11/04/2009

Où l'auteur, ayant vu un fort bon film, en relate les péripéties essentielles en se gardant bien d'en révéler le dénouement

 

Au milieu de l’insondable médiocrité cinématographique que nous proposent ces jours-ci nos grands écrans moroses devant lesquels je baîlle de plus en plus fréquemment, j’ai vu tout récemment une superproduction qui me semble digne de quelque intérêt, et ce dans une grande salle incompréhensiblement vide hormis moins d’une vingtaine de spectateurs subjugués : « Red Cliff » (en français « Les Trois Royaumes ») de John Woo, une épopée stratégico-guerrière au budget pharaonique dont je m’en vais vous narrer les hauts faits de la version européenne (2h20 seulement, contre le double pour la version asiatique) sans me soucier de savoir s’ils sont contés par Mr Woo conformément au récit mythique du XIIième siècle dont ils sont tirés.

208 après J.-C. : l’empereur de Chine est sous la coupe de son premier sinistre qui répond au doux nom de Cao Cao, à prononcer Tcha-Tchao, ce qui, malheureusement, pour le spectateur avisé et attentif aux signes que je suis, évente quand même un peu l’issue du récit.
Cet individu ambitieux, arrogant et peu recommandable (il porte notamment de longs cheveux en chignon, bêêêrk) lève une armée de 800.000 hommes et 2.000 bateaux - je n’ai pas compté, mais au vu des images je dirais qu’il y a moins de soldats mais plus de navires (*) - pour aller conquérir les deux derniers royaumes insoumis, respectivement dénommés celui du Sud-Ouest (situé au Sud-Ouest) et celui de Wu (situé pas loin du Sud-Ouest puisque le personnage central du film évolue dans le premier lors du plan A, et dans le second lors du plan B qui succède immédiatement au plan A, si ce n’est pas un clair indice de proximité c’est que je suis nul en filmitude). Après avoir échappé de peu à la capture, lors d’une première bataille, en raison de sa grandeur d’âme le poussant à protéger ses paysans en fuite et grâce à ses généraux courageux qui n’hésitent pas à aller taillader de la soldatesque adverse en se jetant en plein cœur de la bataille au péril de leur vie précieuse, le roi du Sud-Ouest Liu-Bei demande et obtient l’alliance avec le roi de Wu via un jeune, beau et convaincant stratège, Zhuge Liang (suis allé rechercher son nom sur internet, j’aurais juré qu’il s’appelait autrement, mais avec tous ces noms chinois on fait vite de la salade), qui devient la figure centrale du film, celle qui voyage vite, ou alors moins vite mais entre deux royaumes fort proches comme expliqué plus haut, et qui scelle cette alliance lors d’une vibrante collaboration musicale (*) aux instruments à cordes avec le vice-roi Zhou Yu, lui-même chanceux époux (*) de l’icône vivante Xiang Qiang, la Carla Bruni de l’époque qui aurait eu un mari mélomane maniant le sabre.

Redcliffposter
Le vice-roi, la brute et le stratège


La totalité des troupes ainsi réunies, un maigre 50.000 âmes, se retranche dans la forteresse dite de la « Falaise Rouge » sur le  fleuve Yangtze. On remarque derrière les remparts un général très photogénique et fort concerné par la bataille, y entraînant ses hommes avec conviction, qui confectionnera plus tard d’étranges bombes incendiaires contenant des œufs ( ?)(*) et qui sacrifiera sa vie pour faire s’écrouler dans une explosion préatomique, lors de l’assaut final, les fortifications du camp des assiégeants.

Bien qu’un avant-détachement de ses troupes en approche ait été proprement attiré et liquidé dans un traquenard placé sous le double signe de la tortue et des gonzesses avides d’escarmouches (*), l’infâme Cao Cao, qui voit les choses en grand et feint de négliger ce détail de l’histoire, amène prestement ses troupes par le fleuve et va bâtir son camp sur la rive opposée à celle occupée par les alliés ; à la vue de sa gigantesque flotte, un général allié découragé , anticipant de quelque 1.800 ans les préoccupations écolo-énergétiques contemporaines, s’écrie dans un sanglot : « Ca ferait du bois de chauffage pour 100 ans ! », comme on le comprend.

Pendant un moment, rien ne se passe, car ça cogite des deux côtés, et c’est clairement dans celui des alliés que se rangent l’humilité, l’intelligence et la clairvoyance stratégique, et on se dit non sans raison que Mr John Woo nous prévient que ça va bientôt chauffer sous les fesses de ce scélérat de Cao Cao décidément trop sûr de lui.

D'abord, une princesse du clan des bons, déguisée en soldat ennemi, s’infiltre dans le camp dudit Cao Cao pour y soutirer un tas de renseignements fort pertinents qu’elle communique aux siens via blanches colombes et linge de corps (*) ; elle y constate notamment qu’une épidémie de typhus ravage l’armée qu’elle espionne, dont le commandant suprême, qui n’en est pas à une scélérature près, envoie ses morts contagieux par bateaux chez ceux d’en face dans l’espoir de leur pourrir encore un peu plus le siège, et il y parvient presque, mais heureusement le stratège Zhuge Liang, qui a tout compris, veille au grain et et sauve l’affaire en isolant les contagieux des soldats sains.
Hélas, le début d’épidémie dans l’armée alliée, pourtant rapidement étouffé, a profondément affecté le moral du roi Liu Bei (dont on comprend que le visage cadavérique et défait n’inspire guère la vaillance à ses troupes *) qui décide de se retirer de l’alliance avec son armée, abandonnant le roi et le vice-roi de Wu (même pas fâchés), le stratège et leurs 30.000 combattants face aux 800.000 Cao-Caotiens, le tout diminué des typhoïdés, mais le rapport de forces reste quand même inégal.

Au fil du film, le stratège Zhuge Liang s’avère non seulement fortement sympathique et subtilement zen (il sourit toujours), mais aussi rudement finaud (il lit dans les pensées de son adversaire comme dans un jo
urnal intime et en déjoue tous les coups tordus), et surtout foutrement expert en nébulo-climatologie, puisque par deux fois son observation attentive de l’état du ciel va lui permettre d’anticiper de brusques variations atmosphériques qu’il exploitera à l’avantage des siens ;
- une première fois en envoyant furtivement dans la brume matinale inattendue des navires recouverts d’une épaisse couche de paille que les troupes de Cao Cao cribleront de 100,000 flèches qui, seront triomphalement ramenées au fort intactes, triplant d’un coup le matériel ballistique à disposition des archers ;
- une seconde fois en prédisant un brusque retournement de la direction du vent qui permettra aux alliés de bouter un feu dévastateur à la flotte
assiégeante.
Mais ce n’est pas tout.
Car comme en plus,
d’une part,
la vice-reine de Wu, Xiao Qiao (qui survivra finalement grâce à deux plongeons magistraux mais peu réalistes, l’un d’un général allié et l’autre de son mari) va jouer en parallèle un coup brillant en solo, désertant sans l’avoir prévenu son vice-roi d’époux pour aller retarder du temps qu’il faut - par son cha
rme diaphane et une fort lente cérémonie du thé (*) - l’attaque du généralissime Cao Cao secrètement amoureux de -et fasciné par- elle,
et que,
d’autre part,
le roi Liu-Bei, dont la désertion suite au typhus n’était qu’une ruse de guerre s’ajoutant à toutes les précédentes, revient en force attaquer les assiégeants par l’arrière,
je vous laisse vous faire une idée sur le dénouement final inattendu et surprenant dont je ne dévoilerai rien.

Je vous le dis comme je le pense, si Napoléon avait eu ce Zhuge Liang à ses côtés, une bonne partie de la Russie serait devenue française en 1812.

(*) je n’en dis pas plus, allez voir le film

10/04/2009

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avril17