05/01/2009

Où l’auteur précautionneux appose un très visible carré blanc avant d’entreprendre sans fausse pudeur le narrage décomplexé de ses souvenirs de Bèze.

 

S’il n’y avait pour m’en retenir l’immesurable immensité de la modestie naturelle qui m’étouffe à chaque fois que me saisit l’envie d’en faire plus que le strict minimum, je placerais résolument cet article dans la droite lignée du reportage devenu légendaire que l’inimitable Daniel Prévost, dont la truculence n’est plus à vanter, consacra jadis au village de Montcucq dans l’émission-télé culte « Le petit rapporteur » et que je visionnai en direct à l’époque en me roulant par terre de concert (déjà) avec toute ma famille hilare pliée en quatre devant le poste.

 

Pour le réveillon de Nouvel An, je fus aimablement invité du côté de Dijon par des amis que je rencontre trop peu souvent car ils habitent loin, c’est la vie. Je le précise à l’intention du lecteur non géographiquement aware, Dijon est la très bourguignonne capitale de la moutarde, une préparation assez zonée et tellement relevée qu’elle n’a aucune peine à monter fréquemment au nez des chats dont le déjeuner n’est pas servi à l’heure (*).

 

S’enquérant à ma requête et sur le tard des disponibilités hébergementales environnantes, ma très zélée secrétaire particulière, qui règle les menus détails matériels de mon existence opulente et oisive dont les aléas de l’organisation pratique me courent sur le haricot, ma dite secrétaire donc me signala avec empressement qu’elle m’avait dégotté, en guise de primochoix de proximité, un petit hôtel estampillé « Logis de France » ( suivez cette enseigne les yeux fermés et, je l’atteste, vous serez bien logés ) qui seyait dans le village de Bèze dans la Côte d’Or (21), avant d’ajouter avec un enthousiasme mal contenu et une voix chevrotante qu’en raison de ce nom très prometteur elle serait également du voyage et que ce n’était pas négociable. Je ne pus donc qu’opiner.

 

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Bèze sur la Bèze

Arrivé sur place, au Chemin du Routoir (oui, il y a bien écrit Routoir avec un R), force me fut de constater que mes amis avaient grandement agrandi leur logis pour y mieux faire pousser leur marmaille qui s’était d’ailleurs multipliée depuis notre dernière rencontre, le tout non sans une très chaleureuse harmonie. Profitant de l’espace à disposition, lesdits amis avaient, avec une judiciosité et un hospitalitage de bon aloi, mis les grands plats dans les énormes et concocté un menu de 6 entrées, 3 plats et 5 desserts - le tout fait maison – qu’arrosaient la panoplie assortie des alcools qui vont bien ; même Pantagruel, Gargantua et consorts tous réunis n’en fussent point venus à bout - or il y avait de bonnes fourchettes autour de la (gigantesque) table - tant ça gargamellait (****) dans la bombance boustifo-ripaillante.

 

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Un lieu propice aux étreintes passionnées : la tour à chaux de Bèze

Au cours de la soirée, j’appris mille et une informations passionnantes sur la charmante bourgade de Bèze ; qu’elle était d’origine gallo-romaine voire antérieure (**) : qu’elle se situait à la source de la rivière homonyme et longue de 31 km (**) ; qu’elle comportait un centre fort urbanisé dit « Centre de Bèze » ou « Bèze-en-Ville » (***) ; qu’il y régnait en permanence un microclimat torride (***) ; qu’il s’y organisait chaque été depuis plus de trente ans une très renommée « Fête des Andouilles et des Cornichons » avec élection concomitante (******) de la reine des premières et du roi des seconds (**), ce à quoi ma secrétaire, jamais en manque d’initiative, me sussura (******) à l’oreille (*****) sur un ton vaguement égrillard (******) qu’elle nous y inscrirait pour l’édition 2009, encore que je ne ressente pas vraiment de motivation trépidante ni transcendante à l’idée d’une élection à un titre inférieur à celui d’empereur - ceci dit, je suis toutefois d'accord avec l'idée qu'une élection longue et durable s'impose pour jouir pleinement de Bèze.

 

Qu’échangeâmes-nous donc du côté de Bèze et à minuit sous le gui de l’An Neuf ? De grosses … accolades, évidemment.

 

 

(*) autrement dit : dont le mou tarde

(**) c'est très sérieux

(***) c'est pas sérieux du tout

(****) celui de Rabelais, pas celui de Peyo

(*****) on peut éventuellement sussurer ailleurs mais c’est nettement moins audible

(******) on ne m'aura pas sur un coup simple, j'ai vérifié l'ortho au dico

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