bouger autant. On lui verse un verre de champagne. Une telle faveur à un type jamais vu, ça c’est du jamais vu. D’un autre côté, et avec le recul, s’il était si convaincant… c’est peut-être qu’il avait très soif.
Lundi 13 décembre
- - - 00h15 Il pleuvine et on s’inflige un nouveau pliage de voiture pour le trajet vers l’hôtel. Je suis saisi d’une crampe inédite… à la hanche. C’est original et trrrrès douloureux. Sans compter les sarcasmes de mes co-repliés voisins, des sans-cœur qui pouffent à mon malheur sans compassion pour ma détresse.
+ + + 01h00 Arrivée à l’hôtel 5 étoiles dans une suite de 4 pièces. Après l'indispensable douche savonnante destinée à substituer à mon odeur de bouc en rut un parfum abricoté de chérubin savonnique, et tandis que je me cultive l’esprit par une saine lecture bouquineuse instructive, j’entends ma très matérialiste secrétaire, depuis la salle de bains, pester contre cet hôtel de m*** qui ne fournit même pas de sèche-cheveux. Je jette un œil discret à la section Hairdryer dans l’Hotel Services Directory pour y lire que ledit ustensile se trouve dans l’un des tiroirs du bureau (drôle d’emplacement, n’est-il pas ?). Je l’en sors discrètement, vais le placer subrepticement dans la salle de bains tandis que la furie persiste à enrager en tournant en rond dans la pièce-salon, puis lui dit benoîtement qu’il doit se trouver là où on l’attend et qu’elle aura mal regardé. Elle y retourne, l’y trouve à son grand étonnement, et embraie en blâmant l’étendue de ladite pièce d’eau qui, effectivement, doit bien faire 3 mètres de long sur 2 de large.
- - - 05h15 La rame de métro annoncée à 05h23 partira sans moi (oui, j’avoue, j’ai honte, je pars seul en avance sur tous les autres pour de basses raisons de conscience professionnelle) car la station devant laquelle je poireaute, pourtant censée ouvrir à 05h00 selon internet, n’ouvrira qu’à 05h30 selon son chef qui a décidé que. Du coup, je doute de pouvoir arriver à temps à la gare St-Pancrass (en français : saint Pancrace, le saint qui protège de la pollution globale) pour catcher in time mon étoile d’Euro.
+ + + 06h20 Le trajet essentiellement souterrain n’a finalement fait que 40 minutes au lieu des 60 que j’appréhendais, il n’y a que peu de file au security check, j’ai donc le temps d’aller me chercher un casserapide.
- - - 06h42 L’Eurostar contenant mon siège occasionnel part dans 8 minutes alors que ça fait 11 minutes que j’attends qu’on me réchauffe le panino sur lequel j’ai jeté mon petit-déjeunesque dévolu. Un analyste attentif - à condition qu’il ait appris que le contrôle de mon bagage n’aura nécessité que 5 petites minutes - en conclura que j’ai fait la file durant 6 minutes avant de passer commande, et il aura raison. En Angleterre, il n’y a pas que la plomberie qui est indigente, il y a aussi l’électroménager de cuisine qui est lent.
+ + + 09h11 Arrivée à Bruxelles-Midi. Il ne me reste qu’à rejoindre la bonne gare, retrouver ma voiture garée juste à côté, regagner à son volant mon logis pour y déposer mes affaires et me vêtir adéquatement pour aborder avec retard mais entrain une joviale journée de travail qui sera suivie par trois heures de cours de langue.
- - - 11h et des poussières La très respectable institution qui m’emploie semble avoir fonctionné correctement en mon absence durant une matinée presque entière. Personne ne m’attend ni ne semble avoir remarqué que je n’étais pas là. Je m’en sens légèrement dépité.
17:34
Écrit par JLDM
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09.12.2011
Où l'auteur narre une histoire vraie qui donne froid dans le dos
Mon oncle est fort opportunément marié à ma tante et ils forment à deux un couple formidable qui, ça tombe bien, a (ou ont ?) la chance incroyable d’être les parents de quatre de mes cousins les plus fréquentables avec lesquels additionnés de leurs conjoints et marmailles respectives, ils forment un pan familial étendu d’une tenue irréprochable sur le plan de la constance dans l’excellence qui - ô miracle ! – pétule généreusement jusqu’au bout de la plupart des feuilles des moindres branches des nombreuses extensions ramificateuses du conifère généalogique où j'ai mes racines.
Plusieurs mois par an, ledit couple onclo-tantesque s’en va vaquer - notamment à l’ombre du marronnier géant qui projette sur les convives attablés une ombre rafraîchissante au plus fort des journées caniculaires - dans la très jolie et spacieuse ferme qu’ils ont rénovée en grande partie de leurs blanches mains non loin de Bordeaux, au sommet d’un pic rocheux dominateur de vertes vallées majestueuses où je passai il y a quelques années de merveilleuses et inoubliables vacances de farniente absolu.
Amateurs de bon vins, ils ont en outre (hihihi) noué là-bas, en quarante ans de présence assidue, quelques solides amitiés, notamment avec un exploitant-viticulteur-récoltant-embouteilleur-négociant renommé, propriétaire d’un château et d’un domaine de plusieurs dizaines d’hectares de vignes (oui, de vignes, il eût été hautement improbable que j’annonçasse des hectares d’oliveraies), avec qui ils sont à tu et à toi ; non contents de se commettre ensemble dans l’importation alcoolisée de plusieurs milliers de bouteilles par an des meilleurs crus (sans accent circonflexe) de la production locale, il vient régulièrement loger chez eux quand il se déplace en Belgique, et ils passent fréquemment en son vaste château de longues soirées d’agapes bien arrosées. Bref, ils sont amis coripaillants et en contact fréquent.
Or, voilà que l’été passé, le téléphone rouge toujours fort actif entre eux semble soudain aux abonnés absents : les appels sonnent dans le vide, le répondeur ne rappelle pas, c’est le silence, le désert, l’absence irrémédiablement permanente, l’aphonie totale.
Un peu inquiets quand même de la persistance de non-nouvelles, tata et tonton décident un beau matin de se pointer sur place pour aller constater de visu ce qu’ils ne peuvent plus apprendre de auditu. Hop donc dans la voiture, direction les abords du petit village de *** dont je tairai bien évidemment le nom par discrétion. A leur arrivée, ils découvrent le domaine - jusqu’alors entretenu au poil avec une rectitude disciplinaire s’étendant jusqu’au moindre brin d’herbe pelousier - dans un état général certes encore à peu près correct vu de loin, mais trahissant cependant un abandon manifeste quoique récent de la tradition séculaire de bichonnage au plus près dont s’enorgueillissait sans trève depuis des siècles cet endroit paradisiaque.
Entrant par la grille entr’ouverte, ils se retrouvèrent soudainement nez à nez avec un homme fort petit, de couleur beige foncé, d’un âge incertain, aux cheveux gras et noirs, et aux yeux bridés.
« Bonjour Monsieur, lui dirent-ils, nous sommes des amis de Monsieur *****, est-il là aujourd’hui ? »
« Lui parti. Tout vendu. Tout ça à nous maintenant ! » dit le petit homme dans un français à la fois nasillard, rudimentaire et approximatif dont l’orthographe néanmoins impeccable est à porter à mon crédit.
« Euh, pardon ? » balbutia mon oncle sidéré, « Tout vendu ? Vous voulez dire qu’il vous a vendu son domaine et toutes ses vignes ? »
« Tout vendu ! Tout ça à nous ! » répéta le petit homme peu soucieux de varier son vocabulaire et ses expressions, ce qui permet de copier-coller bêtement le milieu de sa phrase précédente pour restituer à la lettre le contenu de ses propos. Peu habitués à converser avec des allocontinentaux ocrocolorés si peu au fait des bons usages grévissiens, et persuadés qu’ils n’en tireraient rien de plus, ma tante et mon oncle prirent alors congé et rentrèrent chez eux mi-incrédules mi-dépités.
Quelques jours plus tard, à son interloquage renouvelé mais en quantité moindre, mon tonton reçut la confirmation par l’ex-propriétaire enfin revenu du diable vaurouge (ou du diable vos verres, au choix), qu’effectivement il avait reçu pour son domaine et sa production vinicole une offre mirobolante provenant d’un groupe hôtelier chinois employant 150.000 personnes de par le monde, qu’il n’avait pu ni voulu résister à l’appel de ces généreuses sirèmes couleur canari, et qu’il s’était volontairement coupé du monde durant plusieurs semaines consécutives, le double temps d’étudier la proposition tombée du ciel et d’organiser triploconcomitamment la conclusion de la vente de ses biens, l’acquisition d’un autre logement et le placement de sa toute nouvelle fortune.
Ah bé crénom ! On se croirait dans une mauvaise fiction, mais on est en plein dans le réel, mon bon monsieur : les Chinois en train d’acheter la France sous nos yeux ébahis, c'est carrément le vent de l'histoire qui est en train de tourner …
19:47
Écrit par JLDM
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01.12.2011
Où l’auteur montre par l'exemple comment, naviguant à sa guise dans les méandres de conversations ordinaires, il en vient à se retrouver successivement effaré, incompris et seul
Hier, un ami m’a gsmé pour me dire qu’il n’allait pas bien : perte de confiance en lui et dans son efficacité au travail, sommeil rare entrecoupé de cauchemars, glissade vers la dépression, le tout provoquant la panoplie des successions des répercussions qui s’ensuivent* sur sa santé, qui inexorablement décline. En soirée, au calme, je lui envoyai un petit mail d’encouragement, auquel il me répondit en terminant - alors que c’est un fin lettré à l’orthographe irréprochable - par cette formule étrange: « Bonne fin de journée, bonne fin de semaine, bonne fin de moi et bonne fin d’année » (sic). Aaargh ! Lapsus lugubrement révélateur qui me confirme qu’effectivement, il va mal…
* empilement de pléonasmes, youpi !
Un lundi soir récent, ma prof d’Allemand demande à la classe : « Geben Sie mir bitte ein Synonym für ‘feminin’ ». Elle souhaitait évidemment qu’on lui réponde par l’adjectif ‘weiblich’ qui est le terme générique utilisé en grammaire allemande pour désigner le féminin. Comme personne ne répondait, je pris la parole : « Synonym für feminin ? Einfach (1) ! Katastrofal, negativ, Schlangzunge (2), unbequem (3), teuflisch (4), … ». Elle m’a regardée d'un air effaré, et a dit : « Mais non ! Quelqu'un d'autre ? » Une moitié de la classe a ri.
(1) facile - (2) langue de vipère - (3) inconfortable - (4) diabolique
Le fils d’un de mes voisins, un élève d’une seizaine d’années, m’a dit ce matin :
- Je n’ai pas d’examen demain.
Je lui rétorquai sans vraiment y réfléchir, comme ça paf du tac au tac tout droit dehors :
- Mais rien ne dit qu’ils ne t’examineront pas les pieds !
Il m’a regardé de travers et sans comprendre. Et là, je me suis senti un peu seul. Mais bon, pouvais-je légitimement espérer la moindre connivence intellectuelle de la part d'un gamin né deux générations après la mienne ?
12:41
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25.11.2011
Où l'auteur, c'est pas si souvent, met une photo

Front 242 au Sinner's Day - Hasselt - 30/10/2011
18:10
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22.11.2011
Où l'auteur revisite la Genèse
Le premier jour, Dieu créa l’univers, tous les corps célestes et la Terre.
Le deuxième jour, Il créa le jour et la nuit, les océans, les mers et les continents.
Le troisième jour, Il créa les plaines, les lacs, les fleuves, les montagnes et les forêts.
Le quatrième jour, Il créa les animaux, les plantes et les minéraux.
Le cinquième jour, Il créa l’Homme, son chef-d’oeuvre
Le sixième jour, Il créa la Femme. Et là, franchement, on a vu qu’Il était fatigué…
13:50
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04.11.2011
Où l'auteur rend un hommage appuyé à un grand homme finalement fort mal connu
Cette semaine je me suis offert une Deutsche Kulturwoche afin de me familiariser avec le patrimoine historique et culturel du quasi seul pays européen qui échappe encore un tant soit peu au ridicule ambiant dans lequel pataugent allègrement ses voisins, régis qu'ils sont par des personnages aussi arrivistes et imbus d'eux-mêmes qu'incompétents et menteurs, dont la moindre saillie publique vous ôte davantage et irrémédiablement l'envie d'aller encore dépenser vos sous à l'intérieur des frontières où ils sévissent. Une belle occasion donc de combler les innombrables trous qui peuplent les lacunes où baignent les manques de mon éduquage en matière de connaissances teutonnes puisqu'avant ce début novembre, mon compteur de visitage de lieux culturels outre-rhénanesques se montait honteusement à pas plus de 5 ou 6, à peu près équitablement répartis entre châteaux et musées, je n'en suis pas fier.
L'une des non moindres étapes de mon périple me mena au fort intéressant Musée Gutenberg de Mayence (Mainz). Qu'en retins-je, me demanderez-vous ? Ce qui suit, répondrais-je en une double phrase dont les quatre premiers verbes, vérifiez, sont tous conjugués à des temps différents dans le seul but de produire un énoncé au contenu varié parce que comme ça c'est plus joli.
Les Orientaux ont développé des techniques (rudimentaires) d'imprimerie bien avant l'Occident : le musée susnommé possède l'un des plus anciens imprimés au monde, en provenance du Japon et datant de l'an 770, soit près de 7 siècles avant la découverte de JG (Gutenberg se prénommait Johannes, s'il avait été Français il se serait donc appelé Jean Bonmont). Les techniques orientales d'imprimerie ne sont, à l'opposé de la poudre à canon, des sushis, des bonsaïs et des films de Kurosawa, jamais arrivées jusque dans nos régions. Avant JG, les livres en Europe restent extrêmement rares et coûteux à produire : ils sont écrits à la main ou imprimés par xylographie (gravure sur des matrices en bois assez vite détériorées).
Gutenberg n'a pas inventé l'imprimerie ex nihilo ; avant d'y parvenir, il fut aussi l'inventeur de toute une série d'innovations technologiques aussi préalables qu'indispensables : le poinçon, des alliages de métal et des moules pour fondre les lettres, des formules d'encre, la manière d'aligner des lettres, une presse mieux adaptée, etc.
Après quelques essais, déjà âgé de 50 ans (soit, à l'époque, déjà un vieillard) et espérant rentabiliser au plus vite de lourds investissements, JG se décida assez logiquement à produire en série l'inamovible best-seller de l'époque : la Bible. Pour ce faire, il dut fabriquer pas moins de 290 caractères différents : tous les signes de ponctuation ainsi que toutes les lettres de l'alphabet, non seulement en majuscules et en minuscules, mais aussi en versions allongées ou raccourcies, de manière à pouvoir systématiquement utiliser toute la longueur (et ne laisser aucun blanc à la fin) dévolue à chacune des 42 lignes de chaque page. Même dans ce cadre, tout n'était pas imprimé : il laissait systématiquement en début de chapitre un grand blanc de forme carrée destiné à recevoir la première lettre de celui-ci, ajoutée et enluminée à la main. A noter que moins de la moitié de la surface utile de chaque page est imprimée (les marges au-dessus, en-dessous, à gauche et à droite sont énormes); si JG avait utilisé la totalité de la surface, le nombre total de pages nécessaires en eût été grandement diminué. Je suppose qu'il n'était pas possible de faire techniquement mieux. Ou peut-être JG envisageait-il des illustrations manuelles postérieures dans les marges? Je n'ai pas de réponse à cette question.
Quelques chiffres pour donner une idée de la colossale progression de productivité induite par la découverte de l'imprimerie : un copiste mettait environ 3 ans pour produire une Bible ; sur ce même laps de temps, Gutenberg (à ses débuts, donc avec une technique pas encore tout à fait au point) en imprima 180 pour le quart du prix chacune, soit un gain global productivité-prix de l'ordre de 1 à 720.
En triple raison de l'épaisseur du support (parchemin, papier), de la longueur du texte et des problèmes techniques liés (hihihi) à la reliure, Gutenberg dut imprimer chacune de ses bibles en 2 volumes. Une seule bible en parchemin nécessitait la peau d'environ 200 chèvres. S'il compte bien, le lecteur calculera que JG utilisa 36.000 chèvres rien que pour ses bibles. Sauf que non, car il se mit en cours de route à utiliser du papier, qui lui coûtait moins cher.
Comme ce fut le cas pour beaucoup d'inventeurs, le génie de JG ne l'enrichit pas, au contraire : ses bibles ne se vendant pas, il se débattit longuement dans les problèmes financiers, perdit un procès contre son banquier qui lui réclamait les fonds prêtés et auquel il dut céder son imprimerie, obtint sur le tard de l'archevêque de Mayence une rente à vie qui lui sauva la mise et mourut en 1468 complètement inconnu de ses contemporains. Personne ne prit la peine de faire de lui un portrait de son vivant, et on ignore totalement à quoi il ressemblait. Il est quasiment toujours représenté avec une longue barbe. C'est une erreur grossière : il venait d'une famille patricienne où l'usage était de se raser le menton de près.
L'imprimerie est incontestablement l'une des découvertes majeures de l'histoire de l'humanité. Après avoir largement contribué notamment au succès de la Réforme en propageant les écrits de Luther, elle eut un effet indirect étonnant quoique pas nécessairement imprévisible : chacun des membres des deux clans (catholique et protestant) voulant persuader l'autre, et donc obligé de lire à la fois la Bible et les écrits de ceux d'en face, les taux d'alphabétisation en Allemagne connurent en quelques décennies des sommets jamais atteints.
Et c'est ainsi que Dieu est grand.
21:26
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01.11.2011
Où l'auteur s'extasie devant les époustouflantes trouvailles d'un auteur majuscule
Comptant sans conteste parmi mes auteurs favoris, le virtuose Jacques Perry-Salkow (souvenez-vous de son génial Albert Einstein / Rien n'est établi cité jadis ici-même), a sorti l'an passé son 3e recueil d'anagrammes toujours flamboyantes, souvent prémonitoires et révélatrices du sens manifeste (ou caché) du monde.
Quelques extraits :
Gustave Courbet, L'origine du monde devient Ce vagin où goutte l'ombre d'un désir ;
Gravitation universelle / Loi vitale régnant sur la vie ;
Léonard Bernstein / L'art de bien sonner ;
Le commandant Cousteau / Tout commença dans l'eau ;
La quadrature du cercle / Calcul rare du détraqué.
Absolument formidable ! Et dire que le bougre travaille tout ça à l'ancienne, sans l'aide d'aucun logiciel !
Étienne Klein - Jacques Perry-Salkow, Anagrammes renversantes, éd. Flammarion, 2010 (110 pages, 10 euro).
15:15
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26.10.2011
Où l'auteur tombe sur un état des lieux édifiant du civisme des grandes entreprises et des places financières européennes
Ci-dessous, un très édifiant extrait du blog (hautement recommandé) de J.-C. Slovar, lisible dans l'original à http://slovar.blogspot.com/ J'ai mis en gras les passages les plus gratinés, fait l'impasse sur les vidéos et liens internet, et un peu retouché le paragraphage pour faire plus court, mais il ne manque pas une virgule du texte.
Monsieur le Président : Et si vous nous reparliez des paradis fiscaux ... disparus ?
En 2009, Selon Nicolas Sarkozy, les paradis fiscaux, c'était terminé. Or, en 2011, la moitié des échanges commerciaux transitent toujours par les paradis fiscaux. En sera t-il question au G20 de Cannes ? Rien de moins certain.
Si l'on en croit la très informée Mathilde Dupré, du CCFD-Terre Solidaire, et auteure du rapport « Paradis fiscaux : le G20 de la dernière chance » : « (...) La moitié des échanges commerciaux transitent par les paradis fiscaux. « Ils abritent 21% des filiales des 50 premières grandes entreprises européennes et le problème n’est pas tant celui des « petites îles » mais davantage celui des grandes places financières occidentales, qui abritent la plus importante partie de la finance off shore (...) »
Donc, contrairement à ce qu'affirmait notre Président en 2009 : « Il n'y a plus de paradis fiscaux. Les paradis fiscaux, le secret bancaire, c'est fini » ce n'est justement pas fini ! Pour s'en convaincre, il suffit de prendre connaissance du tableau disponible pages 7, 8 et 9 du rapport de CCFD-Terre Solidaire. Si on peut constater que pour l'OCDE il ne reste que 5 territoires non-coopératifs, du côté des organisme gouvernementaux et des ONG, les résultats sont bien différents. Pour le Groupe d'action financière, il existe 41 pays qui restent propices au blanchiment d’argent. Bercy, de son côté, a identifié 18 territoires qui ne coopèrent pas avec le fisc français. Et selon le réseau Tax Justice Network, le réseau d'ONG et de chercheurs, il existe au moins 54 territoires qui cultivent un fort degré d’opacité.
CCFD Terre Solidaire dans son rapport pose LA question : Le G20 peut-il publier une liste exhaustive des paradis fiscaux ? La réponse est claire et nette : NON. Et pourquoi ? « Pour la simple et bonne raison que les États membres représentent à eux seuls 39 % de l’opacité internationale, et 88 % si on y ajoute les autres pays de l’Union européenne et les territoires sous son influence (...) » Et l'ONG d'indiquer : « (...) parmi les premiers pourvoyeurs d’opacité, dans lesquels afflue l’argent sale (produit de l’évasion fiscale, de la corruption ou d’activités criminelles), on trouve le Luxembourg, les États-Unis, la Suisse, les îles Caïmans et Hong Kong (...) » Mais aussi (Voir tableau page 12 du rapport des « territoires les plus nocifs ») : Le Japon, l'Allemagne, le Royaume Uni et la Belgique !
Mais alors, à quoi ont servi les fameux « traités d’échange d’informations avec au moins 12 autres territoires » à qui ils promettent de communiquer des renseignements en matière fiscale, à la demande ?
Rappelons tout d'abord que ceux-ci excluaient : « (...) les territoires un peu trop connectés politiquement à certains États du G20 comme les îles vierges britanniques ou Hong-Kong ou Macao (...) » Ce qui a eu le don de mettre en rage la Suisse qui affirme que la plupart des fonds hébergés chez elle s'y seraient réfugiés en toute impunité depuis 2 ans ! En ce qui concerne les autres pays, CCFD Terre Solidaire nous explique qu'il : « (...) a suffi pour de nombreux paradis fiscaux de signer des traités entre eux ou avec des partenaires non significatifs pour atteindre le chiffre de 12 (...) Il est probable, par exemple, que l’Italie aurait su faire meilleur usage d’une convention d’échange de renseignements fiscaux avec Monaco que les Bahamas ou le Groenland mais la Principauté a préféré ces deux derniers (...) »
Alors, lorsque l'OCDE se satisfait des 14 milliards de dollars, que la lutte contre les paradis fiscaux a rapporté depuis deux ans, on pourrait être tenté de sourire lorsqu'on sait que le montant est, non significatif, par rapport à l'ampleur de la fraude et l'évasion fiscale ! Car comme le rappelle CCFD Terre Solidaire (en pages 57 et 58 de son rapport ) : Les entreprises multinationales n'ont pas d'obligation de publier leurs comptes pays par pays. Les sociétés écran se portent bien. Et, la délinquance économique et financière, notamment en matière fiscale, perdrait énormément de son intérêt si elle cessait de faire l’objet d’une large impunité !
Alors, que va faire notre Président « tueur de paradis fiscaux » ? Eh bien pas grand chose semble t-il, puisque : « (...) force est de constater que les rangs de la lutte contre les paradis fiscaux au sein du G20 se sont éclaircis. Et les alliés de 2009, notamment l’Allemagne et les États-Unis semblent aujourd’hui concentrer leur attention sur d’autres sujets ou préférer des mesures unilatérales ou bilatérales (...) le Royaume-Uni qui doit une part de sa prospérité à l’envergure de la place financière londonienne, avance à reculons sur la question (...) » Et surtout, ajoute CCFD-Terre Solidaire : « Malgré les annonces de Nicolas Sarkozy en décembre 2010, la France n’a pas retenu le sujet au rang de ses priorités (...) »
C'est d'autant plus dommage que les mesures que vont évoquer les pays participants au G20 vont en partie se résumer à faire payer leurs dettes aux populations en diminuant les montants affectés à la santé, l'éducation, le traitement de la précarité, tout en augmentant sans cesse ... l'âge de départ à la retraite ! Après tout, pourquoi perdre du temps à traquer des sommes colossales qui échappe aux fiscs des pays du G20, dans la mesure où depuis 2009 : « Il n'y a plus de paradis fiscaux. Les paradis fiscaux, le secret bancaire, c'est fini » ?
(+ Bibliographie et sources, liens internet)
J-C Slovar
17:15
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25.10.2011
Où l'auteur est perturbé dans ses justes et bons loisirs par un chat chafouin
Fin octobre 2011. L’auteur est installé dans un confortable canapé profond du Pfalz. Il a mal au dos et se sent légèrement exténué, car ses 80 kilos de muscles viennent d’affronter seuls et sans aide, durant 20 minutes sur un sol en pente défavorable, une balle de foin de 2 mètres de haut sur 1 de large (ce qui, en raison d’une densité fouineuse de 140kg/m3, lui faisait un adversaire qui titrait dans les 440 kilos) qu’il a finalement forcé à reculer d’au moins 2 mètres en y laissant deux litres de sueur et dix-huit pages d’insanités inreproductibles ici mais très imagées et fleuries autant que gratinées. Il s’apprête méritoirement à profiter de l’un des rares bienfaits de la technologie dont il jouit sans arrière-pensée en visionnant, sur le seul objet que Steve Jobs* ait jamais réussi à lui fourguer, un match de handball de la Champions’ League de handball et de haut niveau opposant de rusés Berlinois à d’athlétiques Madrilènes. Tout à coup, dans le seul but de nuire, un chat balinais dénommé Arko, en mal d’attention et avec un culot considérable, s’insinue sur le clavier dudit objet, bloquant irrémédiablement les doigts, le bras et la vue du spectateur en puissance fort désobligé de la sournoise manœuvre qu’il n’a pas vu venir. Avisant la présence à sa gauche d’une photographe sur le point de tirer le portrait de la scène dont il est partiellement le héros en même temps que l’involontaire victime, l’auteur a la présence d’esprit de retarder de quelques secondes la prise par la peau du dos et le lançage par la fenêtre du félon félin, et concomitamment (preuve qu’il est multi-tâche) d’arborer à destination des générations futures un sourire de circonstance aussi peu sincère que forcé de façon à leur masquer la véritable nature de l’origine et des enjeux de ladite scène ainsi que son véritable caractère profondément hostile à toute interférence animalière durant ses loisirs sportifs.
Et finalement, ce sont les Madrilènes qui l’ont emporté.

* Steve Jobs, un génie, lis-je quasi partout. Peuh. Faut-il que l’humanité ait sombré dans le matérialisme le plus basique et le moins éclairé pour considérer génial un vulgaire fabricant d’objets utilitaires à grande échelle commerciale dans un but de profit ? Pas moins géniaux que lui, alors, l’inventeur de la poubelle, celui du char à voile, du trombone de bureau, de la poudre à laver et du casque à pointe. Soyons sérieux deux minutes. Un peu de hauteur et de lucidité, de temps en temps, seraient 'ach'ment profitables à l'humanité tout entière.
17:14
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19.10.2011
Où l'auteur se demande comment persuader son lectorat d'aller assister à un spectacle tellement imprégné de sublime qu'il confine quasiment au génie
Comment vous dire que j’ai vu hier soir un spectacle résolument inoubliable ? Allez, je me lance …
Il y a ce petit théâtre qui m’était inconnu, comme un nid cossu tapi sous le sol à un jet de pierre de la place Flagey (et son parking souterrain bien pratique), le genre d’endroit précieux où l’on devine que se passent régulièrement, loin de la fureur moutonnière des modes, des petits miracles de création dus à des artisans passionnés, sincères, sans prétention et peu ou pas du tout médiatisés.
Il y a la beauté, l’inventivité, la simplicité et la puissance des textes magnifiques de Géo Norge, son attention à tout ce qui se passe (la fourmi, la vague, Robert qui s’en va…) et sa langue directe et colorée, qui me fourguent invariablement des frissons à l’âme qui vont d’ici à là voir figure A.
Il y a la mise en scène d’une justesse évidente et servant merveilleusement le propos.
Il y a le formidable interprète Martial d’Hoé (qui ressemble furieusement à un croisement entre Pierre Arditi et Jean-Paul Corbineau - le chanteur de Tri Yann - avec en prime la somme de leur charisme), qui joue vrai, intense et habité, drôle et émouvant, étonné et bienveillant, espiègle et désabusé, naïf et roué.
Il y a de la musique, de la danse, des textes et des chansons. Parfois avec un petit couac, mais Norge, qui prenait tout en vrac, aurait adoré même les couacs (surtout les couacs).
Tout ça fonctionne naturellement, avec grâce et hauteur (beaucoup de hauteur).
Douze heures plus tard, je suis encore sur mon petit nuage et le monde me semble étonnamment beau.
« Soleil, tu vois tout de trop haut », un spectacle sublime et bouleversant, probablement la représentation la plus poétique à laquelle j’ai assisté jusqu’à ce jour, comme un petit trésor sur scène, un éclair d’une beauté rare, le plus beau des bleus du ciel. Il n’y manque qu’un public nombreux. Courez-y vite, ça se termine déjà ce samedi.
Théâtre de la Clarencière à Bruxelles (Ixelles) du mardi 18 au samedi 22 octobre à 20h30.

11:22
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08.09.2011
Où l'auteur se fait légèrement choir...
Ici, on bulle et on s'encroûte.
Comprenne qui pourra.
18:39
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20.08.2011
Où l'auteur tire d'un objectif constat une pertinente question
Quand je vais au resto, je m'ennuie.
Quand je sors en boite, je m'emmerde.
Quand je vais au cinéma, je me fais choir.
Quand je lis un roman, je m'endors.
Tout lit inconnu s'arrange pour me faire passer une mauvaise nuit.
Les boissons alcoolisées me font des lendemains pénibles.
Les plateaux de la balance des cons viennent de basculer : avant, il n'y avait que des vieux cons ; avec le temps, la proportion de jeunes cons s'est accrue et dépasse aujourd'hui largement les 50%.
Un nombre croissant de gens autour de moi s'enquièrent de plus en plus fréquemment de ma santé en général voire, pour les plus hardis, de l'état de mes principaux organes en particulier.
Je connais(sais) personnellement au moins vingt personnes plus jeunes que moi qui sont décédées.
J'attrape des envies de sieste dès la fin de la matinée.
A chaque nouveau groupe qui apparaît, je me dis invariablement que pfff, untel ou autretel faisait déjà pareil en mieux* il y a 20 ou 30 ans. Et quand Lady Gaga arrive malgré moi au contact de mes yeux ou de mes oreilles, je vomis.
Desproges et Perec me manquent.
Les mots croisés des grands journaux ont toujours été ou sont devenus beaucoup trop faciles.
Tout chat domestique que je croise vient immanquablement s'installer sur mes genoux.
Le tout un peu plus qu'hier et, je le crains, un peu moins que demain.
Je me demande si je ne serais pas en train de vieillir.
*oxymore
17:08
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11.08.2011
Où l'auteur tombe par hasard sur un texte bien torché qui dénonce avec justesse l'une des innombrables dérives du sport-roi méga-pourri qui, avec le temps, lui est devenu carrément insupportable
Lu sur le blog de Jérôme LATTA à http://latta.blog.lemonde.fr/2011/03/03/irresponsables/#x...
Valenciennes-Lorient, samedi soir. Francis Coquelin, jeune défenseur breton déjà averti pour un tirage de maillot, se jette en direction de son adversaire: son tacle n’est pas dangereux, mais il est complètement raté et son bras relevé vient contrer le ballon. Estimant cette main volontaire, l’arbitre sort un deuxième carton jaune tout aussi légitime que le premier et expulse le joueur après lui avoir rappelé qu’il venait d’échapper, sur une action précédente, à cette sanction. Coquelin, après avoir mimé l’incompréhension avec conviction, ne quitte pas le terrain sans mettre un grand coup de semelle sur une barrière.
QUI “INSULTE” LE JEU ?
À la fin du match, son entraîneur Christian Gourcuff commente cette expulsion devant les caméras de Canal+: “Tant que les arbitres n’auront pas d’intelligence dans le discernement (sic), on sera toutes les semaines confrontés à ce type de situation. Il y a une main qui n’est pas volontaire, il met un carton jaune, c’est une aberration, c’est une insulte au jeu”. L’homme qui prononce ses mots est pourtant estimé comme un entraîneur particulièrement sensé, qui prône un football ambitieux et auquel on prête certaines valeurs. Pourtant, il s’indigne que son joueur ait été sanctionné conformément aux règles, pour un acte d’antijeu et – au mieux – une énorme maladresse, puis il cautionne publiquement son attitude en désignant un bouc émissaire. En réalité, c’est bien Christian Gourcuff qui insulte le jeu, la vérité et l’intelligence de ceux qui l’écoutent.
Il ne s’agit pourtant pas de stigmatiser l’entraîneur lorientais ni ses joueurs: ces scènes sont d’une parfaite banalité et l’on en trouve d’autres exemples au cours de cette même soirée. Le Sochalien Brown Ideye, après avoir mis un coup de tête à son vis-à-vis, a eu des protestations d’innocence avant de déclarer dans le vestiaire: “C’est lui qui m’a provoqué le premier. Je n’ai pas fait ça intentionnellement.” Vous avez bien lu. Et s’il “regrette” quelque chose, c’est de laisser ses partenaires à dix.
ÉRUCTATIONS
Ces scènes qui se sont déroulées au cours de la 25e journée ont eu des précédents au cours des vingt-quatre autres. Chaque semaine ou presque, des entraîneurs qui passent leur temps à vociférer contre les arbitres et à sortir de leur zone, crient au déni de justice et fustigent le manque de psychologie des arbitres quand ils se font expulser. Des équipes de télévision filment des dirigeants éructant contre le trio arbitral jusque devant la porte de leur vestiaire. Des joueurs, après avoir commis des fautes grossières dont ils sont parfaitement conscients, hurlent sur l’arbitre comme s’il commettait la pire des erreurs judiciaires.
On pourrait invoquer le “respect”, mais ce terme est instrumentalisé à l’extrême, et surtout il s’agit bien plus d’une question de responsabilité: simplement, tous ces acteurs du football n’en ont plus la moindre notion. Ils ne sont pas responsables de leurs actes et sont tout aussi incapables de s’en excuser (n’évoquons, de la Coupe du monde des Bleus, que l’extraordinaire impotence des principaux protagonistes au moment d’assumer leurs actes). Le football vit sous le régime de l’irresponsabilité, et celle-ci est parfaitement organisée. Les contrevenants n’encourent que les sermons vains du Conseil national de l’éthique et des suspensions dont les entraîneurs se moquent ouvertement en assistant aux matches juste derrière les grillages. Quand ils ne participent pas à la curée anti-arbitrale, la plupart des médias la mettent en scène complaisamment… et refusent toute critique à cet égard.
SANS VERGOGNE
Nul besoin d’invoquer la “mentalité” des footballeurs où leur extraction pour expliquer de telles attitudes: c’est bien le football tout entier qui cultive cette fuite de toute responsabilité, et des joueurs comme Nicolas “Jamais ma faute” Anelka sont finalement le produit le plus abouti de cette morale particulière. Dans un milieu où les contrats entre les clubs et les joueurs n’ont aucune valeur d’engagement, où seuls les arbitres sont sommés de reconnaître leurs erreurs, où les présidents de clubs en déroute ne démissionnent jamais, comment leur reprocher de pousser à l’extrême l’égoïsme et l’infantilisme si vivement encouragés autour d’eux?
Évitons toutefois de croire que le football, surtout coupable de se gargariser constamment de valeurs qu’il bafoue tout aussi constamment, aurait l’exclusivité de ces maux. Il fait écho dans sa propre langue aux mots d’ordre de la vie publique. L’actualité politique illustre ainsi presque quotidiennement le fait que plus personne, même au plus haut niveau de l’État, n’entend endosser ses responsabilités, aussi patentes soient-elles. Le protagoniste de conflits d’intérêts exorbitants est blessé au plus profond de son âme par leur révélation. Un ministre de l’Intérieur condamné pour injure raciale après de piteuses dénégations ne démissionne pas, un autre siégeant au Quai d’Orsay, absurdement compromis en plein renversement du régime tunisien, n’est poussé dehors qu’en dernière extrémité… pour se poser en victime. Et combien d’autres milieux récompensent ostensiblement l’absence de vergogne?
Au royaume de la plus extrême tartufferie, qui élève le déni de responsabilité au rang de philosophie de vie, le football professionnel est une province banale et les footballeurs ne sont finalement que d’aimables bouffons. Roulez, jeunesse, en vous tordant de douleur feinte après un coup imaginaire, postillonnez sur l’arbitre votre propre culpabilité, refusez l’application de la règle, ne vous excusez jamais, ne reconnaissez rien. Qui oserait vous demander des comptes ou vous parler de dignité?
10:15
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10.08.2011
Où l'auteur, interrogeant la toile au sujet des émeutes shopping en Angleterre, obtient - après avoir lu un invraisemblable ramassis de conneries - une première explication qui lui semble intéressante…
Ce ne sont pas des émeutes de la faim, ce sont des émeutes de consommateurs disqualifiés. Aujourd’hui, nous sommes tous des consommateurs. Des consommateurs d’abord et avant tout. Le lendemain du 11 septembre, pour calmer le traumatisme et l’indignation des américains, George Bush n’avait rien trouvé de mieux à faire que d’appeler les américains à retourner dans les magasins. Le niveau de notre activité commerciale et la facilité avec laquelle nous disposons d'un objet de consommation servent d'indicateur de notre statut social. J'achète, donc je suis. "To shop or not to shop", this is the question. Les boutiques sont ainsi devenues des "pharmacies du social" remplies de médicaments censées pouvoir guérir les maladies de nos vies en commun.
(s) Zygmunt Bauman, sociologue, lisez ici l'article intégral (en anglais).
20:17
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08.08.2011
Où l'auteur persiste dans l'animalerie genre modèle réduit mais à population en forte croissance
xn+1=a*xn*(1-xn) est interprété par 32crash sur l'album Y2112Y
Il y a des mouches, Prigogine, Prigogine,
Il y a des mouches, mouches, mouches….
Il y a des mouches par milliers
Il y a des mouches par millions
Elles débouchent en rangs serrés
En escadrilles, en bataillons
Il y a des mouches qui vrombissent
Telle une turbine à hélice
Il y a des mouches sous ton toit
Dans ta couche et dans ton chez toi
Des mouches qui te font de l'ombre
Et t'habillent d'un costume sombre
Il y a des mouches qui bourdonnent
Qui fanfaronnent et qui frelonnent
Il y a des mouches, Prigogine, Prigogine,
Il y a des mouches, mouches, mouches….
Mouches par milliers
Mouches par millions
En rangs serrés
En bataillons
Mouches qui vrombissent
Mouches à hélices
Et qui bourdonnent et qui frelonnent
Il y a des mouches à toute heure
Il y a des mouches sur ta bouche
Il y a des mouches dans ton coeur
Qui prennent corps et qui font souche
Des milliards de larves de mouches
Collées partout d'épaisses couches
Elles tapissent le plafond
Et se réveillent à l'unisson
Et tombent en tourbillons par louches
Et coulent dru comme eau de douche
Des milliards de larves de mouches
Qui prennent corps et qui font mouche
17:58
Écrit par JLDM
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30.07.2011
Où l'auteur expédie le courrier des lecteurs en souffrance
Il semblerait que le courrier des lecteurs soit, au cours de l'année écoulée, devenu le Rousselle de mes bleuets, euh non, plutôt le cadet de mes soucis. Je vais donc remédier à cette lacune tout en comblant ce problème, mais avec un bémol, car pour réduire notablement la masse de travail en retard susévoquée, je passerai joyeusement sous silence les messages reçus au cours des mois compris entre août 2010 et juin 2011, non point qu'ils me déplurassent, mais juste parce que pas le temps quoi.
Ceci étant fait, venons-en donc à juillet 2011. Hormis les quelques dizaines de messages portant sur des sujets futiles auxquels j'ai déjà riplayé en vitesse et en privé, il reste deux mails inrépondus et pas piqués des hannetons, rédigés - tenez-vous bien - par le Président de l'Amicale des Léporidés de France soi-même, qui s'indigne du double fait que
1) les lapins du Pfalz n'ont pas de nom alors que (je cite) 'd'insignifiantes volailles oui' ;
2) les souris puissent se promener impunément au milieu d'une meute de chats.
Je lui réponds.
Cher Président <toujours se montrer amical voire obséquieux avec un Président, ça peut servir>,
Je reconnais bien sous votre plume l'élan du coeur d'une Très Haute Présidentialité toujours prête à défendre les siens (la race lapine) autant qu'à dénigrer les autres, et c'est par la défense des 'autres' que je commencerai.
Les volailles d'abord : permettez-moi d'objecter lourdement, les volailles du Pfalz ne sont nullement insignifiantes ; plus de la moitié d'entre elles descendent (certificat à l'appui) en lignes à peu près droites des races piaillantes les plus nobles d'Europe, sont cotées à l'Argus et valent leur poids de graines ; quant aux moins nobles, leur allure, leur teint hâlé et leur plumage souple font envie autant que tourner la tête à bien des célibataires mâles des environs, et pas qu'aux volailleurs. Et puis, il faut bien le reconnaître, la plus chétive d'entre elles est plus volumineuse que le plus gros des lapins.
Les chats et souris ensuite : en ce qui concerne la prolifération impunie des secondes, il faut savoir, cher Président, que parmi les premiers, la répartition nobiliaire est à peu près la même que chez les volailles ; or, figurez-vous que les roturiers (soit la moitié de la troupe) suivent assidûment l'exemple des élites (l'autre moitié) qui, du soir au matin, comme c'est à peu près le cas partout, n'en foutent pas une et se contentent de bâfrer leur pâtée et de se dorer la panse au soleil, regardant de loin, avec dédain et sans le moindre intérêt les allers et venues des muridés, envoyant ainsi un signal désastreux aux masses inférieures aux aguets qui s'abiment dès lors elles aussi, par mimétisme atavique, dans l'abstinence d'activité utile, ouvrant ainsi de fait la porte à la regrettable prolifération de la population souriçante.
En ce qui concerne les Léporidés, dont le cas vous importe sans doute plus que celui des volailles et des chats auxquels je viens malgré tout, par pure obligeance envers Vous, de consacrer un double paragraphe entier, croyez bien que je suis parfaitement au courant de l'Article 3 de la Déclaration Universelle des Droits du Lapin qui dit : 'Tout lapin a droit à un patronyme décent'. Cet article est appliqué à la lettre dans ladite ferme, chaque léporidé portant un nom (même si je n'en ai cité aucun précédemment en raison sans doute de la fréquentation assidue des chats de lignée qui m'a inoculé le virus de la paresse, c'est pas impossible, va-t'en savoir) correspondant par ailleurs et parfaitement à sa caractéristique principale : le lapin blanc s'appelle Blanco (je traduis tous les noms allemands en leur équivalent français), le noir s'appelle Noiraud, le brun s'appelle Bruno, celui avec de longues oreilles s'appelle (devinez?) Longues-Oreilles, celui avec le pelage le plus abondant s'appelle Velu, et celui avec les plus grands yeux s'appelle Grands-Yeux. Vous constaterez, avec plaisir j'espère, et moi-même je fus sidéré par le constatage, que les propriétaires desdits lapins ne se sont laissé aller - c'est le moins qu'on puisse dire - à aucune forme d'excentricité ou de farfeluation dans le nominage desdits animaux, respectant en cela de façon scrupuleuse tant la lettre que l'esprit du texte de loi évoqué plus haut.
Toujours à votre service, Cher Président, pour Vous éclairer sur tout sujet que Vous pourriez juger utile, et en Vous rappelant que je me montrerais fort reconnaissant en flagorneries reluisantes et courbettes plus bas que terre si Vous aviez l'obligeance de m'octroyer un poste de prestige ne réclamant ni compétence ni efficacité ni même prestations réelles tout en étant giga-rémunéré, je vous prie de croire etc.
Et le comble, c'est que tout ceci n'est que vérité vraie.
00:53
Écrit par JLDM
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