29/03/2010

Où l'auteur, entérinant que les valeurs de liberté, de fraternité et d'égalité sont laminées au pays des lumières, poste quelques écrivages qui lui semblent intéressants à faire partager

Si les gens savaient par quels petits hommes ils sont gouvernés, ils se révolteraient vite (Talleyrand)

 

Les financiers ne font bien leurs affaires que quand l’Etat les fait mal (Talleyrand).

 

Le jour où la merde vaudra de l’or, le cul des pauvres ne leur appartiendra plus (Henry Miller)

 

Micro Cosmos (métaphore)

 

Nous avons tous aperçu cette scène du film Microcosmos, tourné à raz du sol parmi les insectes de la prairie, où le bousier, obstiné, s’évertue à rouler une boule de crottin vers on ne sait quel but…

Il la pousse consciencieusement en s’arc-boutant sur elle avec ses pattes arrières, sans tricher avec l’instinct qui le commande, il pousse, pousse, tombe dans un trou, se redresse et reprend, infatigable, sa marche à reculons, sans talonnettes…
Il rencontre un obstacle, une épine qui vient s’empaler, un soir d’élection, dans sa précieuse boulette de crottin… mais il pousse dessus, s’énerve, s’excite, s’empalant un peu plus à chaque mouvement… puis contourne l’obstacle, dégage sa boulette de crottin, quitte à abandonner un petit morceau de taxe carbone en chemin… Et il reprend son cheminement pénible, à petit pas saccadés, obstinément vers on ne sait quel but.
Le bousier ne sait pas vraiment où ces errements le mènent… tous ces changements de direction qu’il a dû opérer, imposés par les obstacles du chemin… il n’a qu’une seule idée en tête : sa boule de crottin, elle est à lui, rien qu’à lui ! Ça lui a couté tant d’efforts pour la conquérir ! Personne ne viendra la lui prendre… Personne ! Et pour ça, il la pousse, aussi loin que possible !

On a beau chercher autour, prendre de la hauteur avec la caméra, personne ne sait, personne ne comprend où il se dirige avec son butin. Personne ne sait ce qu’il compte en faire (en a-t-il conscience lui-même ?)… il pousse, il pousse inlassablement, indifférent à la dure réalité qui l’environne, les chausse-trappes, les flaques d’eau, les pentes en dévers, les virages imposés… Sa boulette vient à prendre l’eau… Il perd la face, devient ridicule… Il s’éclabousse lui-même de matière…Peu lui importe… il pousse, avec ses pattes arrières : c’est sa fonction, il est là pour ça…
Dieu, sans doute, lui a assigné cette destinée: pousser ! Pousser à tout prix un boule de crottin. Dans n’importe quelle direction, pourvu qu’il la pousse !
Peut être le sait-il… peut-être pas ? Il n’a pas pour fonction de réfléchir à ce que la nature lui dit de pousser ! Ce n’est qu’une boulette de crottin qu’il tient entre les pattes, mais c’est son trésor à lui, qu’il pousse, pousse, pour accomplir son destin : rouler jusqu’à épuisement, n’importe où, une boulette de merde : depuis trois ans, déjà.

Instinctivement, sans réfléchir, il sait qu’il va avoir besoin bientôt de son petit tas de merde, parce que, où qu’il parvienne à la fin, encore deux ans peut-être, il sait d’instinct que c’est là-dedans que ses enfants grandiront et prospèreront le mieux.

(Extrait de l’excellent blog de wanatoctoumi )

 

 

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