16/03/2009

Où l'auteur pleure avec une vigoureuse mais stoïque mélancolie un artiste dont il avoue pourtant n'avoir pas tout apprécié

 

Alain Bashung n’est donc plus alors que Delerm et Mahé sont encore jeunes et en bonne santé, trois bonnes raisons d'être triste. Le premier nommé était quasiment le seul artiste francophone dont je supportais (litote) l’audition lors des soirées buvo-dansantes de ma jeunesse -qui déjà foutait le camp- au cours desquelles j’attendais, avec la patience obligée et la résignation des haïsseurs inconcessionnables des inévitables et chiantissimes marathons de nullité dansatoire abusivement réservés aux amateurs subéclairés des vendeurs de soupe aurique sans sel style Claude François - que résonne sur le dancefloor enfin illuminé la brillance nonchalante et décalée de « Gaby Oh Gaby ! » et de « Vertige de l’amour » qui éclipsaient bien des tueries frénétiques électroniques et post-punk également dans mes goûts que le DJ universitaire à œillères, oreilles bouchées et ignorance musicale en sautoir, ne passait de toute façon jamais, pour m’éclater les membres et l’esprit en de jouissives contorsions simili-orangoutangiennes bashungesques, tout en sachant pertinemment que j'avais environ 4 minutes pour exsuder la frénésie accumulée lors de l'ennui total des deux heures précédentes à m'être fait choir, et qu'allaient immanquablement suivre deux autres heures du même tonneau avant de retrouver pareille aubaine, ne me demandez pas de remettre de l’ordre ou de la clarté dans la phrase.

 

Je me souviens aussi de la grosse colère que j’avais piquée (dans le vide, car je me suis élégamment abstenu de lui faire savoir) à la lecture d’une chronique de Jacques Mercier à propos de l’album « Play Blessures » qui tourna en boucle sur mon pick-up dès sa sortie, comme la plupart des albums du même, chronique déclarant en substance que rien, absolument rien ne ressortait de cet album (je cite de mémoire et donc approximativement). Je pense avoir mis quinze ans à pardonner cette opinion à son auteur, car chez le scorpion la rancune, si elle est rare, est durablement tenace.

 

Je proclame haut et fort que d’une part je tiens « Osez Joséphine » pour l’une des plus grandes réussites de la chanson française, celle qui n’est pas pingre et qui s’autorise, mine de rien, l’un ou l’autre trait de génie (*), j’y joins le sublime clip qui va bien avec le cheval et la jolie demoiselle, et que d’autre part je tenais sans réserve son auteur pour un des rares et derniers grands de la discipline susnommée, rien que du très banal en somme au vu de l'oeuvre du bonhomme. Aujourd’hui, Juliette (Noureddine) règne donc seule ou presque et doit se sentir bien isolée dans les cimes de son excellence avec tous les nains qui même montés sur des échasses n'arriveront jamais à la hauteur de ses rotules.

 

Paradoxalement, pour que les exceptions ne contredisent point la tendance globale, j’ai détesté « L’indifférence » et je me suis considérablement ennuyé et même un eptit peu assoupi au premier, dernier et seul concert que j’ai vu de Mr Bashung au Cirque Royal au début des années 2000 ; mais n’y voyez là nothing personal, car non seulement je me suis également endormi à la première vision des « Ailes du désir » de Wim Wenders et à quasiment tous les films de David Lynch, mais en plus jamais mon indéfectible adhésion admirative à l’œuvre du cher artiste disparu ne fut le moins du monde remise en cause par ces errements de mon chef que j’attribue exclusivement à la mienne incapacité de goûter pleinement tous les aspects de la fulgurance du génie, et puis on pardonne beaucoup à ceux qu’on aime surtout si c’est pas leur faute qu’on n'a pas tout compris.

 

Et pour conclure, ah oui, il ne me faut point oublier de contrebalancer tout ce reluisage par du lourdement bête et méchant de bon aloi : en comparaison de la stature disco-scénique de Mr Bashung, Biollay (exemple pris au hasard) c’est de la roulette de Samsonite de chez charisme de beignet.

 

 

(*) le genre de chose que l’on chercherait en vain du côté des cuistres genre Pagny ou Obispo qui osent pourtant en toute invraisemblance s’auto-proclamer « rénovateurs de la chanson française » avec une outrecuidance face à laquelle on croit rêver alors qu’il conviendrait de sulfater.

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