14/07/2010

Où l'auteur refait l'inventaire d'une série de verbes adéquats de la langue française

L’autre jour, une connaissance qui me rejoignait dans un bar me demanda : « Ca fait longtemps que tu es là ? ». Comme j’étais arrivé moins d’une minute plus tôt, je lui répondis : « Non, je débarque à l’instant ».

A la réflexion, ma réponse ne tenait pas la route. En effet, je ne sortais pas d’une barque - l’absence totale de voie navigable dans les parages rendait d’ailleurs la chose impossible - mais d’une voiture ; je n’avais donc pas à dire « Je débarque », mais éventuellement « Je décaisse ».

Je décidai d’approfondir la chose et de dresser la liste (non exhaustive) des verbes corrects à utiliser lorsque le sujet quitte un endroit, un état, une situation, le tout au sens propre comme au sens figuré.

Un alpiniste qui redescend vers la vallée decrète ou décime.

Un oiseau qui quitte un arbre se débranche.

Une grenouille ne bondit pas hors de l’eau, elle démarre.

Un cosmonaute ne revient pas sur terre, il décapsule.

Pour un  spermatozoïde fraîchement émis, on dira au choix qu’il déballe, qu’il débourse, qu’il débite ou qu’il déboule.

Quand un pays abandonne sa monnaie traditionnelle au profit de l’Euro, on dira qu’il délire (Italie), qu’il se démarque (Allemagne), qu’il se délivre (Royaume-Uni).

D’un acteur qui n’a plus peur de monter sur scène, on dira qu’il se détraque.

D’un poisson ferré qui, à l’aide de ses petites nageoires, parvient à se déshameçonner et à replonger à l’eau, on dira qu’il se dépêche.

Un Allemand qui perd sa nationalité se débauche.

D’un paysan qui quitte l’auge à cochons, on dira qu’il se détruit.

D’un élève qui rentre chez lui après une retenue, on dira qu’il décolle ; s’il a fini ses examens, qu’il débloque ; s’il quitte ses camarades de cours, qu’il se déclasse.

De Batman qui termine sa journée de travail, on dira qu’il se décape.

Un mandarin qui se met tout nu déçoit.

Celui qui met ses neurones en berne, il dépense.

Celui qui arrête la lecture du Cid, il se déracine.

Celui qui revient d’Athènes, il se dégraisse.

De Lazare, on dira qu’il décrypte.

D’un type qui retrouve la vertu, on dira qu’il dévisse.

Et d’un type qui meurt, on dira qu’il dévie.

Et encore bien d’autres…

 

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