25/01/2010

Où l'auteur gémit sous les coups implacables d'un destin funeste qui fait rien qu'à l'ennuyer

 

Une damnation revêche et contraire s’acharne sur moi sur les routes rurales de ma campagnitude adorée.

 

C’est un fait : tous les mauvais conducteurs des environs (les vieux, les lents, les manchots, les unijambistes, les vicieux, les trisomiques, les malvoyants) guettent, traîtreusement installés hors de ma vue et au volant de la leur, chacun des déplacements de ma voiture pour venir les contrarier (le lecteur attentif saura raccrocher les pronoms utilisés aux substantifs adéquats, ci-dessus comme ci-après).

 

A peine ai-je mis en mouvement ma douce et tendre Joséphine à moteur qu’ils déboulent à chaque carrefour, qui débouchant d’une improbable route de traverse, qui s’extirpant d’une propriété privée, qui s’échappant d’un emplacement de parking, un par un voire à plusieurs, délaissant l’ombre hostile favorisant la félonie manigancière de leurs sournoises manœuvres circulatoires dans le but d’entraver honteusement les miennes en les rendant difficiles, lentes, dangereuses ou carrément inopérantes.

 

Dès que je dois emprunter une route à une seule bande de circulation, c’est recta : un sous-doué du conduisage, avisé de mon passage imminent, surgissant de nulle part tel un aigle noir dans une nuit barbaréenne, m’oblige à rester derrière lui, cale sa vitesse à 25% du maximum autorisé, et stagne à moins de 20km/h pendant d’interminables kilomètres limaciens sans que Madame Catherine Jépéhesse, pourtant fort bien disposée à mon égard en temps normal, ne m’offre la moindre échappatoire contournante.

 

A chaque fois que je prends une artère insortissible munie de dizaines de casse-vitesse, je suis invariablement forcé de subir la pétaradante avant-présence d’un 4x4 conduit par une tapette ou assimilé qui, dans l’obsédant souci de ne point torturer les fragiles amortisseurs de son lourdingue coursier, pile obséquieusement devant chaque ralentisseur pour le passer à du 2km/h ; si c’est la nuit, j’en ai aussi, à chaque fois, un autre derrière moi, qui a bien pris soin d’allumer ses grands phares pour m’aveugler via mes rétros à chaque franchissage desdits obstacles.

 

Et quand je vais voituresquement faire mes emplettes chez Messieurs Dellèze ou Kollereuitte (*), certains poussent le vice jusqu’à, après m’avoir précédé sur les routes, s’écarter à quelques dizaines de mètres de ma destination pour mieux me suivre dans les allées grandmagasinières, et me redépasser subrepticement en fin de commissionnage pour venir faire devant moi, au ralenti, la file aux caisses dans le but de perdurer dans ce nauséabond désobligeage à mon endroit.

 

Putain de sort.

 

(*) c'est à dessein que je camoufle les noms de ces grandes enseignes ainsi que je le ferais pour ceux MM. Karfour, Lideul ou Messtedague si j'y mettais encore les pieds.

Les commentaires sont fermés.