11/03/2008

Où l'auteur relate par le menu ses 5 excellentes journées au Premier Festival OFF

Premier jour : mercredi 5 – la procession du livre.

 

Précédés d’un chariot sur lequel sont posées quatre balles de livres-martyrs pilonnés (déchiquetés et empaquetés en ballots de 250kg chacun), nous partons à plus de cent de la Place de la Monnaie vers le lieu du Festival afin de procéder à son ouverture, dans un ancien bâtiment industriel sis rue de l’Escaut, à un bon 3km. Chacun reçoit un livre à lire à voix haute sur toute la durée du trajet. Dur-dur de lire quand tout le monde autour de vous fait la même chose. Laurent d’Ursel, le détaché de presse, parfait dans son rôle, harangue avec hargne et drôlerie les troupes au mégaphone, passe dans le court cortège recueillir des bribes de lecture chez chacun, plaisante avec le commandant de la police qui nous supervise, parcourt 5 fois plus de distance que les autres marcheurs. Les badauds regardent avec étonnement ce groupe hétéroclite et brouhahaillant. C’est l’heure de pointe, une escadrille de policiers à moto bloque les grands axes quelques minutes pour nous laisser passer. Il fait un froid de canard. En cours de route, il se met à neiger. Doigts engourdis. Plusieurs marcheurs, dont les 3 ministres présents au départ (je n’ai vaguement reconnu que Fadila Laahan, je suis même très peu sûr de l’orthographe de son nom), renoncent en cours de route. Les autres s’accrochent. Destination finale, toujours au son de la voix sublimement rocailleuse de LdU. Récompense à l’arrivée : un verre de Moinette et l’inauguration du festival. Je fais le tour des stands, si j’avais le budget j’achèterais la moitié des bouquins présentés. Je me limite, en ce premier jour, à trois. 

 

Je rencontre Jean-Pierre Verheggen, lui remet mon bookleg, il sourit en en lisant quelques bribes, me félicite et me prodigue paternellement quelques conseils bienvenus et précieux pour survivre dans la jungle de l'édition, puis empoigne le micro pour entamer la slam-jam en fanfare par un texte puissant et savoureux, comme lui seul en a le secret. Suite à un quiproquo, je rate l’essentiel de la suite, mais l'ayant vu/entendu lui, L'Insurpassable, je m'en console.

 

Deuxième jour : jeudi 6 – * mode grand frisson* la séance de dédicace du premier livre de l'auteur

 

Après 28 années à n'oeuvrer qu'en tant qu'auteur de pétillantes chansonnettes boum-tchac, voici le moment de gravir une marche de l'interminable escalier de l'artistisme panthéonique : la sortie du premier ouvrage -ahem- sérieux car imprimé sur papier. Aucune raison de paniquer, j’ai déjà survécu à d’interminables séances de signatures d’autographes et de disques avec Front 242, ce n’est qu’un moment à passer, et court de surcroît puisque l’affaire ne doit ici durer que 30 minutes. A 16h30 tapantes, je m’installe sur un coin de table qui fait bien 20x15cm, mais c’est juste assez pour y disposer joliment plusieurs booklegs (« Tous Contraints, tome 1 », bookleg n°37 aux Editions Maelström). Comme promis, j’ai amené une (puis bientôt deux, faut boire grand) bouteille(s) de Champagne pour fêter la chose, mais c’est ma môman qui aura le privilège de flûter la première rasade. Je dédicace à tour de bras (ahem),

 

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à des gens connus (dont plusieurs ont parcouru des centaines de kilomètres) et à des inconnus. L’un des premiers visiteurs en prend quinze ( ! ) d’un coup, mais - ouf - ne me demande pas de les dédicacer tous. Epuisement des exemplaires sur place après 1'15" de dédicaces, j'ai connu des auspices moins prometteuses... me voilà contraint de sauver la situation en allant puiser dans le stock personnel que, mû par un sens étonnant de l'anticipation préventrice, je tenais judicieusement en réserve dans le coffre de ma Joséphine à moteur.

Levant alors mon verre à la santé des présents, je risque un vibrant et facétieux : « Trinquons tous à Tous Contraints ! ». Deux visiteurs subjugués par ce trait d’esprit brillant autant qu’improvisé m’en achètent illico un exemplaire... qui osera écrire un jour un ouvrage traitant de la contrepèterie comme argument de vente ?

A mon grand étonnement, David Giannoni (mon éditeur, photo ci-dessous), dont je n’ose croire qu’il eût pu être imbibé rien qu’avec un demi-verre de Champagne, empoigne soudain mon livre et me fait l’honneur d’en lire (brillamment) un extrait, celui qui raconte la vie de Jésus (sans la lettre e). Un grand moment. Suis émouvé.

 

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Je passe quasiment toute la nuit qui suit à travailler comme un forcené sur quelques chansons à terminer.

 

Troisième jour : vendredi 7 - le concert, la sortie de l’album de Modern Cubism, les délires du Docteur Lichic et le Pélerinage Nocturne

 

Cinquième concert déjà pour les poèmes baudelairiens électro-interprétés de Modern Cubism. Avec cette fois-ci les superbes (m’a-t-on dit avec raison) illustrations visuelles du maître-verrier Pierre Mansire (Action Lighting)

 

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Projections de Pierre Mansire/Action Lighting lors de "La Mort des Amants". A droite sur la photo, Annick Moerman. Photos: Bernard Féron.

spécialement venu d’Amsterdam pour l’occasion. Quelques soucis sonico-techniques, on passe au-dessus. La fierté de la soirée : un grand auteur belge qui viendra nous dire -discrètement- qu’il a adoré. C’est aussi le jour de la sortie officielle de notre CD des poèmes de Baudelaire « Les Plaintes d’un Icare », je suis content que cela ait lieu dans le cadre de ce festival.

 

Une heure de recentrage plus tard (Baudelaire, ça pompe), je vais écouter la loufoquement désopilante conférence du Dr Lichic, éminent pataphysicien, qui s’est préalablement défoncé aux rythmes baudelairiens et aux alcools les plus divers, et qui expose maintes manières de sauver la Wallonie « par la valorisation industrielle éthique des embryons ». Le tout arrosé de vodka généreusement partagée avec l’auditorat hilare. Un grand moment de savoureux savant (allitération) délire.

 

Fin de la nuit à la Pilgrimage (électro-goth-alternative) Night, qui a lieu désormais au West Side, 52 rue des Chartreux, un endroit clean avec une excellente sono.

 

J’y reçois le livre fraîchement sorti de mon camarade Théophile de Giraud « Cold love, satanic sex and funny suicide » dont il m’avait demandé de rédiger le prologue, ce que j’ai décidé de faire en n’employant que les lettres des nom et prénom de l’auteur, une idée originale dont je me serais bien passé paske j’ai ramé, je vous dis pas. Je reçois aussi le CD du combo électrobelge Cruise Ctrl « I heard it » sur lequel je pousse la (une) chanson. Il y a des jours (mais bon, c’est pas souvent) où je me dis que j’en fais quand même pas mal.

 

Quatrième jour : samedi 8 - l’épâtante découverte de Dada Pâte suivie d’une rencontre avec Noël Godin

 

J’arrive tard ce samedi, sans savoir quel sera le programme car le site internet du Festival est tombé en rade en cours d’après-midi. Je suis immédiatement captivé par la prestation musico-vocale d’un jeune homme qui chante tout en s’accompagnant d’un petit clavier posé sur ses genoux et d’un laptop pas loin, parfaitement décontracté malgré les lumières dans la salle qui ne sont même pas éteintes. C’est électronique, frais, léger, brillant, parfaitement exécuté, avec des paroles en français, le tout moins innocent que ça en a l’air et trrrèèès infectieux pour les neurones. Après trois morceaux, je sais que je tiens là mon premier parfait concert de l’année 2008. Le set est court, bien en place et l’unique membre du projet a une belle présence, sobre et chaleureuse. Il s’excuse de ne pouvoir continuer car sa voix s’éraille, ce que je n’avais nullement remarqué, et termine par un instrumental. Ce one-man-band répond à l’improbable nom de Dada Pâte et a sorti un CD 8 titres en 2007 chez Matamore contenant notamment l’irrésistible « Princesse de poche », et  tourne désormais en boucle sur ma chènifi. Pour vous situer, sa musique évoque Taxi-Girl, Dominique A., parfois Yann Tiersen, mais pas trop Jéronimo contrairement à ce que me souffle un ami présent. Hautement recommandé. Vivement son prochain concert.

 

Je remonte d’un étage pour aller rejoindre au bar Théophile de Giraud qui converse avec Noël Godin,

 

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le célèbre entarteur. Conversations drôlatiques où je suis soudain aimablement promu, le temps d’une interview télé, entraîneur des gloupinesques lanceurs de tartes. Je glose avec emphase et concision sur  l’allègement de la crème, le musclage fluide de l’épaule lanceuse et le perfectionnement continu du tir entraînatoire chantilli-croisé sur cible mobile. Conversation plus proche encore tandis que je ramène le Gloupier chez lui dans ma Joséphine à moteur parce que, youpi, ce soir là je n’ai rien d’autre de prévu. Un homme hors du commun, vraiment. 

 

Cinquième jour : dimanche 9 - la dédicace de Milady et la magnifique clôture de Laurent d’Ursel.

 

C’est toujours un plaisir de retrouver mon excellente amie (parfois ennemie pour de rire) Milady Renoir, dont je fréquentai jadis les ateliers d’écriture, et qui, ô surprise, sort également un bookleg chez Maelström, qui porte le numéro 38, soit celui juste à côté du mien. Durant sa séance de dédicaces, ambitionnant de jouer au garde du double corps (la belle attend famille), je m’efforce de me tenir dignement à leurs côtés, mais un mal de dos persistant ainsi que l’attrait des œufs en chocolat à côté des booklegs (chacun sa méthode) ont vite raison de l’illusion de mon rôle rêvé.

 

C’est à Laurent d’Ursel que revient l’honneur de clôturer le festival. Il s’en acquitte par le biais d’une prestation magistrale et fulgurante au cours de laquelle il guillotine (pour de vrai, impressionnant) les livres de Patrick Roegiers et diatribe avec justesse, humour et férocité contre ledit auteur - présent sur scène également et qui joue parfaitement le jeu –, lui reprochant de vouloir, depuis Paris où il s’est exilé, de travestir l’essence de la belgitude en voulant la rendre sympathique et respectable après du public français (je résume). Les formules magistrales s’enchaînent (du genre : « La Belgique est une catastrophe et doit le rester »), il s’attarde sur le « Pauvre B. » de Baudelaire (j’adore : j’en ai récemment reçu d’un ami cher une précieuse copie, le n° XII d’une série numérotée de I à XV sur papier Japon extra Barjon, c’est dire si je tiens cet ouvrage rare en très haute estime) et cite le « On n’a jamais connu de race si baroque que ces Belges » par lequel –coïncidence- Modern Cubism commence ses concerts, mais voilà que je re-digresse. Ledit Laurent d'Ursel défonce tout sur son passage, se met rapidement le public en poche, sa prose atteint des hauteurs franchement desprogiennes et sa lecture parfaite propulse d’une voix puissante l’ensemble au panthéon des B.C.L.A. (Belges Choses à  Lire Absolument). Le public approuve et applaudit et je suis, comme mes voisins, quasiment plié en deux du début à la fin. Il a droit à une longue standing ovation amplement méritée, on ne pouvait rêver mieux pour terminer en apothéose. J’espère vivement que ce texte d’anthologie sera publié un jour.

 

Ah oui, incidemment, j’ai aussi converti l’une des (charmantes) hôtesses du bar au calimucho (moitié vin rouge, moitié coca, pas de gueule de bois le lendemain même quand on exagère. C’est Miss Z, la furieuse guitariste de Punish Yourself, qui m’y a initié l’été passé, et depuis je suis accro).

 

Si l'on m'avait prédit que je prendrais un pied gigantesque, début 2008, dans une abbaye puis dans un festival littéraire, je n'en aurais rien cru. Je ne tirerai pas de cet état de choses la moindre moralité pontifiante. Je me bornerai à conclure sobrement : m'ai bien amusé, vivement l'édition n°2 du OFF.

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