14/12/2008

Où l'auteur pour une fois s'énerve

 

S’il est un chanteur appartenant sans conteste à la regrettable engeance des inévitables fâcheux qui vocalisent leur insignifiante variétoche mollassonne dans le poste sans qu’on leur ai fait ou demandé quoi que ce soit, c’est bien monsieur Vincent Delerm.

 

Quand bien même il se contenterait seulement de nous seriner matinalement ses fadaises de sa voix baveuse d’épagneul fatigué, il y aurait déjà outrage à la Belgique qui se lève tôt, tant sa voix suintant l’ennui menace de réendormissement précoce l’automobiliste méritoirement sur ses pédales dès potron-minet pour filer au travail les yeux encore engourdis de fatigue et ne demandant qu’à replonger dans les bras de Morphée.

 

Mais hélas, le cuistre ne se contente pas de fredonner, il se mêle aussi d’écrire, et là on tombe carrément dans l'intolérable, mais que fait Green Peace ?

 

Ainsi, l’autre matin : je me laissais comme souvent piloter par ma ronronnante Joséphine à moteur jusqu’à destination du havre de verdure où j’exerce désormais mes activités professionnelles, et tout baignait ; c’était le point du jour, je traversais la forêt de Soignes, les arbres se découpaient de plus en plus nettement sur le ciel qui lentement s’éclairait, un petit crachin ne parvenait pas à cacher la palpable tension de la forêt s’éveillant avec enthousiasme et toute entière à ce jour nouveau plein de promesses d’émerveillement. Plongé cœur et yeux dans le ravissement sans cesse renouvelé qui me saisit à chaque passage à la même heure au même endroit, j’en étais rendu à avoir sottement oublié que, quelques minutes plus tôt, dans les méchants tunnels de la petite ceinture, j’avais distraitement syntonisé mon auto-radio sur la fréquence de la radio nationale, lorsque soudain, un ministre phinancier de par chez nous, dont les dents rayent le parquet dès qu’il se trouve dans les parages d’Albert II, et appartenant à un parti dont je tairai le nom car je sais que traînent par ici des mineurs d’âge auquels je ne veux point faire lire le moindre gros mot, lorsque ledit phinancier donc, avant de déverser sur ses opposants politiques un flot de haine d’une virulence inversément proportionnelle à l’irréprochable immaculation de la Très Haute Opinion en laquelle il se tient lui-même, opta, en guise de choix musical introductif et ridicule dont on se serait bien passé, pour une chanson de monsieur Delerm déplorablement intitulée « Un tackle de Patrick Vieira n’est pas une truite en chocolat ». Sur coup de l'ahurissement de mes oreilles, le paysage s'assombrit.

 

Oui, lecteur, tu as bien lu : « Un tackle de Patrick Vieira n’est pas une truite en chocolat ». On n’avait plus guère connu une telle fulgurance dans les propos depuis Tata Yo-yo d’Annie Cordy, encore que la toujours sémillante septuagénaire belge n’a jamais eu, elle, la prétention de faire de la haute littérature.

 

« Un tackle de Patrick Vieira n’est pas une truite en chocolat » !

 

Je n’accorderai audit Delerm aucune circonstance atténuante. J’ai déjà suffisamment donné pour son père Philippe dont j’eus jadis à subir sans plaisir ni exaltation la lecture -pourtant chaudement recommandée par une personne généralement experte en littérages-, de trois recueils de textes courts dont j’ai oublié les noms sauf un – et croyez bien que je le déplore -, recueils au cours desquels je me suis considérablement ennuyé en me demandant, sans jamais trouver la moindre réponse, ce qu’un lecteur même lambda pouvait bien y trouver d’humoristique, de moderne, d’intéressant ou tout simplement de bien écrit. Pauvre Delerm, même son ascendance joue contre lui. Ou alors, son indigence scripturaire serait-elle le fruit d'une dérisoire tentative de se faire un prénom en essayant de briller dans les mêmes plates-bandes que son paternel ? Je m'interroge, mais brièvement, car j'ai mille fois mieux à faire que d'investiguer sur les élucubrations sans queue ni tête du premier guignol venu.

 

A propos, voici quelques suggestions à son endroit pour un morceau prochain : « Un shoot de Zinedine Zidane n’est pas un congre à la banane », « Un lob de Karim Benzema n’est pas une carpe à l’ananas ». Géant. Ne me remerciez pas, il est dans ma nature chevaleresque de me porter spontanément au secours des sub-inspirés.

 

Pour vous dire à quel point j’apprécie (et milite pour) la belle et bonne variété française, celle qui a du charme, du talent, de la pétillance, de l’inventivité, celle par exemple pratiquée par l’irréprochable Juliette, je lui ai fait sa pub, moi, à ce Delerm, tout ce week-end, en citant inlassablement son titre lamentable à tous mes amis rencontrés, chez qui désormais, grâce à mon action dévouée et juste, le statut dudit Delerm est passé de persona quasi incognita à persona totali non grata. Le seul ami/auteur ayant tenté de comprendre et défendre l'imbuvable charabia de ce triste sire est mon camarade Théophile de Giraud, ce qui ne m’étonne guère au vu de l’inépuisable mansuétude dont il fait montre à l’encontre des moins doués des écrivailleurs, et dont la meilleure preuve en est qu’il condescend à me fréquenter.

 

Bref : Delerm Vincent, retenir le nom et s’en abstenir absolument.

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