12/05/2010

Où l'auteur se trouve conforté dans sa ferme opinion que décidément, on n'est pas dans le brin

Extrait du remarquable blog de Mr Jean-François Kahn à propos du récent plan de sauvetage de l'Euro, intitulé "Plan de sauvetage ou sketche de Coluche?" :

On peut le regretter mais, faute que la seconde manifestation de lucidité, ou plutôt de bon sens, ait été le fait d’un dirigeant socialiste, c’est Marine Le Pen qui, avec les pires intentions du monde évidemment (j’exorcise d’avance le démon que l’Inquisition pourrait suspecter en moi), l’a exprimée. « On vient, a-t-elle déclaré, d’éteindre un incendie en arrosant d’essence le feu qui couvait ».
On pourrait décliner : pour échapper à une inondation on s’est jeté à l’eau. Pour résister aux Wisigoths on a fait appel aux Ostrogoths (Rome l’a fait). Pour défendre les libertés menacées on les suspend… provisoirement. Ou encore, pour se libérer d’une dette on la transfère sur sa carte de crédit !
Imaginons un instant les affres de n’importe quelle personne de bon sens qui cherche à comprendre quelque chose d’une façon générale à la crise financière qui a secoué l’Europe, et d’une façon plus particulière au remède que l’on a concocté. Qu’aura-t-elle retenu cette personne ?
Que plus les caisses sont vides et plus sont considérables les sommes que l’on est capable de mobiliser pour prendre le relais de leur vacuité.
Qu’on annonce être prêt à mobiliser tout l’argent dont on ne dispose pas pour sauver l’argent que l’on risque de perdre…
Que, à l’imitation du Sapeur Camember, on se dit prêt à creuser un énorme trou pour montrer qu’on est capable de combler, si nécessaire, des trous moindres…
Que pour mettre fin à d’inquiétantes suspicions on multiplie le danger par dix pour les rendre moins crédibles…
Que pour venir au secours de pays qui, pour avoir trop emprunté, pour combler leurs déficits, croulent sous leurs dettes, d’autres pays en déficit vont garantir ces dettes en se réservant la possibilité, pour ce faire, d’emprunter encore plus.
C’est un peu, en somme, comme la peine de mort qui revient à combattre le crime en tuant, ou la Croisade qui consiste à massacrer son prochain pour imposer une religion d’amour : là, on combat l’excès d’endettement en s’endettant.
Ce que Monsieur ou Madame Tout-le-monde traduira ainsi : des pays en manque de cash décident de mobiliser énormément de cash pour combattre les effets de ce manque de cash.
Mais où trouvent-t-ils l’argent ? s’interroge Monsieur Dupont ou Madame Michu.
Argent virtuel, leur répond-on. Mais des déficits et des dettes étant réels, comment peut-on exorciser du réel avec du virtuel sans prendre le risque que le virtuel se transforme en réel ? Autrement dit, ce qui a été décidé à Bruxelles revient, du moins virtuellement, à créer de la monnaie. Et donc, si besoin était, c’est-à-dire si les pays que l’on aide connaissent une défaillance, à recourir à l’inflation pour éponger leurs dettes.

L'auteur ne s'inquiète pas pour sa petite personne, mais plutôt pour les petites gens et les moins bien lotis qui, infailliblement, vont le plus souffrir des inévitables plans d'austérité que nous infligeront incessamment les ineptes qui se disent nos 'dirigeants' et qui sauront, eux, comme ils l'ont toujours fait, se mettre perfidement à l'abri des mesures de redressement destinées à tous les autres.

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