20/01/2009

Où l'auteur, réparant un grave oubli, entretient son lectorat du fameux Docteur H. dont il a plusieurs fois fait mention dans le passé

 

Le Docteur H. est un être rare comme on n’en fait plus. Au premier abord, rien ne le distingue d’un humain ordinaire. On pourrait éventuellement évoquer une certaine ressemblance avec le célèbre tintinesque Tryphon Tournesol (chapeau, lunettes et loden en moins, quelques cheveux gris en plus) mais le docteur H., tout en élucubrant dans les développements scientifiques les plus pointus, garde, lui, les pieds toujours sur terre et n’est jamais à l’Ouest. Je parie qu’avec les crédits et l’équipement adéquats, il serait même en mesure de construire une soucoupe volante fonctionnant avec des crottes de lapin (ou un truc époustouflant dans le genre).

 

Le Docteur H., ne trimbalant jamais le moindre gramme superflu, est carrément superfluet. Son budget nourriture hebdomadaire ne dépasse que rarement la dizaine d’euro. Là où le commun des mortels, pour se rassasier, s’enfile apéro, entrée, plat, fromages et desserts, lui se contente nonchalamment d’une demi-pomme et la termine en disant qu’il a bien mangé. Le dernier qui l’a vu boire de l’alcool ou du coca-cola a quitté ce bas monde il y a bien longtemps. Bref, le Docteur H. est un être résolument frugal. C’est à se demander si son organisme renferme la moindre trace de cholestérol.

 

Le Docteur H., quand vous êtes son ami, il laisse tout tomber pour venir vous rejoindre et vous porter secours lorsque vous l’appelez à l’aide.

 

Le Docteur H., dans un groupe, il est toujours d’accord pour faire ce que personne d’autre ne veut faire. L’ampleur de la tâche ne le rebute jamais. Il est dur au labeur, persévérant, déterminé. Et la qualité du travail produit est toujours largement supérieure à ce qui était attendu.

 

Le Docteur H. est une encyclopédie sur pattes. Inutile d’aller vérifier ce qu’il vous a raconté sur des tas de sujets aussi variés que passionnants, c’est toujours exact. Quand il ignore de quoi qu’on cause, il annonce sans ambages qu’il n’y connaît rien (ce n’est d’ailleurs pas toujours vrai). Mais attention : quand on aborde un sujet à propos duquel il dit, de sa voix douce, la tête légèrement inclinée sur le côté, et avec un demi-sourire, « Je sais », cela veut dire qu’il connaît le sujet sur le bout des doigts, qu’il a lu tous les ouvrages importants sur la question, et qu’il s’est fait sa propre opinion – toujours originale, éclairée, éclairante.

 

Le Docteur H. ne transige jamais sur ses principes et ses engagements, dusse-t-il en baver des ronds de chapeau : il va sa route droit comme un i sans dévier d’un pouce, quitte à braver l’inconfort, prendre des coups ou sacrifier son bien-être.

 

Le Docteur H., je ne lui connais pas de défaut. Ah si, quand même : quand, au volant de son break, hésitant sur la sortie à prendre, il ralentit au point quasiment de s’arrêter en plein milieu d’un rond-point, il me fout une trouille bleue.

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