28/01/2009

Où l’auteur avertit le lecteur non amateur de handball qu’il risque de passer un bon moment à lire des trucs qui ne le passionneront guère

 

Dans un Mondial croate d’un niveau tout à fait remarquable, à l’issue du second tour, trois de mes quatre favoris se retrouvent en demi-finales : la Croatie, la France et le Danemark. Quatrième équipe du carré final et surprise du chef : la Pologne, finaliste du Mondial précédent, qualifiée hier soir de toute justesse, à 5 secondes de la fin, en marquant dans un but vide d’un tir lointain qui sanctionnait une perte de balle norvégienne en attaque où s’était inconsidérément rué le gardien (31-30) et qui évinçait du même coup son adversaire du soir. Comme quoi, une qualification tient parfois à un cheveu (si vous n’avez pas tout compris, relisez avec plus d’attention, je persiste et signe).

 

L’Espagne, mon 4ième favori, a été sortie dès le premier tour après un parcours tellement indigne de son rang que l’entraîneur s’en est excusé auprès de son pays. Condamnés à jouer en poule de consolation, les (plus trop fiers) Ibères aux naseaux frétillants d’amertume tels des toros (poin/tron)çonnés par des matadors de troisième zone dans un corrida cantonale, ont pu se refaire une (relative) santé dans les poules de consolation en écrabouillant tout sur leur passage :  205 buts pour et 98 contre en 5 matches (soit un score moyen de 41-20), c’est du jamais vu dans un Mondial ; l’Espagne a portant dû se contenter de  la 13è place.

 

Quant aux Allemands, ex-champions du Monde pas du tout méritants, avec un nul et deux défaites pour leurs trois dernières sorties, ils ont beau rouspéter sur l’arbitrage (pour la forme, parce que la paille et la poutre, hein, ça commence à bien faire…), ils ont été défenestrés de ce Mondial par les Scandinaves (Norvège et Danemark) unis pour cette noble cause, na-nananère, et c’est un juste retour des choses après l’imposture de leur succès mondial précédent dont que sur l’ignominisme duquel je vous ai déjà causé en long en large en travers et en diagonale.

 

La Croatie et la France se sont donc affrontées hier soir pour la première place du groupe A, dans ce que beaucoup qualifiaient de fausse finale avant la lettre (ou de match à fleurets mouchetés), un match sans véritable enjeu puisque les deux pays, en tête de leur groupe, toujours invaincus et favoris pour la finale, étaient déjà qualifiés pour les demi-finales. En réalité, il y avait quand même un enjeu à ce match, surtout pour les Croates : ils devaient l’emporter pour rester invaincus devant leur public (prestige oblige) et surtout éviter en demi-finale le Danemark, leur bête noire, qui venait de terminer premier du groupe B. La France, elle, pouvait se permettre de perdre (son seul objectif est le titre suprême), mais devait néanmoins rester concentrée sur son sujet pour éviter de subir une défaite trop lourde qui aurait pu nuire à la zénitude du moral de ses troupes et gonfler celui d’en face. L’entraîneur tricolore Claude Onesta, soucieux de cacher au maximum les possibilités de son groupe dont la plupart des observateurs (et moi aussi) considèrent qu’il s’agit du meilleur du monde, laissait opportunément au repos ses cadres principaux ; ni le gardien Thierry Omeyer ni le buteur Jérôme Fernandez n’ont  été alignés ; les autres joueurs de base (Karabatic, Sorhaindo, Gille, Guigou, Abalo, Narcisse), ne sont montés au jeu que pour un demi-match ou moins et ont été remplacés par des réservistes qui ont connu des fortunes diverses : si Franck Junillon a été étincelant, les deux gauchers Sébastien Bosquet (mon chouchou puisqu’il évolue à Dunkerque où il casse régulièrement la baraque) et le jeune Xavier Barachet ont signé de piètres 1/4 et 1/6 en attaque et n’ont guère été efficaces.

 

bosquet

Sébastien Bosquet - impérial en club, trop court pour l’équipe nationale 

 

Sébastien Bosquet, ce grand joueur, malgré toute l’estime que je lui porte - mais jamais au détriment de l'incontestable lucidité qui m'habite - est hélas l’une des déceptions de ce Mondial ; il a été peu utilisé, et quand il l’a été, il n’a pas saisi sa chance, sauf contre l’Australie, qui était de loin... l’équipe la plus faible du tournoi . A déjà 28 ans, le grand Seb, qui n’est plus une solution d’avenir, risque de devoir renoncer définitivement à sa carrière internationale ; il regrettera certainement les blessures qui l’ont tenu éloigné des terrains trop longtemps, à une époque où il aurait pu gagner durablement ses galons de titulaire… Au final, la victoire est revenue à l’équipe qui la voulait le plus : la Croatie s’est imposée 22 à 19, la France n’a rien dévoilé et a reposé ses troupes, tout le monde est content.

 

Les demi-finales opposeront donc la France au Danemark et la Pologne à la Croatie. La logique voudrait que France et Croatie se retrouvent une seconde fois pour une vraie finale explosive, cette fois-ci à couteaux tirés et visages découverts, mais rien n’est jamais écrit à l’avance : le Danemark est très solide (on n’est pas champion d’Europe par hasard), et la fantasque Pologne, dans un bon jour, peut battre n’importe qui. Le spectacle est assuré.

 

Côté non-européen, seule la Corée du Sud, au jeu rapide et déroutant, mais désavantagée par ses gabarits moindres, a réussi à passer le premier tour ; au second, elle n’a pu éviter la dernière place de son groupe, et ne se classera donc au mieux que 11ième. L’Egypte termine deuxième nation non-européenne, à la 14ième place, pas terrible pour eux (mais mieux qu’une très décevante Russie, 16ième). Autrement dit, la maîtrise européenne sur le hand mondial reste incontestée.

 

 

Note additive postée ultérieurement : la disgrâce (temporaire) des arrières gauchers de l'équipe de France (Bosquet et Barachet) se confirme avec la convocation, pour les deux derniers matches du Mondial, de Joël Abati, un arrière droitier très expérimenté au palmarès incontournable (champion du Monde, champion olympique, champion de France et d'Allemagne, vainqueur de la Coupe d'Europe des Champions et de la Coupe de France, qui a joué en Allemagne et qui joue aujourd’hui à Montpellier, champion de France) mais très âgé ( 39 ans en avril prochain! ).

 

Interrogé à ce sujet le 29 janvier par le magazine en ligne Handzone, Michaël Guigou, l’ailier gauche génial et virevoltant de l’équipe de France, ne laisse pas planer le moindre doute :

HandZone : Et le retour de Joël Abati ?

Michael Guigou : […] C’est un choix fait par Claude [Onesta, l’entraîneur] par rapport aux gauchers actuels. S’il vient avec la confiance du coach et des joueurs, ce qui est le cas, c’est positif. Vendredi, on ne doit pas gâcher* mais montrer […]

 

*claire allusion au désolant 2/10 (2 buts marqués sur 10 tirs) réalisé par les gauchers lors du match contre la Croatie.

 

Allez, Jacques est à l'Est...

 

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