23/11/2007

Où l'auteur se souvient d'un gars vraiment rock 'n roll

 

Lane Staley (1967-2002) fut le chanteur du groupe américain Alice in Chains. Il avait un physique d’allumette, une voix exceptionnelle, et une présence scénique magistrale. Il est mort à 34 ans, probablement d’une overdose.

 

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Avec mes camarades de Front 242, nous l’avons côtoyé pendant 2 mois en 1993 durant la tournée Lollapalooza, dont le principe était aussi simple que gigantesque : 8 groupes pour 40 concerts durant tout l’été dans tous les Etats-Unis. A l’affiche, il y avait également Arrested Development, Tool, Babes in Toyland, Rage against the Machine (qui ouvrait le festival et allait devenir énorme très rapidement par la suite), Dinosaur Jr et Primus. Outre une scène colossale, le festival déplaçait une gigantesque caravane de semi-remorques, un immense village de magasins, des centaines de personnes pour s’occuper du tout, et attirait chaque jour plus de 50.000 personnes. Bref, un summum rock’n rollesque, tendance Barnum, dans lequel Front 242 était non seulement le seul groupe électronique, mais également le seul groupe européen.

 

Dès le début de ladite tournée, mes camarades Patrick et Daniel déclarèrent tout de go au journal américain USA Today que la sono de ce gigantesque festival itinérant était médiévale, cardiaque et poussive, en un mot archi-nulle. Ce qui nous valut l’animosité générale de la part des techniciens de ladite sono et de tout le personnel de la tournée en général. Résultat des courses : dès ce moment et jusqu’à la fin de la tournée, notre caravane-loge se retrouvait systématiquement loin de la scène principale, au milieu des marécages, à proximité des égouts, ou en plein soleil au milieu des cactus. Etrangement, celle de Dinosaur Jr. n’était généralement pas loin. Nous n’avons jamais su s’il avait lui aussi fait des déclarations désobligeantes à l’encontre de l’organisation ou si cet état de choses était dû au fait que tous ses techniciens étaient européens (écossais et allemands).

 

De son côté, Lane Staley, qui avait une réputation d’individu difficilement manageable, vivait des moments pas tristes non plus ; il se déplaçait avec, pour lui tout seul, un tour bus (20 couchettes) alcohol free, un manager et un garde du corps, et passait l’essentiel de son temps à essayer d’échapper à ces deux derniers – ce à quoi il excellait - et à s’imbiber d’alcools forts pour combattre l’ennui profond qui suintait de cette tournée interminable. Il se trouve que, de l’alcool, il y en avait dans notre loge en bonne quantité, et Lane, dont le flair était légendaire et qui nous repéra très vite, prit donc l’habitude de nous y rejoindre dans le courant de chaque après-midi pour y terminer prématurément les bouteilles de gin et de vodka, en échange d’une apparition sur scène avec nous lors de Headhunter, où il se posait sur un monitor tel un corbeau inquiétant pour y brailler des cris qui n’avaient que peu à voir avec les véritables paroles du morceau, mais bon.

 

Au dixième jour environ de la tournée, nous le croisons vers 14h dans le village itinérant au bras d’une demoiselle japonaise tout à fait ravissante. Quelques instants plus tard, il nous rejoint - seul – dans notre loge pour entamer son imbibage journalier, et nous le complimentons sur la beauté de sa copine. Il nous déclare fièrement : « Ouais, un vrai canon, c’est la septième ». Nous lui demandons : « Ta septième copine depuis le début de la tournée ? ». Et il nous répond, sérieux comme un pape : « Non, depuis ce matin ».

 

Lane Staley, c’était un vrai.

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