27/07/2010

Où l'auteur inquiet ne relâche cependant pas ses irréprochables qualités d'humain solidaire

Une observation critique et sans complaisance de la réalité dans laquelle se meut ma carcasse vieillissante – quoiqu’encore et toujours pilotée par un cerveau extraordinairement alerte - m’amène à penser qu’il existe aujourd’hui plusieurs raisons majeures et fondamentales de douter de l’avenir de l’humanité, dont l’une des non moindres est l’état général des toilettes publiques dans les gares, aéroports, stations-services et restaurants.  Mon métier de vedette internationale immense (ou : faire le guignol sur scène) m’amène régulièrement aux quatre coins de la planète en voiture, train et avion pour y gagner en quelques minutes, contre un brin de dansage et un chouia de brâmage, des sommes pharamineuses en comparaison desquelles les bonus des traders les mieux rétribués de Wall Street, c’est carrément de la roupette de chansonnier. Une fois ce bel argent gagné quasiment sans bouger les oreilles, et loin d’interrompre mes périples vers des horizons lointains en m’assoupissant légitimement en mon logis, je me hâte au contraire de me re-précipiter au loin dans le but de dépenser ledit flouze dans les meilleurs hôtels, caberdouches et restaurants de France, de Navarre et d’ailleurs, en profitant de mes moyens encore énormes avant que déboule l’inévitable krach financier fatal qui dans un futur proche nous rendra tous irrémédiablement miséreux jusqu’à la fin des temps. En conséquence de ce double mouvement d’incessants déplacements inter-pays induits dans le seul but d’obtenir au final une solde monétaire personnel à peu près nul, je défèque compréhensiblement assez rarement en mon huis mais fort souvent dans des lieux d’aisance inconnus où je ne suis pas le seul à me délester des fardeaux naturels générés en mes boyaux par la nature (op)pressante. Or, il se trouve que, quasi-systématiquement, le constat est accablant : ces lieux sont à environ tout coup dans un état général proprement (si je puis dire) consternant (car fort sale), à croire que la devise généralisée et paradoxale des utilisateurs qui me précèdent est « après moi le déluge » alors même qu’ils omettent, par exemple, d’y tirer la chasse. A l’approche de chaque siège d’aisance, je suis donc presque invariablement contraint d’effectuer un entretien préalable et sani- et salu-taire des lieux pour les rendre hygiéniquement présentables à la partie la moins noble de mon individu (qui a fière allure, ou du moins qui l’avait la dernière fois que je l’ai entraperçue). Ensuite, ma besogne d’évacuation conclue, c’est mû par un indécrottable esprit de compassion vis-à-vis de mon prochain que, lors d’un second passage tornado-blanchisseur auquel rien ne m’oblige, je veille à lui réserver pour son futur confort postérieur une lunette d’assise propre et sèche, une cuvette rutilante car dûment rincée et consciencieusement passée à la brosse quand c’est nécessaire, ainsi qu’un rouleau de PQ bien rangé au sec.

 

Si j’avais le matériel adéquat et le temps requis, j’en profiterais pour effacer les obscènes graffitis sous-inspirés qui tapissent les murs, mais faut pas déconner non plus.

Où l'auteur se montre géographiquement aventureux

Depuis que j’ai découvert par hasard qu’il existait un club de volley-ball répondant au très joli nom de « Khara-Morin Ulan Ude » dans la ville d’Oulan Oude (en français), capitale de la Bouriatie (une république rattachée à la Russie), je me suis dit qu’il devait y avoir, sur le territoire de l’ex-URSS ou de la Russie actuelle, des tas de localités aux noms autrement plus exotiques et palpitants que Bomal-sur-Ourthe, Steenokkerzeel ou Villetaneuse.

 

Ainsi que je le fais régulièrement - et avec délices - de tout dictionnaire passant à portée de mes deux mains terminant par dix doigts mes longs bras baladeurs mus par un cerveau perpétuellement avide de culture, j’ai empoigné mon plus bel atlas (qui se trouve aussi, par bonheur, être à la fois le seul et le plus récent) et me suis mis frénétiquement à la constitution d’un petit corpus de noms de villes à l’orthographe et/ou consonance subjectivement plaisante, dont voici une petite sélection de dix (villes), chacune située dans une république différente (Zestafoni, p.ex., est en Géorgie) bien repérée en regard de ladite ville dans ledit registre. Cette liste, qui omet soigneusement les capitales (déjà trop connues) ne sert à rien du tout, même pas à briller en société, à peine à produire un brin de connaissance urbaine supplémentaire pour le lecteur curieux ou dérangé (ouais, y a des fous et des masos qui viennent lire ici) qui se donnera la peine de rechercher à quels pays appartiennent les 9 autres, mais c’est juste joli à lire et à prononcer, donc déjà suffisant en soi :

 

Alaverdi

Almaty

Aseri

Baranovichi

Dashowu

Fuzuli

Karakol

Soukhoumi

Mamazair

Zestafoni.

 

Ca se trouve où, tout ça, mmmh ?

20/07/2010

Où l'auteur se dit que les hommes politiques sont décidément de grands comiques (sauf que c'est largement involontaire)

Pour le prix du ridicule politique de la semaine, les trois nominés sont :

1) Le Français Jean-Louis Borloo, ministre de l'Ecologie, qui dit de Sarkozy : "Il place très haut le niveau de l'irréprochable". Pour les autres que lui, c'est sûr.

2) Le Français Christian Estrosi, maire de Nice, ministre de l'Industrie, qui a dit sur France Inter qu'Eric Woerth était "le ministre de la Retraite des réformes". Magnifique lapsus !

3) Le belge et socialiste Elio Rupo qui, dans le cadre de la constitution d'un nouveau gouvernement belge et en temps que pré-formateur, vient de remettre au Roi, 37 jours après les élections, un rapport intermédiaire. On en déduit mathématiquement qu'il faudra encore 37 x 3 = 111 jours (148 au total, 5 mois) pour qu'un formateur remette au Roi un rapport définitif qui débouchera sur le choix d'un premier ministre. Y a pas à dire, ça avance.

19/07/2010

Où l'auteur se montre oenologiquement perspicace

 J’eus l’occasion de boire ce week-end du Château Roquebert, un vin rouge fort sympathique dont je ne saurais donner aucune autre appréciation étant donné mon insondable nullissimité œnologique.

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Comme je faisais part à mon hôte de l’excellence de son choix bibitif, il me demanda tout à trac : « Sais-tu d’où il vient, ce Château Roquebert ? ».

Je lui répondis tout de go : « A mon avis, pas loin du Château Camemfort ! »

Il fut légèrement sidéré par la réponse.

14/07/2010

Où l'auteur refait l'inventaire d'une série de verbes adéquats de la langue française

L’autre jour, une connaissance qui me rejoignait dans un bar me demanda : « Ca fait longtemps que tu es là ? ». Comme j’étais arrivé moins d’une minute plus tôt, je lui répondis : « Non, je débarque à l’instant ».

A la réflexion, ma réponse ne tenait pas la route. En effet, je ne sortais pas d’une barque - l’absence totale de voie navigable dans les parages rendait d’ailleurs la chose impossible - mais d’une voiture ; je n’avais donc pas à dire « Je débarque », mais éventuellement « Je décaisse ».

Je décidai d’approfondir la chose et de dresser la liste (non exhaustive) des verbes corrects à utiliser lorsque le sujet quitte un endroit, un état, une situation, le tout au sens propre comme au sens figuré.

Un alpiniste qui redescend vers la vallée decrète ou décime.

Un oiseau qui quitte un arbre se débranche.

Une grenouille ne bondit pas hors de l’eau, elle démarre.

Un cosmonaute ne revient pas sur terre, il décapsule.

Pour un  spermatozoïde fraîchement émis, on dira au choix qu’il déballe, qu’il débourse, qu’il débite ou qu’il déboule.

Quand un pays abandonne sa monnaie traditionnelle au profit de l’Euro, on dira qu’il délire (Italie), qu’il se démarque (Allemagne), qu’il se délivre (Royaume-Uni).

D’un acteur qui n’a plus peur de monter sur scène, on dira qu’il se détraque.

D’un poisson ferré qui, à l’aide de ses petites nageoires, parvient à se déshameçonner et à replonger à l’eau, on dira qu’il se dépêche.

Un Allemand qui perd sa nationalité se débauche.

D’un paysan qui quitte l’auge à cochons, on dira qu’il se détruit.

D’un élève qui rentre chez lui après une retenue, on dira qu’il décolle ; s’il a fini ses examens, qu’il débloque ; s’il quitte ses camarades de cours, qu’il se déclasse.

De Batman qui termine sa journée de travail, on dira qu’il se décape.

Un mandarin qui se met tout nu déçoit.

Celui qui met ses neurones en berne, il dépense.

Celui qui arrête la lecture du Cid, il se déracine.

Celui qui revient d’Athènes, il se dégraisse.

De Lazare, on dira qu’il décrypte.

D’un type qui retrouve la vertu, on dira qu’il dévisse.

Et d’un type qui meurt, on dira qu’il dévie.

Et encore bien d’autres…

 

08/07/2010

Où l'auteur fait gazette, du genre qui déblatère

Mon petit neveu, qui file à toute vitesse vers son premier décanat et qui ne rate pas une occasion d’essayer de m’éblouir, m’a montré récemment son bulletin de fin d'année. Au premier abord, je n’y ai vu que des pourcentages compris entre 98 et 100% et lu que des « magnifique ! », « merveilleux ! », « formidable ! » et autres adjectifs plus dithyrambiques les uns que les autres au point que j’avais l’impression de lire mon propre bulletin à moi, mais non, c’était bien un prénom différent qui figurait sur la couverture. Passant au crible de mon incorruptible impartialité le reste du document, je tombai sur un tableau où étaient notées les attitudes comportementales, qui comportementait (justement) 15 lignes de rubriques, du genre « Je ne jette pas le contenu des poubelles sur mes professeurs », « Je n’apporte ni mitrailleuses ni grenades à l’école » et autres considérations du même acabit. Quinze rubriques donc, chacune notée 6 fois en cours d’année, soit un tableau de 15 lignes x 6 colonnes = 90 cases. Partout, la note maximale, à savoir « TB » pour « trop bien ». Je me félicitais sans retenue de l’himalayenne excellence socio-scolaire du petit surdoué bien dans la droite lignée de ses illustres ancêtres lorsque soudain j’aperçus, bien tapie au milieu des 89 « TB », une note « B » ("Bof"). Et là, je me suis fâché tout rouge sur ce chenapan indiscipliné qui déshonore de son comportement erratique les exploits mirifiques de sa famille irréprochable dont je portai en son temps avec brillance le flamboyant oriflamme. S’il eût été de moi, rogntudchûûû, le vaurien aurait reçu une bien méritée et magistrale paire de baffes avant d’être privé de TV et de PS durant toutes les vacances. Il n'en sera hélas rien, ses parents l'éduquant avec une mansuétude qui confine à l'inconscience, y a qu'à voir le résultat.

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Une personne de mon entourage m’a dit : "J'ai tenté de vendre cet après-midi des chaussures dans une brocante, sans succès". J'ai rétorqué du tac-au-tac un hardi "Pour des chaussures, plutôt que d'essayer une vente de deuxième main, ça marcherait pas mieux si tu les vendais de deuxième pied?" J'ai failli m'en attraper une paire en pleine poire. Une personne dotée d'humour aurait plutôt répondu : "Mais de quoi ça se mêle?".

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Avez-vous remarqué que tout ce qui adhère est bavard ?

Non ?

M'enfin ! Réfléchez-y : les colles causent… et les glus aussi.

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Tony Hayward, le patron de BP, a déclaré sur la chaîne TV Skynews à propos de la fuite de fioul dans le Golfe du Mexique : "L'impact environnemental de ce désastre sera probablement très très modeste". Le titre d'Auteur de  la Déclaration la plus Conne du Siècle a d'ores et déjà trouvé un fameux candidat (attention, Sarkozy est toujours bien placé pour l'ensemble de son oeuvre). Si on lui offrait un petit plongeon dans sa nappe de brin pour qu’il puisse constater de tactu à quel point il est inoffensif, mmmh ?

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Je ne sais pas vous, mais moi je perçois de plus en plus nettement dans les événements récents des relents d'apocalypse. Je déplore, mais même la situation la plus désespérée ne m'enlèvera en rien jamais ce foutrement inaltérable sens de l'humour dont la vie m'a confié la parfois lourde charge d’en faire profiter (alternativement : assommer) mes contemporains.