11/02/2008

Où l'auteur semble finalement s'être barré pour rien

 

L’auteur a récemment testé pour vous, avec fruit, la salutaire retraite silencieuse en abbaye.

 

Légèrement survolté autant que déphasé et dans la ouate (1), ces semaines dernières, par son incessante activité de petite abeille ouvrière et produiseuse, et peu après avoir été ovationner chaleureusement les celto-bardes de Tri Yann (2) à l’Olympia de Paris, il (l’auteur) a subitement décidé de rompre -unilatéralement, radicalement et pour une semaine- ses amarres avec la société consommante, ses exigences de rentabilité et son matérialisme outrancier, en allant s’exiler en les murs de l’abbaye d’Orval, au cœur de la Gaume à un jet de pierre de la frontière française pas loin de Florenville, 190km plus loin que Bruxelles.

 

cours-des-retraitants

Même s’il reste en ses murs peu de moines (beaucoup sont partis), Orval reste un fleuron sublime du partimoine (hihihi) monastique belge qui brandit haut(es?) et fort(es?) ses spécialités que le monde entier lui envie : son fromage à croûte lavée, sa bière, son fromage à la bière, non point sa bière au fromage -spécialité encore inédite attendant d’être créée (3)-, mais surtout le silence dense et habité qui règne en ses murs austères dont l’épaisseur isole le retraitant du monde et de ses absurdités, tentations et autres futilités aliénantes qui détournent l’homme de son vrai chemin, celui qui mène à Dieu et qui, en dehors de l'amour du chocolat, du handebal et de la poésie de Mr Norge, devrait constituer l'unique objet de préoccupation de l'humain (dans un monde idéal s'entend).

A l’immuable programme des journées de retraitage, deux bornes incontournables : se lever le matin et se coucher le soir ; entre les deux, ne rien faire ou presque si ce n’est déplacer sa carcasse dans l’immense réfectoire pour participer aux repas, dans la campagne environnante pour randonner dans l’air aussi ambiant que pur, dans la chambrette pour siester à toute heure, ou dans l’église pour ouïr grégorio-vocaliser les moines. Pour le reste, je ne m'étais muni, pour ne rien faire, que d’un dictionnaire, un tapis, du fil et des aiguilles. Bien évidemment, ni gsm ni radio ni TV ni internet ni journaux. Rien que du silence.

 

Contrairement à ce qu’imaginerait le commun des mortels pour qui l’idée de retraite semble généralement aussi incongrue que le serait pour la gallinette cendrée l’étude du succès de la culture de l'asperge au Pérou, il ne fut pas question d’ennui une seule seconde. J’eus par exemple l’occasion d’observer de près les mœurs particulières et passionnantes des moines dont j’en expose ci-dessous les unes ou les autres à mon lectorat sidéré (ou en passe de l’être).

 

-         La dernière cérémonie de chants de la journée s’appelle les complies et a lieu tard le soir. Le moine novice n’y sera admis que lorsqu’il aura préalablement fait montre de sa maîtrise dans l’exécution de tous les chants antérieurs de la journée ; le jour béni où il sera enfin admis à la cérémonie du soir, on dira de lui qu’il est devenu un moine à complies ;

-         Le répertoire des chants se renouvelle peu, et est fort rigoureusement cadré : s’ils psalmodient tous les jours les nones (chants du matin), on entend rarement les moines chanter McCartney ;

-         Certains moines sont notoirement moins doués que les autres en chant, parfois même au point d’être de vrais boulets pour la chorale ; si on destine les meilleurs chanteurs aux interprétations en solo, on utilise les boulets pour les canons.

-         Si les chants grégoriens sont si beaux sur disque, c’est qu'il sont enregistrés directement dans les monastères, et depuis toujours, sur des enregistreurs trappistes.

 

Ô retraite salvatrice (4) ! Ô calme souverain ! Ô tranquillité bienfaisante ! Ô motus bienvenu ! Sept jours sans media, sans voisins bruyants, sans paroles vaines, sans bruit de fond autre que celui du chauffage qui ronronne, des oiseaux qui cuicuitent ou des abeilles qui vrombissent pour butiner. Pas de discours crétinisants, pas de débats lamentables, pas de réclame consternante. La paix, le vide, le repos, le paradis quoi. Même si je ne l’ai pas rencontré, Dieu existe, allez Louis A.

 

Hélas… à peine revenu dans le monde avec sous les bras un kilo de chaque fromage et douze bouteilles de bière ambrée, l’auteur, décidément incorrigible, et bien qu’il ait à se lever tôt ce prochain matin, a repris ses mauvaises habitudes de blanchissage de nuit, y a qu’à regarder l’heure du postage. Il en sera quitte pour une nouvelle retraite, incessamment, et plus longue encore, ce dont il se réjouit à l'avance.

 

(1) métaphores électriques. Brillant, non? J'aurais même pu ajouter "...et ampère te de vitesse".

(2) album 'Abysses', sorti en octobre 2007, chef-d'oeuvre à acquérir absolument !

(3) pléonasme !

(4) "Encore une retraite de réussie !" comme disait l'abbé Résina.

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