27/06/2010

Où l'auteur raconte ses petits malheurs qui ne sont rien par rapport à ceux de l'une de ses idoles

Depuis le début de l'année jusqu'à la mi-juin, j'ai été atteint par des otites externes à répétition d'un côté puis de l'autre, voire les deux ensemble. Mon ORL s'est arraché les (derniers) cheveux sur la cause de leurs répétitions mais est finalement parvenu, notamment via des doses chevalines d'antibiotique, à rétablir à la normale (et durablement j'espère) la situation des 2/3 de mes outils de travail en tant qu'artiste qui n'arrêtaient pas déconner.

J'ai donc vécu pendant 6 mois une situation qui n'était pas douloureuse mais relativement étrange :

- une perpétuelle impression d'équilibre précaire - plutôt désagréable ;

- une perpétuelle impression d'être comme légèrement plongé dans un silence ouaté - pas désagréable, le même genre de bouchage qu'on ressent en altitude dans un avion, sauf que c'était permanent ;

- une perception du son grandement diminuée, mais de façon inégale : j'avais l'impression d'entendre moins bien les sons proches, mais plus fort les sons ambiants et lointains, ce qui rendait difficile la moindre conversation dans un endroit public ou bruyant ;

- l'impossibilité de localiser les sons dans l'espace (p.ex. impossible de localiser mon gsm dans le temps imparti à la sonnerie) ;

- l'impossibilité de reconnaître les voix individuelles des personnes familières (mon ordinateur étant placé dans un coin de mon bureau toujours ouvert, j'entendais la voix des gens qui s'annonçaient, que je connaissais pour la plupart car les visiteurs extérieurs sont rares, mais sans jamais pouvoir mettre un visage sur la voix) ;

- l'augmentation notoire du volume des sons organiques à l'intérieur de mon crâne : voix, bâillements et respirations, craquements des vertèbres du cou (j'adore m'étrangler moi-même), bruits de mâchage (quand je mangeais un biscuit croquant, je n'entendais plus rien d'autre).

Cette situation de gêne n'a en rien nui à mes prestations meuglantes, bien au contraire, m'ont assuré les personnes dans les mains desquelles je place avec confiance les mâles trémolos harmonieusement produits par mes surpuissantes cordes vocales. Je me demande même s'ils ne souhaitent pas que je reste moins-entendant un peu plus longtemps. 

Le retour progressif à une audition décente m'a en tout cas permis de mieux (re)goûter à la vraie nature des sons que captent mes portugaises désormais désensablées.


Ceci dit, j'ai d'autant moins envie de m'apitoyer sur mon propre sort - rien de douloureux ni d'irréversible - que je viens d'apprendre qu'un de mes handballeurs favoris, le Polonais Karol Bielecki (28 ans), a perdu définitivement l'usage d'un oeil suite à un choc violent avec un joueur croate lors d'un match international. Après l'assassinat, l'an passé, d'un des meilleurs joueurs de l'équipe nationale roumaine poignardé à la sortir d'une discothèque par des crapules qu'il avait voulu dissuader d'importuner une demoiselle qu'il ne connaissait même pas, c'est la crème du hand européen qui passe de sales moments…


 

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