01/12/2009

Où l'auteur, en goguette à l'étranger, se laisse conquérir par le charme insolite d'une oeuvre remarquable dans un matériau qui ne court pas les rues

Me promenant ce ouicande passé - et plus précidément ce samedi écoulé où les précipitations furent effectivement abondantes quoique je déambulassais à mon aise - du côté de la Place de la Bastille à Paris, et m’aventurant sur le boulevard Richard Lenoir non loin duquel je me flatte* de prendre mes quartiers chaque fois que je réside dans cette jolie ville récemment promue capitale d’un régime despotique fort peu éclairé à base de servilité couchée, je mis les pieds sans le savoir dans une exposition d’artistes de tous bords qui se tient là, et plutôt bien, chaque veille de dimanche.

Parmi toutes les échoppes, je remarquai celle qui présentait les œuvres ci-dessous, au charme étrangement indicible et ineffablement trouble, qui s’admirent également ici sur le site www.carolosculpture.fr, et qui me rappellent à la fois (pour certaines) les moaïs** de l’Ile de Pâques, les dieux de l’Egypte ancienne, les gargouilles de Notre-Dame et d’autres choses encore (mais que des belles).

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M’approchant de plus près à pas feutrés pour ne point effaroucher la demoiselle artiste présente prénommée Carol (je crois) qui paraissait étrangement timide et n’avait manifestement aucune envie de faire ni l’article ni la réclame de ses oeuvres qu’elle laissait paisiblement exister par elles-mêmes pour le bonheur des yeux des passants, je constatai avec un certain étonnement que les très belles créations exposées étaient sculptées… dans de la bouse de vache. Mais que le lecteur au museau délicat se rassure : une fois sec, le matériau est totalement inodore (la précision s’impose à l’égard du non averti des aspects pratiques des réalités rurales).

Ah ben merde alors ! me dis-je en mon moi-même pour rester discret. Je fus conquis. Conquis comme je peux l’être face à la création du poète qui donne de la hauteur à la vie en deux lignes griffonnées au crayon sur un papier froissé, à la vanne de l’humoriste qui fait se gondoler l’auditeur en un magistral aphorisme révèlant en cinq secondes la véracité des choses avec une acuité et une concision largement hors de portée du politique et du journaliste, à l’artisan qui reconstruit une tour Eiffel miniature avec le contenu d’une boîte d’allumettes, au peintre qui vous crée un ciel d’orage en trois traits de couleur (j’en ai au moins deux dans ma famille, c’est vous dire si je sais de quoi je parle), au musicien qui bidouille un hymne universel avec quatre notes de musique, à tous ceux qui, partout, font du sens, de l’intelligence, de la beauté et de la grandeur avec trois fois rien si ce n’est un cœur immense, une réelle attention à ce qu’ils font, un talent dont ils ne soupçonnent ni l’étendue infinie ni l’intensité de la douche lumineuse d’humanité qu’ils mettront au cœur résonnant de qui saura vibrer à leur unisson, et d’autres choses encore dont je ne veux rien savoir afin qu’elles puissent encore exister en m’étonnant.

 * ce terme prend tout son sens au regard de la suite des aventures trépidantes de l’auteur, narrées plus bas ci-dessous dans un passage ultérieur qui suit, mais situées localement plus haut dans ce texte, allez donc tenter de comprendre les méandres infernaux de l'ubiquité rédactionnaire polysituée.

** et non les maoris comme je l'écrivis assez sottement dans un premier temps sans qu'aucun lecteur ne m'en fasse la remontrance, alors que tout le monde sait pertinemment que les maoris sont les habitants de l'île Maoris.

Epilogue : après une telle révélation artistique, rien d'étonnant à ce que, quelques encâblures plus loin et un certain nombre d'heures plus tard, l'auteur soit saisi de la force, et devant témoins, par la contrepèterie qui s'imposait au croisement du bar dénommé "Café Oscar" : "Caca forcé ! " 

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