20/06/2009

Où l'auteur se dit : sur internet, on lit des tas de conneries, et puis à un moment, on se dit quand même que PAF!, c'est bien vu (quand même x 2)...

Provenance : 11.info/spip/spip.php?article464

[nlda : on  truove un paqeut de fuates d'orhtograhpe dasn le tetxe qui siut, mias bon, on liassera le fodn l'epmotrer sur la fomre] 

"La Rollex cachait la montagne

Je me suis demandé tout récemment si les clowneries scandaleuses du clan Sarkozy n’étaient pas simplement un catalyseur d’indignation. C’est vrai que voir le président se trémousser sur des yachts et agiter sa rollex en temps de crise, ça laisse branlant d’une juste colère.

C'est tellement gros et récurrent qu’on n’a presque plus le temps de réfléchir à la substance de la politique. Une sorte de parapluie bling-bling en quelque sorte. Ou comment mettre un arbre en or pour cacher la forêt d’excréments… En réfléchissant un peu mieux et en me souvenant du silence penaud affiché par l’Élysée et le gouvernement au moment où la crise envoyait de la choucroute dans le pâté, je me suis rassuré en me disant qu’on n’a pas tant été manipulé (ou qu’ils n’ont pas osé aller jusque là), que c’est peut-être bien simplement de la bêtise. Cependant, on peut attendre de notre nain présidentiel et d’un gouvernement - l’un de ses tentacules - ayant dépensé en 2007 environ 50 millions d’euros en frais de communication diverses (sondages, campagne anti-crise, conseils, …) que, pour ce prix-là, il maitrise son image médiatique.

Manipulation ou pas, le résultat est là : la peopleisation de la politique permet de faire de la politique tranquille, les journaleux ont bien assez à bouffer dans les poubelles pour pas s’emmerder avec des trucs rébarbatifs. Bref, il faut faire attention à ne pas prendre la peau du people pour la toison d’or.

Pour reprendre une célèbre allégorie : quand le sage montre la lune, l’idiot regarde le doigt, et le pourri en profite pour faire une balayette au sage pour lui apprendre à faire le malin.

Ça s’est passé tout pareil avec la crise. Il en est sorti grandi, le petit N., alors qu’il est sûrement l’une des incarnations les plus vicelardes de ce monde économiques qui brinquebale toujours du même côté. Je pensais à ça, récemment, en mirant deux documentaires Made in Arte, fort bien achalandés.

Retour sur la crise à travers deux documentaires

On parle un peu moins de la crise ces derniers temps, c’est vrai que ça colle pas trop au grand rêve européen et c’est peut-être une des raisons de l’abstention, la couleuvre était trop grosse et les gens ont pas le cœur à rêver. Et comme, c’est vrai, la crise est l’un des seuls sujets réellement réjouissants de l’époque, je me permet d’en remettre une couche.

Tout ça pour revenir sur la conjonction de deux documentaires d’Arte à ce sujet [1]. Le premier, Le malheur est dans le prêt de Kersten Schlüssler, explique le mécanisme de la magouille pour ceux qui ont toujours pas capté l’essence des subprimes. Exposant ainsi ce qui est - selon un intervenant - « la plus grande association de malfaiteurs de tout les temps », et ceci entrainant cela : qu’il n’y aura jamais de responsabilité engagée dans la mesure où tout le monde est coupable et innocent à la fois.

La chaîne de responsabilité est infinie : des ménages, qui se sont surendettés en laissant leur conseiller falsifier leurs revenus, et des conseillers, qui ont vendu des produits pourris sans rien y comprendre, à leurs supérieurs, qui leur ont demandé de vendre ces produits « sans risques », ainsi qu’aux banques, aux organismes de cotations, aux gouvernements qui n’ont pas exercé les contrôles nécessaires et à l’ensemble de l’institution financière… En clair : tous coupables.
D’où : les seuls qui vont payer, c’est la base. D’ailleurs, ça a déjà commencé à lui retomber sur le coin de la gueule. À commencer par une bonne partie de nos vieux, qu’on a poussé à placer leurs retraites et qui ont tout perdu (Represent mes grands-parents).

Le documentaire a aussi le mérite d’expliquer comment le 11 Septembre et autres contrariétés ont largement participé à la formation de cette bulle : la Fed, pour contrer une potentielle crise, a massivement injecté de la caillasse dans le business. Il pose aussi que le dollar a de fortes chances de s’effondrer comme un château gonflable rempli de gamins pervers avec des chaussures à crampon, ce qui sonne doux à mes oreilles. Même si, à mon avis, on ne rigolera pas longtemps, ce sera toujours ça de pris.

Le documentaire est bien réalisé, bien monté et tout et tout. Intéressant et facile à regarder. Il y a juste quelques passages qui titillent la machine à scepticisme : ce sont les multiples interviews d’anciens membres de la finance ou de l’ex-directeur de la Deutsche Bank (cette dernière ayant joué un rôle non négligeable dans cette sombre affaire) qui fustigent leurs collègues en leur disant « Attention, si vous continuez comme ça, je me vois obligé de vous dire que vous allez perdre votre légitimité. », menace à peu près aussi impressionnante que « si vous continuez à m’embêter, je gifle votre chien. ». Surtout de la part de gens qui ont tous inévitablement trempé dans la magouille et qui se précipitent du bon côté de la barrière pour faire les pères-la-morale. Du retournage de chemise bien comme il faut.

Le deuxième documentaire s’intitule Je suis un psychopathe. Il prend tout son sel une fois mis en regard de Le malheur est dans le prêt, qui appuie lourdement sur le fait que si les comportements ne changent pas dans la finance, le monde va se casser la binette. Il s’agit d’un documentaire réalisé par Ian Walker sur Sam Waknin, ce dernier se qualifiant lui-même de psychopathe. Il en a même fait son fonds de commerce. Jeune self made man surdoué, il a grimpé dans le milieu de la finance et a créé sa start-up internet, magouillant un poil avant de se retrouver en taule. Il a alors tout perdu et s’est reconverti dans l’écriture de bouquins sur la manière de gérer et de comprendre les psychopathes. Mais pas n’importe quel type de psychopathe : celui qu’on qualifie de performant, loin du serial killer de base.

Sam Waknin, psychopathe boursier

La trame narrative du documentaire est l’analyse du comportement de Sam Waknin et son passage par tous les tests reconnus par les instances judiciaires, qui le certifie psychopathe.

A l’arrière-plan du documentaire, il y a la confrontation entre le réalisateur et le psychopathe, et la pression que ce dernier fait subir à Ian Walker.

Le psychopathe performant est devenu un sujet d’études en psychiatrie depuis quelques années. En gros, c’est quelqu’un qui présente, suivant les tests pratiqués par les psychiatres, le même profil psychologique qu’un psychopathe criminel. Quelqu’un de totalement dénué de scrupules et de compassion, généralement assez intelligent, narcissique et versé dans l’art de la manipulation, soit le type de personnes qu’on retrouve partout dans les hautes sphères de la société, en particulier financières. D’ailleurs, l’un des spécialistes mondiaux des psychopathes criminels raconte qu’il aurait en fait dû passer la moitié de sa vie à étudier les salles de bourse au lieu d’aller dans des Quartiers de Haute Sécurité, ça aurait été plus instructif.

Une phrase du documentaire est particulièrement intéressante, qui dit en substance : "Si on vient d’une bonne famille, qu’on fait des études et qu’en plus on a une bonne gueule, on va pas braquer une banque, on rentre dans son conseil d’administration".

Effectivement, pour moi, ça procède de la même intention.

Le libéralisme est un système étudié quasiment sur mesure pour ce genre d’individus. Et cela se confirme si l’on se rapporte à Darwin et à sa loi de l’évolution. Une étude a d’ailleurs été menée, qui montre que ces psychopathes performants ont beaucoup plus de succès avec les femmes que le blaireau moyen (dans le reportage, bizarrement, ces profils de psychopathes sont explicitement exclusivement masculins). Ce qui s’explique très facilement, puisque la personne est en situation de réussite sociale et qu’elle n’a absolument aucun scrupule à user de tous les moyens pour conquérir « l’objet » de son désir. Il y a également une théorie dans le documentaire suivant laquelle les femmes seraient instinctivement attirées par ce genre d’hommes. Suivant la théorie de l’évolution, ce sont les membres les mieux adaptés à leur environnement, qui se reproduisent le plus et modèlent ainsi l’évolution de l’espèce à long terme.

Dieu soit loué pour l’existence de la contraception !

En apparté : Personnellement, ça répond à une de mes interrogations fondamentales d’adolescent looser : pourquoi ceux qui se comportent comme des enfoirés ont toujours eu plus de succès que moi ? Avant, je croyais que c’était parce que j’étais moche et con en plus d’être timide. Mais non : c’est juste qu’ils sont mieux adaptés à leur environnement…

En fait, ce que démontrent ces documentaires, c’est que cette crise est l’émanation parfaite et logique du système. Les mentalités devraient changer pour éviter une crise mondiale, mais il n’y a aucune chance pour que cela arrive.
Au fond, le seul moyen pour que se retrouvent au pilori ceux qui ont ruiné les pauvres gens assez bêtes pour croire à la valeur travail, c’est qu’on s’enfonce raz-la-gueule dans un puits de merde sur fonds de crise mondiale.

Ayez confiance : tout va bien se passer.

Il a volé notre indignation

C’est toujours comme ça : on a tout pour être indigné, et puis non, ça s’arrête vite. Rien n’a changé, les mêmes tartuffes pilotent en roue libre une économie mondiale psychopathe après avoir balancé quelques déclarations grandiloquentes, et on continue tout pareil.

Revenons-en à notre contexte tricolore. Là-aussi, la machine poursuit sa route, Sarkozy à la parade comme si de rien n’était. Là aussi - comme en matière financière - l’indignation a un double rôle politique : écarter les yeux critiques des problèmes sérieux et faire un héros du chef qui se pose en défenseur de la nation. On l’a vu dans ses déclaration grotesques sur la responsabilisation du monde de la finance et la nécessité de sanctionner les patrons. Il écarte toute réflexion avec des diatribes à l’emporte-pièce.

Sarkozy a mis en route une manœuvre grossière pour s’approprier l’indignation. Comme il a spolié l’environnement, comme il essaye de spolier la justice sociale. Sans rien faire, juste en les intégrant dans son discours.

Comme tout ce qu’il touche se transforme en merde, on n’a presque plus envie de s’indigner, juste de s’occuper d’autre chose : planter des carottes, faire dérailler des trains… Ce mec est en train de nous pourrir notre bonne vieille contestation. Et puis… peut-être qu’a bien y réfléchir je m’en fous, ça oblige à devenir un peu créatif, à se faire plus vicieux que le vice.

Notes

[1] Pour ceux que ça intéresse et qui ont pas la téloch, grâce nous soit rendue, il y a Arte+7 où on peut voir les docus en streaming mais pas plus d’une semaine après."

Un lecteur dudit blog ajouta en commentaire :

"Cher Herr Grimaud,

Ton aparté est bien plus qu’un aparté. C’est même, à mon sens, beaucoup plus proche du coeur du problème que les Rolex et autres verotteries pour blaireaux.

Le sexe est le moteur de notre monde, qu’on le déguise en rose bonbon et qu’on le rebaptise "amour" ou qu’on aligne fièrement les conquêtes comme autant de trophées de chasse. Si je devais choisir entre une montre de maquereau Albanais et Carla Bruni, je n’hésiterais pas très longtemps.

Les psychopathes dont tu parles sont bien plus machistes que les islamistes les plus perturbés. Pour eux, la femme est un bel objet, un signe extérieur de richesse (matérielle). Et celles qui s’amourachent de ces pathétiques "gagneurs" de vent doivent avoir une bien piètre opinion d’elles-mêmes...

Il est très révélateur que Carla Bruni ait été mannequin. C’est une profession dans laquelle les femmes sont réduites à leur aspect le plus superficiel. On mesure tous les détails de leur anatomie, on les pèse comme des vaches, une armée d’infographistes retouchent tout ce qu’elles pourraient avoir de particulier, de touchant, de vrai (les "défauts physiques"). On ne peut pas sortir d’un tel lavage de cerveau intacte.

Qu’une top model vieillissante (les top models, ça conserve encore moins bien que les sportifs de haut niveau) se maque avec un président qui lui arrive au nombril pour se rassurer sur sa valeur marchande, c’est dans l’ordre des choses dans ce monde-là. Vu de l’extérieur, c’est pitoyable. Ils sont tellement ridicules qu’on aurait presque pitié. J’ai bien dit "presque".

J’ai souffert des mêmes problèmes depuis l’adolescence. Les filles qui s’intéressent à moi sont soit à moitié dingues, soit complètement, soit elles ne me plaisent pas. Les autres me fuient. J’essaie de ne pas devenir misogyne ou homo (ou les deux à la fois). Dans une société moins axée sur la compétition de tous contre tous, j’aurais sans doute beaucoup d’atouts, mais dans celle-ci, où il est extrêmement bien considéré d’avoir la capacité d’écraser ses semblables avec le sourire, ma valeur marchande est au plus bas.

Pourvu que cette société de merde (pour rester poli) s’écroule avant que mes hormones prennent leur retraite, sinon je finirai en vieux célibataire aigri qui aboie sur tout le monde en promenant son hamster déguisé en chien."

Et l'auteur de conclu-di-re : "Amen ! "

 

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