08/02/2009

Où l'auteur d'humeur antique fait rien qu'à calembourer dans l'alexandrisme

 

On me pose quelquefois la question de savoir comment un chanteur désoeuvré pourrait utilement valoriser l’interminable attente qui précède un concert. Cette pertinente question d’un intérêt considérable me tarauda l’esprit un court instant dans la capitale de la Grèce qu’avait investie ce vendredi soir mon groupe le plus bruyant dans l’unique et sournois but de rajouter sans vergogne une déluge sonore industriel à l’océan de souffrances d’une jeunesse grecque déjà tant éprouvée.

 

Ma réponse solennelle et sentencieuse à l’interrogation judicieuse ci-avant émise est la suivante : tout auteur qui se les pèle dans les loges avant son entrée en scène, au lieu de vaquer à des activités aussi puériles que l’ingestion d’alcool, la énième re-répétition du répertoire à interpréter ou le taquinage de la gueuse de coulisses*, se rabattra désormais, uniquement et obligatoirement sur l’utile, créative et ludique activité suivante : rédiger - dans sa langue maternelle ou une autre - une œuvre en alexandrins, de sujet libre, dont chaque ligne, y compris le titre, devra impérativement contenir (au moins) un calembour en rapport avec le pays de la prestation du jour. Il est admis que les chanteurs incultes (une engeance qui pullule), subinspirés ou infra-écrivants se fassent aider par leurs collègues musiciens, mais l’activité doit absolument se clôturer – question d’honneur – avant l’entrée en scène, quitte à exhaler la bancalitude.

 

N’hésitant jamais à payer de ma personne pour joindre, à la parole à graver dans le marbre, l’exemple à casser des barreaux de chaise, j’ai le plaisir et l’avantage de présenter en première mondiale l’œuvre inédite et immortelle réalisée de 18h19 à 21h22 – moins le temps d’installation, de sound-check et du frugal dîner -  en cette soirée vendredisiaque concertante mémorable où les thermomètres athéniens extérieurs indiquaient 13°C et où le temps était à la pluie fine.

 

Où l’auteur maudit sait comment meubler son temps

 

Ma jeunesse s’érode, la mort s'amène, hélas ! 

Et mon bon fond s’échappe au long du temps qui passe

 

J’étais d’humeur amère, et j’ai pas bien chanté ;

A une demi-scène je me suis confiné

Et au ras des pâq(ue)rettes, je l’avoue, j’ai presté.

Mais l’ambiance fut bonne et le pire évité.

 

Il y a du monde en loge, après la fin du show.

Une madonne hystérique, qui m’a l’air cultivée,

Tout en fumant six clopes s’enfile trois Cointreau ;

Elle m’appelle « Messire », taquine. Et d’ajouter :

 

« Pour qu’un jour tu atteignes un bon niveau sans bide,

Mon conseil est de boire surtout de l’eau limpide.

Et, avant que le temps ne finiss(e) par t’user,

Dormir longtemps, sinon ta perf’ elle est niquée ».

 

Ce soir, fête à ma pomme - c’est le calendrier - ;

Les invités boiront fort tard à ma santé,

Amis qu’on n’ose pas virer, qui nous diront :

« Restez et on vous aime, mais si vous partez, non »

 

Donc, si vous en avez trouvé 22 (voire 23), vous avez gagné. S'il y en a plus, c'est pas exprès.

 

* pire encore, certains cruciverbisent, flèchemottent ou sudokutent, je m’arrête sinon je sens que je vais rendre.

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