26/12/2008

Où l'auteur, en touriste averti, glose sur Dinant, ses couques, sa citadelle

 

La ville de Dinant est une sympathique et étrange cité belge située à une vingtaine de km au Sud de Namur, sur la Meuse. Cette ville est fameuse pour le saxophone dont l’inventeur, Mr Adolphe Sax, y naquit en 1814 dans une maison de la rue Grande aujourd’hui transformée en GB Express, c’est là la marque du progrès. D’une importance stratégique indubitable car située sur la route entre Paris et Cologne, Dinant fut très tôt dotée d’une citadelle - qui contrôlait l’accès au seul pont sur la Meuse dans les 20 kilomètres - pas si inexpugnable que ça puisque reliée au sol par un double téléphérique assurant 30 montées à l’heure pour 17 touristes à la fois (soit 510 touristes à l’heure, alors que la garnison au sommet ne comptait que 400 combattants. L’assaillant n’avait qu’à infiltrer discrètement les touristes - et à s’abstenir de redescendre - pour se retrouver en quelques heures au sommet en nombre supérieur à celui des défenseurs, boudju quel grand stratège j’aurais fait). Charles le Téméraire, Louis XIV puis les Allemands à chaque Guerre Mondiale la prirent avant de faire payer très cher aux civils dinantais (via des massacres en bon uniforme) les considérables efforts et pertes qu’ils durent consentir pour s’en emparer. Ces épreuves ont aguerri le Dinantais, ce qui se ressent dans leur principale spécialité gastronomique : la couque de Dinant. Car oui, cette ville excelle dans la gastronomie.  D’ailleurs ne dit on pas « L’appétit vient à Dinant » ?

 

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Couques de Dinant dans leur milieu naturel

La couque de Dinant est un coriace biscuit wallon composé d’1/3 de farine de froment, 1/3 de miel et 1/3 de ciment. Débitée en tranches d’1 cm d’épaisseur dans les mesures et formes adéquates, la couque de Dinant servait jadis de boucliers aux invincibles vikings, tapissait l’indestructible forteresse flottante allemande le « Bismarck » (qui, immobilisé par malchance au milieu d’une flotte navale anglaise notoirement hostile, ne fut coulé qu’après des heures de pilonnage insensé à coup de kilotonnes d’obus), sert aujourd’hui de gilet pare-balles à la gendarmerie wallonne et de protège-coucougnettes aux footballeurs du Standard ; j’ajouterais que les combattants d’Al Qaïda seraient indélogeables de leurs pakistaines et souterraines retraites, même à coup de missiles perfor(m)ants, s’ils en tapissaient les murs des grottes où ils s’enfouissent.

 

Appelé aussi « le bonheur des dentistes », ledit biscuit ne consent à devenir mâchable qu’après avoir mariné durant un minimum de 3 semaines dans du lait russe ou du chocolat chaud. Le néophyte non averti qui le confondrait par distraction avec un inoffensif spéculoos y perdrait la moitié de ses ratiches au premier mordage, et je conseille au prochain journaliste à qui viendrait l’idée de canarder le président U.S. à coups de taloches de troquer ces dernières pour une paire de couques dinantaises, autrement plus légères et faciles à manier, et à l’impact autrement plus ravageur surtout si on en lime les bords en biseau de façon à les rendre coupants (compter, par centimètre de pourtour, un centaine d’heures de limage à la disqueuse industrielle).

 

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Dinant. En haut: la citadelle. En bas: la Collégiale. A droite: le téléphérique.

La citadelle de Dinant est intensément caractérisée par une particularité sonique curieuse autant qu’intéressante qui n’a pas échappé au spécialiste des phénomènes auditifs insolites dont je suis (puisque je milite dans l’un deux): quand, le soir de Noël, sur la petite place jouxtant la Collégiale Notre-Dame, située pas tout à fait exactement 100 mètres moins haut à la pas vraiment verticale de son approximatif contrebas dans le sens de la descente, joue (sans sono et sans sax – car la pratique du sax aux abords des lieux de cul est interdite) un sémillant quintette de Pères Noël clarinette-banjo-percussions-hélicon-trompette, on en entend très distinctement la musique jusqu’au sommet de la citadelle pourtant située une bonne centaine de mètres plus haut à l’oblique verticale dans le sens ascendant, je l’ai déjà dit à l’envers et plus haut sans crainte de me répéter.

 

De là à imaginer que les défenseurs, du haut de la citadelle, entendaient, avec un minimum d’attention, tout ce qui se disait en bas, il n’y a qu’un pas hasardeux que je franchis allègrement avec la rigueur désinvolte du critique historique qui se réveille en moi à chaque fois qu’on cause faits historiques avérés, et en plus j’ai le diplôme. Outre donc qu’ils pouvaient entendre la messe tous les dimanches sans se déplacer, les défenseurs avaient donc aussi la faculté, en temps de conflit, d’ouïr très distinctement - et d’en tirer un avantage stratégique considérable - les conversations des assaillants miraculeusement parvenus au pied de la citadelle sans s’être fait préalablement hacher menu par le déluge de fer et de feu obligeamment déversé sur eux en guise de cadeau de bienvenue au dur pays des couques par les tirs croisés, concertés et nourris de centaines d’arbalètes, de tromblons, de fusils, de canons, de mitrailleuses ou d’obusiers, selon les époques.

 

Imaginons la scène :

(Premier assaillant miraculé, en abrégé ‘pam’ dans les lignes qui suivent) - Ouééé, pffffouuu, on y est arrivés ! On l’a échappée belle !

(Second assaillant miraculé, en abrégé ‘sam’ etc) - Ca c’est sûr, d’ici ils ne ne peuvent pas nous voir.

(pam) - On est combien ?

(sam) - Euh… y a que nous deux.

(pam) - Bon, on fait quoi ?

(sam) - Le téléphérique est en route ?

(pam) - Non.

(sam) - Alors, on va casser la roche sous la citadelle à coups de pioche.

(pam) - Bonne idée, t’en as apporté une ?

(sam) - Euh… »

Et ainsi, ayant tout entendu, les défenseurs rassurés pouvaient dormir tranquilles au sommet de leur rocher. Stupéfiant, n’est-il pas ?

14/12/2008

Où l'auteur pour une fois s'énerve

 

S’il est un chanteur appartenant sans conteste à la regrettable engeance des inévitables fâcheux qui vocalisent leur insignifiante variétoche mollassonne dans le poste sans qu’on leur ai fait ou demandé quoi que ce soit, c’est bien monsieur Vincent Delerm.

 

Quand bien même il se contenterait seulement de nous seriner matinalement ses fadaises de sa voix baveuse d’épagneul fatigué, il y aurait déjà outrage à la Belgique qui se lève tôt, tant sa voix suintant l’ennui menace de réendormissement précoce l’automobiliste méritoirement sur ses pédales dès potron-minet pour filer au travail les yeux encore engourdis de fatigue et ne demandant qu’à replonger dans les bras de Morphée.

 

Mais hélas, le cuistre ne se contente pas de fredonner, il se mêle aussi d’écrire, et là on tombe carrément dans l'intolérable, mais que fait Green Peace ?

 

Ainsi, l’autre matin : je me laissais comme souvent piloter par ma ronronnante Joséphine à moteur jusqu’à destination du havre de verdure où j’exerce désormais mes activités professionnelles, et tout baignait ; c’était le point du jour, je traversais la forêt de Soignes, les arbres se découpaient de plus en plus nettement sur le ciel qui lentement s’éclairait, un petit crachin ne parvenait pas à cacher la palpable tension de la forêt s’éveillant avec enthousiasme et toute entière à ce jour nouveau plein de promesses d’émerveillement. Plongé cœur et yeux dans le ravissement sans cesse renouvelé qui me saisit à chaque passage à la même heure au même endroit, j’en étais rendu à avoir sottement oublié que, quelques minutes plus tôt, dans les méchants tunnels de la petite ceinture, j’avais distraitement syntonisé mon auto-radio sur la fréquence de la radio nationale, lorsque soudain, un ministre phinancier de par chez nous, dont les dents rayent le parquet dès qu’il se trouve dans les parages d’Albert II, et appartenant à un parti dont je tairai le nom car je sais que traînent par ici des mineurs d’âge auquels je ne veux point faire lire le moindre gros mot, lorsque ledit phinancier donc, avant de déverser sur ses opposants politiques un flot de haine d’une virulence inversément proportionnelle à l’irréprochable immaculation de la Très Haute Opinion en laquelle il se tient lui-même, opta, en guise de choix musical introductif et ridicule dont on se serait bien passé, pour une chanson de monsieur Delerm déplorablement intitulée « Un tackle de Patrick Vieira n’est pas une truite en chocolat ». Sur coup de l'ahurissement de mes oreilles, le paysage s'assombrit.

 

Oui, lecteur, tu as bien lu : « Un tackle de Patrick Vieira n’est pas une truite en chocolat ». On n’avait plus guère connu une telle fulgurance dans les propos depuis Tata Yo-yo d’Annie Cordy, encore que la toujours sémillante septuagénaire belge n’a jamais eu, elle, la prétention de faire de la haute littérature.

 

« Un tackle de Patrick Vieira n’est pas une truite en chocolat » !

 

Je n’accorderai audit Delerm aucune circonstance atténuante. J’ai déjà suffisamment donné pour son père Philippe dont j’eus jadis à subir sans plaisir ni exaltation la lecture -pourtant chaudement recommandée par une personne généralement experte en littérages-, de trois recueils de textes courts dont j’ai oublié les noms sauf un – et croyez bien que je le déplore -, recueils au cours desquels je me suis considérablement ennuyé en me demandant, sans jamais trouver la moindre réponse, ce qu’un lecteur même lambda pouvait bien y trouver d’humoristique, de moderne, d’intéressant ou tout simplement de bien écrit. Pauvre Delerm, même son ascendance joue contre lui. Ou alors, son indigence scripturaire serait-elle le fruit d'une dérisoire tentative de se faire un prénom en essayant de briller dans les mêmes plates-bandes que son paternel ? Je m'interroge, mais brièvement, car j'ai mille fois mieux à faire que d'investiguer sur les élucubrations sans queue ni tête du premier guignol venu.

 

A propos, voici quelques suggestions à son endroit pour un morceau prochain : « Un shoot de Zinedine Zidane n’est pas un congre à la banane », « Un lob de Karim Benzema n’est pas une carpe à l’ananas ». Géant. Ne me remerciez pas, il est dans ma nature chevaleresque de me porter spontanément au secours des sub-inspirés.

 

Pour vous dire à quel point j’apprécie (et milite pour) la belle et bonne variété française, celle qui a du charme, du talent, de la pétillance, de l’inventivité, celle par exemple pratiquée par l’irréprochable Juliette, je lui ai fait sa pub, moi, à ce Delerm, tout ce week-end, en citant inlassablement son titre lamentable à tous mes amis rencontrés, chez qui désormais, grâce à mon action dévouée et juste, le statut dudit Delerm est passé de persona quasi incognita à persona totali non grata. Le seul ami/auteur ayant tenté de comprendre et défendre l'imbuvable charabia de ce triste sire est mon camarade Théophile de Giraud, ce qui ne m’étonne guère au vu de l’inépuisable mansuétude dont il fait montre à l’encontre des moins doués des écrivailleurs, et dont la meilleure preuve en est qu’il condescend à me fréquenter.

 

Bref : Delerm Vincent, retenir le nom et s’en abstenir absolument.

08/12/2008

Où l'auteur, redressant la tête, pérégrine et narre

 

Ami lecteur, c’est avec joie que je peux enfin commencer à lentement lever le nez de mon accaparant travail, et que j’annonce (avec prudence, donc au conditionnel) que je devrais être en mesure de reprendre un rythme de postage décent au cours des mois qui viennent. La complète palette des réactions à cette nouvelle, pouvant s’évaluer allant de « Chic ! » à « Oh non ! », m’enchante iso-également puisque j’ai toujours autant plaisir à régaler l’amateur -qui s’en délecte- qu’à désobliger le fâcheux -qui s’en débecte-, tout ceci étant exprimé dans la joie et l’allégresse avec l’élégance coutumière de mise en cet endroit langagièrement bien tenu et syntaxiquement irréprochable.

 

Je plaide coupable pour les impasses et les forfaits que j’ai respectivement dû faire et déclarer récemment sur des événements aussi variés et importants que le décès de François Caradec (il faudrait urgemment dire aux poètes et aux écrivains de talent d’arrêter de mourir les uns après les autres, c’est devenu une manie franchement désagréable), les prestations calamiteuses de l’équipe de France de hand féminin à l’Euro, les époustouflantes prestations de Jacques Bonnafé interprétant Jean-Pierre Verheggen, la soirée d’hommage à Pierre Etaix organisée par Nicolas Crousse et Véronique Navarre, j’en passe mais pas trop.

 

Il y eut la Finlande il y a quelques semaines, il y aura l’Irlande et la Pologne en 2009, mais ce week-end c’était en Hongrie que Front 242, dont l’incessante extension des frontières traversées et des territoires conquis n’a d’égale que la pétaradance de la formule scénique, s’aventurait pour la première fois de sa carrière pour y tester sa métallurgie bruitiste après laquelle certes l’herbe repousse, mais faut du temps quand même. Lisez ci-dessous pourquoi l’évocation de l’herbe est particulièrement pertinente dans le contexte qui nous occupe.

 

La Hongrie, disais-je, est un charmant pays de l’ex-Bloc de l’Est au climat invariablement tropical puisque même quand de par chez nous on gèle, là-bas on grille… les moins calembourophiles de mes lecteurs m’ont vu venir à des kilomètres avec mes gros sabots.

 

Sa capitale, à la Hongrie, énerve la plupart des grands mystiques ; rien qu’à y penser, Jésus fulmine et Bouddha peste. C’est pourtant une ville charmante ou hongroise des tas de gens dont on imagine qu’ils pourraient aisément s’appeler Terri-Aleur, Prissaleuçon ou Kitésèdètt, puisqu’ils se prénomment généralement « Attila », qui est là-bas le prénom numéro hun.

 

Cette ville possède une salle de sports que les organisateurs du concert de ce samedi 6 décembre avaient somptueusement décorée de photographies géantes de la Grand-Place de Bruxelles, histoire de ne pas trop nous dépayser dans ces plaines lointaines, et de toutes les pochettes de nos albums. Et dans les loges, serviettes de bain brodées au nom du groupe et chocolat belge, c’est pas tous les jours qu’on est aussi bien accueillis. Pour vous dire comme c’était la fête, même la sono asthmatique n’a pas réussi à refroidir l’enthousiasme des 1.000+ gens venus se défoncer les tympans et se remuer les fessiers aux rythmes frénétiques de la vigueur industrielle au service de vos sols.

 

Dès la lendemain matin, accompagné des organisateurs de la veille, subjugués, qui se joignirent au convoi alors que ce n’était pas prévu, départ matinal autoroutier pour 600km jusqu’à Prague (Tchéquie) pour un concert dans une salle plus petite, bondée et  chaudronnesque, dont l’étrange configuration (une scène dont la partie centrale est un cercle) fut un excellent prétexte à changer la disposition des musiciens, ce dont témoigne assez bien la série de (fort belles) photos que l’on peut trouver ici.

 

Bref, un week-end de plus de pur bonheur, et qui, de surcroît, (j'ai décidé de faire une phrase avec des tas de virgules) présage que, croyez-le ou non, l’histoire, pourtant déjà fournie, de ce groupe hyperactif, comme on peut le lire ici, n’est pas près, croyez-le, de s’achever, et c'est rien de l'dire.

 

A noter à l’agenda : ce mardi 16 décembre à 22h10, sur la chaîne de télé Canvas (c’est la VRT2), un reportage d’une heure sur Front 242 dans le cadre de la série Belpop. L’équipe de réalisation a accumulé des dizaines d’heures de filmage, je découvrirai le résultat en même temps que les lecteurs de ce blog devenus télévoyeurs pour l’occasion.