21/05/2010

Où l'auteur se souvient d'un groupe immense et toujours actif dont, 33 ans plus tard, il connaît encore par coeur toutes les paroles

L'inébranlable admiration que l'on voue à un artiste est l'un des plus sûrs moyens de devenir musicalement un vieux con (statut que j'assume et revendique fièrement et qui me semble infiniment préférable à celui de jeune con, engeance crétine par excellence dont certains spécimens n'hésitent pas à clamer haut et fort du haut de leur immense ignorance musicale que Joy Division c'est de la daube comme je l'ai lu récemment sur la toile), ce qui est un processus assez simple à décrypter : il suffit de tomber très jeune sur un groupe exceptionnel à la cheville duquel aucun autre n'arrive, et, à l'usure, se rendre compte que ça ne sert à rien de chercher mieux dans le même genre puisque ça n'existe pas, qu'ils (ils = ledit groupe) ont déjà tout fait et tout dit. Les quatre musiciens groupés que j'évoque ici n'ont cependant jamais vraiment connu le succès qu'ils méritaient (et dont je pense qu'ils n'avaient pas grand-chose à foutre), même si la liste des artistes qu'ils ont influencés - ou qui les ont carrément pompés - est interminable. Comme quoi la reconnaissance de ses pairs et celle du public ne vont pas nécessairement... de pair.

J'écris ce qui précède à propos du groupe anglais Wire : après avoir découvert par hasard leur 1er album Pink Flag dès sa sortie (et acheté, plus tard, leur chef-d'oeuvre 154 au moins 15 fois car je l'ai ensuite offert 14 fois - ou prêté à des gens qui ne me l'ont jamais rendu), je les ai vus en 1978 à Leuven pour l'un des plus mémorables concerts de ma vie. Le concert a commencé avec une heure de retard en raison d'une panne de courant, et durant cette longue attente l'un des spectateurs, également journaliste à En Attendant, qui avait sous le bras l'album Chairs Missing tout frais pondu, l'a fait signer par tous les spectateurs présents, dont le très pertinent et regretté journaliste Bert Bertrand qui allait périr assassiné à New York quelques mois plus tard. Il se trouve que par la suite, je suis devenu ami avec Colin Newman (le chanteur du groupe, rencontré à l'occasion d'une démonstration du sampler Emulator II acquis par Patrick Codenys et utilisé dans F242) et, longtemps après, avec le spectateur-journaliste en question, que j'appellerai par les initiales FD. Quand Wire est revenu concerter à Leuven en 2008, soit trente ans plus tard, ledit FD, sachant que j'allais les voir et lui-même empêché de faire de même pour raison d'agenda surchargé, m'a demandé de remettre au groupe son album signé par l'intégralité des spectateurs louvanistes septante-huitards, ce que j'ai fait après le concert (par ailleurs excellent quoique fatalement moins surprenant que le premier vu dans la même cité) dans les blanches mains de Colin qui m'en sembla fort ému.

 

Wire, Drill : putain de grave bon groupe, sur scène comme sur disque, et pourtant gravement mésestimé

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