21/02/2011

Où l'hauteur mêle hauteur et profondeur dans le tragique sublimé

Le plus grand désastre de l’histoire maritime moderne n’est pas le naufrage du Titanic, largement médiatisé et auquel chacun pense immédiatement dès qu'on évoque un mégacoulage, mais bien celui du Lancastria, un ex-paquebot de croisière anglais coulé par les Allemands le 17 juin 1940 au large de St-Nazaire alors qu’il évacuait vers l’Angleterre entre 6.000 et 9.000 passagers fuyant l’avancée nazie et dont à peine 2.500 survécurent. Winston Churchill, à l’annonce de cette tragédie, décida d’occulter les faits pour ne pas accabler encore plus le moral des Alliés, ce qui explique que cet épisode soit resté largement méconnu ; diverses initiatives l’ont récemment remis en lumière.

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 Voici (en anglais) un lien vers un excellent résumé télévisuel de l’affaire ainsi qu’un autre lien vers la magnifique chanson qu’en a fait le groupe breton Tri Yann sur son dernier album (à ce jour) « Abysses » dont je ne saurais trop recommander au lecteur amateur de chansons françaises de qualité l’écoute répétée et attentive dans le louable objectif d’éventuellement mourir un peu moins con ainsi que je l’ambitionne moi-même avec une constance dans l'exigence d'absoluité qui a toutes les chances de rester indéfiniment hors de portée des fans de (au hasard) Hélène Segara ou Lara Fabian.

06/02/2011

Où l'auteur cause attitude utile au musicien qui débute

Il m'arrive de temps en temps de distiller à l'un ou l'autre musicien débutant, du haut de ma considérable grandeur non dénuée d'une débordante empathie dont je m'honore à peu près autant que de l'ineffable modestie qui me nimbe au point de m'étouffer parfois, (je reprends) de distiller, disais-je, l'un ou l'autre conseil pertinemment judicieux sur l'art et la manière d'adopter l'attitude idéale afin de s'épanouir durablement dans les milieux du bruit qui coûte cher où j'évolue tel un poisson dans son bocal depuis trente ans cette année. Je me sens d'ailleurs en quelque sorte à cet égard le cousin relativement légitime de Monsieur Manatane, cet autre puits de science ès belles manières dans les milieux chics dont l'excellence n'est plus à démontrer depuis les temps reculés ousk'il dissertait élégance et raffinement sur Canal+.

 

Donc le conseil ci-dessous serait bien avisé de tomber, avant qu’il devienne sourd, dans l'oreille du débuto-zikant friand de recommandation recommandable.

 

Ayant à me déplacer fréquemment dans les endroits coulissants des arrières-scènes logeantes des lieux concertants des quatre coins du monde où s'obstinent à nous inviter des organisateurs enthousiastes et mégarémunérants, j'y ai opté depuis toujours pour un inclinage systématique et prononcé de la tête et des yeux en fixation obstinée du sol deux mètres devant moi, en une posture certes un peu pataude et figée qui offre cependant un indéniable autant qu'immédiat et enviable avantage que je vous décline ici en fonction des catégories de personnes que vous risquez de rencontrer backstage alors que votre souci majeur serait plutôt de les éviter : 

1) le musicien débutant, que vous n'avez jamais rencontré ni d'Evreux ni dedans, qui va chercher à vous aborder à tout prix pour vous dire qu'il adore ce que vous faites, vous expliquer comment il travaille et tenter de vous refiler un généralement peu audible CD dans l'espoir que vous l'écouterez et que vous en serez tellement subjugué que vous envisagerez illico de lui proposer vos services non payants pour produire ou participer à son prochain (marché) opus afin que votre crédibilité sur lui partiellement transférée fasse enfin éclater en des lendemains qui chantent sa carrière jusqu'alors stagnante ;

2) le musicien moins débutant, que vous avez déjà sans doute croisé ici et là mais dont vous n'avez aucune idée de qui cela pourrait bien être, qui veut à tout prix vous rappeler qu'il a déjà partagé la scène avec vous ici et là à tel ou tel moment, et qui va vouloir vous rappeler ces bons moments, ainsi que vous faire part de l'énorme succès qu'il remporte depuis, sujets dont vous n'avez absolument aucune envie d'entendre causer ;

3) le fan entré là par fraude ou par piston, qui a apporté à votre intention toute sa collection de disques et de posters (1 mètre de haut) dont il veut à tout prix vous imposer l'inopportune et interminable signature intégrale pièce par pièce à l'aide d'un feutre qui va tomber à court d'encre après l'exécution du quart dudit pensum, vous obligeant à aller vous-même quérir en vos affaires et en votre loge l'objet scriptablement opérationnel qui sera l'outil de votre torture.

 

Eh bien, marcher dans les couloirs en regardant fixement le sol, et donc sans offrir la moindre possibilité de contact du regard (en anglais : eye-contact) s'avère en mon chef (là ouske c'est moi qui commande), depuis quasiment toujours et en tous lieux (sauf dans les endroits près de chez moi où, la discipline se relâchant, je me montre plus avenant), la meilleure solution à la fois pour éviter les importuns, mais également pour ne pas passer pour un goujat qui a regardé untel sans s'arrêter pour le saluer ni même lui faire un clin d'oeil complice ; en agissant de même, en choisissant volontairement de ne voir personne, vous passerez simplement pour un homme manifestement préoccupé par bien plus important que les mondanités de circonstances.

 

J'eus très récemment la confirmation du caractère extrêmement performant de cette attitude défensive et protectrice. Je me trouvais en effet le mois passé dans le pays d'Otto Bismarck pour y voir concerter l'un ou l'autre des rares groupes du même créneau que les miens qui trouvent grâce à mes oreilles, quand, entre deux prestations inégales et non loin d'un stand de vente de t-shirts, alors que ma garde était baissée et mon regard relevé, je fus abordé de face et de front par une fort mignonne demoiselle blonde qui, plantant directement son regard dans le mien et son sourire dans mon coeur, me dit à peu près ceci (je traduis et je résume) : "Mr De Meyer, cela fait maintenant dix années que je vous vois à quasi-chacun de vos concerts teutons voire plus loin et que je vous y dis bonjour (j'appris plus tard qu'elle fait fréquemment secrétaire auprès de plusieurs organisateurs de festivals), ainsi qu'aux autres membres de votre toujours étonnamment jeune et décapante équipe de joyeux manieurs de pétaradants marteaux-piqueurs ; tous parmi eux me connaissent depuis belle lurette et boivent même à l'occasion des pots en ma compagnie, mais vous, vous n'avez jamais répondu à aucune de mes joviales salutations, et je crois même que vous ne m'avez jamais vue !" Coincé que j'étais sans possibilité de retraite, et me sentant moralement acculé à la justifiade avant même d'envisager de procéder à la débinade*, je dus bien admettre que jamais de ma vie je n'avais auparavant vu ce pourtant frais et amical minois.

 

Cette accusation à peine voilée d'a-sociabilité profonde aurait certes pu me chagriner grandement, par exemple en me faisant rétrospectivement regretter toutes les occasions manquées d'entrer en contact avec des personnes aussi manifestement charmantes que l'effrontée Fraulein accusatrice, mais il n'en fut rien; bien au contraire, je me réjouis grandement de ce que je considérai comme un réel compliment à l'égard d'une attitude délibérément ferme et décidée de ma part, que je compte d'autant plus continuer à pratiquer qu'avec l'âge qui augmente, ma vue baisse, que je ne reconnais désormais plus personne à moins de trois mètres et qu'il n'y a aucune chance que ça s'améliore.

 

Musicien débutant, prends-en de la graine et fais-en ton profit.

 

* Tudieu, le petit bonhomme caché derrière l'écran qui corrige automatiquement TextEdit m'a d'abord modifié ce mot en 'débande' ! On voit bien qu'il n'a pas assisté à cette rencontre !

02/02/2011

Où l'auteur avoue sa fascination pour des gens qui, adeptes d'un sport tranquille, n'arrêtent pas de se toucher les boules

Le seul sport que j'ai pratiqué avec un certain succès et une réelle longévité (plus de 30 ans), c'est le handball, qui me convenait parfaitement puisqu'il fallait y courir, sauter et tirer dans tous les sens sans jamais s'arrêter, avec permission de bouger virilement l'adversaire et même de lui foutre à l'occasion des coups en douce sans se faire choper soi-même (ni par ce dernier, revanchard, ni par la paire arbitrale).

 

Il est un autre sport nettement moins furieux duquel, pour raison de performances exécrablement cochonnées, j'ai décroché très vite : la pétanque ; j'y ai toujours été archi-nul car totalement infoutu d’approcher à moins de 30 centimètres, avec des boules chromées parfaitement rondes et très cher payées (et même avec celles qui me furent quelquefois offertes), un cochonnet jeté à maximum 7 ou 8 mètres. C'est pourquoi les joueurs du sport appelé « bowls » en anglais (« boules » en français) sont à mes yeux éberlués de véritables doubles-dieux puisqu’ils arrivent, avec une implacable régularité qui me fait ressentir avec encore plus de flagrance mes criantes limites subpétanqueuses, à toucher ledit cochonnet de leurs bowls lancées de 25 mètres (vingt-cinq mètres, bordel !), voire à entraîner celui-ci avec elles, performances insensées qui vaut d’ailleurs à leurs auteurs de recevoir, sur la boule touchante et de la part de l’arbitre, un double sprotchage honorifique dont je m’interroge - également doublement - sur la vraie nature et le but recherché ; manifestement, l’arbitre retire de sa poche un petit spray et fait pschhh sur un des bords de la boule, puis la même chose sur le bord opposé ; il me semble qu’il s’agit d’un double coup de peinture blanche mais qui s’efface presque aussi sec puisqu'on n'en voit plus rien dès le jeu suivant (ou alors c'est que ma vue baisse) ; je n’ose pas penser qu’il puisse s’agir de parfumage ou de désodorisage, procédés plutôt désobligeants voire vexatoires à l’égard du lanceur boulatoire concerné.

 

Certes, la surface sur laquelle jouent ces gaillards est parfaitement plane et souvent couverte -alors que j'ai toujours joué dehors sur des surfaces caillouteuses-, mais leurs boules à eux ne sont mêmes pas rondes et les obligent à pratiquer à tous les coups (de boule, of bcourse) des trajectoires courbes sauf quand ils tirent violemment sur une (ou des) boule(s) ennemie(s), auquel cas la trajectoire est quasi-droite et notoirement plus rapide.

 

Pour les avoir vus multiplier les coups de génie les plus improbables et renverser des situations tellement mal embarquées qu’à leur place je me serais jeté plusieurs fois dans la mer du haut de la plus abrupte falaise disponible dans les parages, je m’incline respectueusement devant mes chouchous-experts en boules-à-trajet-courbe, les Anglais Greg Harlow et Mervyn King (photos dans cet ordre ci-dessous), dont le physique rondouillard et non spectaculaire pourrait bien me les faire confondre, si je les rencontrais un jour en rue pour de vrai, avec de vulgaires champions du monde de fléchettes.

 

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01/02/2011

Où l'auteur, qui a tout vu, en parle doctement avant de défier la frange maso de son lectorat à un énième exercice de haute voltige

Ce dimanche, à l’issue d’un match trépidant et d’un niveau incroyable, la France est devenue pour la 4e fois championne du Monde de handball (37-35 contre le Danemark après prolongations) et c’est, une fois de plus, amplement mérité même si cela ne se passa pas sans mal car, alors qu’on avait pu croire le match terminé en cours de 2e mi-temps, où les Français eurent longtemps 3 buts d’avance, les Danois revinrent du diable vauvert pour égaliser à 3 secondes de la fin et même, suprême outrecuidance bousculatoire, prendre momentanément l’avance durant les prolongations avant de se faire larguer dans les dernières minutes. Comme souvent dans les circonstances difficiles, le génial et surpuissant Nikola Karabatic, méritoirement élu meilleur joueur de ce Mondial, s’est montré à la hauteur de l’événement en prenant résolument la tête de son équipe avec 10 buts sur 14 tirs et 7 passes décisives. Mais il n’est pas le seul à s’être distingué, puisqu’il fut brillamment secondé notamment par un Luc Abalo à la fois spectaculaire et décisif tant en attaque qu’en défense où il plaça le jusque là redoutable Mikkel Hansen (10 buts) sous l’éteignoir en fin de partie. Par contre, les jeunes Xavier Barachet et William Accambray, fort utiles et brillants dans toutes les rencontres précédentes, brillèrent singulièrement par leur absence notoire de contribution positive durant les 30 dernières minutes de celle-ci, quand ça se mit à vraiment chauffer (ce qui obligea les "vieux" à prendre les choses en main), ce qui me laisse un peu perplexe sur les perspectives d’avenir et la réelle capacité de cette équipe à se rajeunir en restant aussi compétitive. C’est peut-être la jeune équipe du Danemark qui pourrait régner bientôt sur le hand mondial, tant son potentiel paraît élevé et son jeu collectif perfectible. Mais au hand, la vérité du jour est rarement celle du lendemain, et les cadres français, quoique tous du côté de la trentaine, ont sans doute encore de beaux jours devant eux…

 

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La meilleure équipe du monde. L'entraîneur magistral, Claude Onesta, est le troisième debout en partant de la droite.

 

 

Virage à 7200° (c’est à la fois un angle ET une température tant les cerveaux vont chauffer) pour les fondus (preuve que ça chauffe) de tordage de la langue françoise qui me réclament à hauts cris de nouveaux triturages de neurones ; voici un petit texte où se cachent, hors titre et fort contorsionnés, huit fois le prénom et huit fois le nom d’un très mauvais président européen, et une fois les idems d’un autre. Du petit lait pour les maso-familiers de ce type d’exercices.

Le sire causa…

On est passé de cirque à zoo ; en pleine crise asociale, il fait la nique aux médias, ne sort quasi plus, se cale au nid, se shoote à la nicotine, se câline au gros rouge (bref, rien qui l’anoblisse), et la secrétaire qu’il a nommée reste dans le décor, assise, laconique. Tout ce bazar si cocasse n’a rien à envier au burlesque honni, même s’il vit haut perché. Car qui ose en faire des kilos n’a ni l’aloi ni la cote des queutards schizo qu’on oscarise.

Facile, non ?