04/02/2010

Où l'auteur, à la veille d'une très sérieuse présentation oulipienne, se souvient d'un fabuleux auteur...

Je suis en train de préparer une animation de deux heures que je présenterai demain à une cinquantaine d'élèves bruxellois usant actuellement leurs jupes et pantalons (il s'agit de deux classes mixtes) sur les bancs d'une classe de 6e primaire dont les professeurs ne manquent pas de culot pour oser me distraire de mes innombrables activités intellectuello-manuelles qui me prennent le chou ces jours-ci (je me débattais, il y a encore une heure à peine, avec la construction rebelle d'un siège en carton repliable de deux mètres de haut sur lequel j'ai déjà déversé plus d'un litre de colle et qui refuse avec une outrecuidante obstination de prendre la forme que j'ambitionne pour lui, rogntudjuuu). On m'a demandé de leur parler, à ces garnement(e)s, de l'Oulipo, et donc de son représentant le plus illustre, Monsieur Georges Perec, trop tôt disparu et infra-illustré, et de ses innombrables tours de force écrivatoires tels que le monovocalisme en a (pour ceux qui suivent, les monovocalismes sont une sous-classe du genre des lipogrammes) également reproduit plus bas ci-dessous dans quelques lignes (double pléonasme).

Soucieux cependant de ne point trop bassiner ces chères têtes blondes par un interminable exposé théorique ou par de fastidieuses lectures fussent-elles les virtuosités abracadabrantesques d'un authentique génie, je lancerai rapidement les angelots d'onze ans temporairement confiés à ma vigilante garde dans la création scribouillarde (avec les torsions de neurones et mordages de gomme qui vont bien) de textes décoiffants à contraintes étranges, du genre "Cachez-moi trois animaux dans une phrase de moins de trois lignes" ou "Souhaitez un bon anniversaire à votre mère sans utiliser les lettres du mot maman".

J'en serai grosso modo à ma vingtième expérience du genre, et, comme à chaque fois, il m'étonnerait beaucoup que je n'en resortasse point tourneboulé autant qu'ébaubi de la facétieuse et exubérante inventivité dont font preuve les apprentis étudiants d'âge pré-ado quand on les branche avec bienveillance et amusitude sur les pistes fécondes de l'exploration des richesses et cocasseries du langage.

Enfin, en ce qui concerne Mr Perec, qui signe ci-dessous Gargas Parac, inutile d'essayer de m'en remontrer, je possède l'entièreté de ses ouvrages - que je conserve jalousement et ne prête jamais - ainsi que tous les livres et articles publiés à son sujet. J'ai même échafaudé à l'endroit de quelques passages obscurs (ou cryptés) de son oeuvre l'une ou l'autre explication fulgurante que je pourrais bien publier un jour dans une revue littéraire afin de jeter à la face l'humanité béate de reconnaisance un éclairage nouveau sur un aspect encore inconnu du corpus chefdoeuvrien de cet auteur fabuleux.

perec

Smart à falzar d'alpaga nacarat, frac à rabats, brassard à la Franz Hals, chapka d'astrakhan à glands à la Cranach, bas blancs, gants blancs, grand crachat d'apparat à strass, raglan afghan à falbalas, Andras MacAdam, mâchant d'agaçants partagas, ayant à dada l'art d'Allan Ladd, cavala dans la pampa. Passant par là, pas par hasard, marchant à grands pas, bras ballants, Armand d'Artagnan, crack pas bancal, as à la San A, l'agrafa. Car l'an d'avant dans l'Arkansas... FLASH-BACK ! -- Caramba ! clama Max. -- Pas cap ! lança Andras. -- Par Allah, t'as pas la baraka ! cracha Max. -- Par Satan ! bava Andras.

Match pas banal : Andras MacAdam, campagnard pas bavard, bravant Max Van Zapatta, malabar pas marrant. ça barda. ça castagna dans la cagna cracra. ça balafra. ça alla mal. Ah la la ! Splatch ! Paf ! Scratch ! Bang ! Crac ! Ramdam astral !

Max planta sa navaja dans l'avant-bras d'Andras. Ça rata pas. -- Ça va pas, fada ! brama Andras, s'affalant à grand fracas. Max l'accabla. -- Ha ! Ha ! Cas flagrant d'asthma sagrada ! Ça va, à part ça ? -- Bâtard vachard ! Castrat à la flan ! râla Andras, blafard. Bang ! Bang ! Andras MacAdam cracha sa valda. Max l'attrapa dans l'baba, flancha, flagada, hagard, raplapla. -- Par Achab, Maharadja d'Al-Kantara, va à Barrabas ! scanda Andras. -- Alas, alas ! ahana Max, clamçant.

Andras MacAdam à Alcatraz, Armand d'Artagnan avança dans sa saga, cravatant l'anar Abraham Hawks à Rabat, passant à tabac Clark Marshall à Jaffa, scalpant Frank « Madman » Santa-Campana à Malaga, fracassant Baltard, canardant Balthazar Stark à Alma-Ata (Kazakhstan), massacrant Pascal Achard à Granada, cachant l'Aga Khan dans sa Jag à Macassar, accalamant la Callas à la Scala, gagnant à la canasta à Djakarta, dansant sambas, javas, czardas, raspas, chachachas à Caracas, valsant à Bandar Abbas, adaptant Franz Kafka à l'Alhambra, Gadda à l'Alcazar, Cravan, Tzara, Char à Ba-Ta-Clan, Hans Fallada à Harvard, paraphrasant Chaban à Carjac, calfatant yachts, catamarans, chalands à Grand Bassam, sablant à ras hanaps cramant d'Ayala, allant dans sa Packard d'Atlanta à Galahad's Ranch (Kansas), lampant schnaps, grappa, marc, armagnac, marsala, avalant calamars à l'ananas, tarama sans safran, gambas, cantal, clams d'Alaska, chassant pandas à Madagascar, chantant (mal) Bach, Brahms, Franck à Santa Barbara, barman à Clamart, wattman à Gand, marchand d'abats à Panama, d'agar-agar à Arras, d'hamacs à Carantan, charmant à Ankara la vamp Amanda (la star dans « T'was a man as tall as Caracalla »), catchant à Marmara dans la casbah d'Akbâr, nabab d'Agra, grand flambart passant d'anthrax nasal, sans mal, tard, tard, dans sa datcha à Karl-Marx-Stadt, s'harassant dans l'alarmant grabat à draps blancs, lançant, at last, glas fatal, « Abracadabra ! ».

Gargas Parac

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