20/05/2010

Où l'auteur lit des trucs gondolants, mais pas pour tout le monde, sur la crise économique

Lu ce jour sur le site de l’hebdomadaire Marianne, sous la plume de Laurent Neumann :

 

A priori, la crise qui secoue l’Europe ne prête pas vraiment à rire. Ou alors à rire jaune. Pourtant, quand on y regarde de plus près, il y aurait de quoi se gondoler.

 

Ainsi la pensée économique dominante nous a-t-elle seriné pendant des décennies que les marchés devaient s’auto-réguler. Ni règles, ni sanctions : laissez-nous faire, on se débrouille entre nous ! On a vu le résultat. Mais aujourd’hui, alors que notre Président de la République continue à se payer de mots, c’est Angela Merkel, la très conservatrice chancelière allemande, qui vient, après Barack Obama, président des Etats-Unis, de prendre de vraies mesures de régulation des marchés financiers pour s’attaquer – enfin ! - aux spéculateurs. Rires…

 

Le même cercle de la raison nous a vanté, pendant à peu près autant d’années, les vertus du désengagement de l’Etat des secteurs-clés de l’économie, à commencer par celui de la finance. Or, l’Etat est désormais appelé partout à la rescousse, y compris par les banquiers qui, hier, ont failli être engloutis par la crise des subprimes et qui, aujourd’hui, portent les milliards de la dette grecque. Fous rires…

 

Les mêmes experts, péremptoires, nous ont expliqué combien il était nécessaire, urgent, vital, de baisser les impôts. Au nom de quoi, d’ailleurs, on a instauré pour ceux d’en haut le moyenâgeux bouclier fiscal, pendant que ceux d’en bas, eux, devaient continuer, sans se plaindre, à être consciencieusement percés de flèches. Or, désormais, les économistes les plus savants, ceux-là mêmes qui n’ont pas vu venir la crise, justifient doctement l’impérieuse nécessité d’augmenter les prélèvements pour combler les déficits abyssaux laissés derrière eux par les Diafoirus de l’économie. Mort de rire… Mieux, et ce n’est pas un gag, un économiste renommé de la banque d’affaires Natixis, Patrick Artus, qui ne passe pas vraiment pour un gauchiste et qu’il convient ici de saluer chapeau bas, vient même de calculer qu’en alignant la taxation du capital sur celle du travail, l’on pourrait dégager en France la bagatelle de 100 milliards d’euros de recettes supplémentaires ! Cela fait juste dix ou vingt ans qu’on nous explique que cette hérésie est proprement inconcevable. Prière de ne pas rire trop fort.

 

De même, quand, au moment du passage à l’euro, certains esprits lucides osaient suggérer qu’une monnaie unique – et non commune – ne pouvait fonctionner sans une politique économique européenne concertée, l’orchestre de la pensée unique sonnait la charge contre les fausses notes des mal pensants. Aujourd’hui, les mêmes virtuoses du marché dé-régulé nous expliquent, toute honte bue, qu’un gouvernement économique européen s’impose absolument. Mieux, la Commission, disent-ils, doit contrôler les budgets des Etats. Et là, tout à coup, on ne rit plus…

 

De quel droit, en vertu de quels principes, devrait-on continuer à faire confiance à ceux qui, non contents de s’être trompés dans les grandes largeurs pendant tant d’années, ont conduit les peuples européens au bord du précipice ? José Manuel Barroso, sauveur de l’Europe ? Je ne sais vous, mais moi, je n’ai pas envie de rire du tout !

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