25/04/2011

Où l'auteur cause de Chicago dont, ça tombe bien, il revient

Impressions de Chicago, avril 2011

- Chicago est ma ville US préférée, sans doute parce que c’est la première (avant une bonne centaine autres) où j’ai mis les pieds. Mais y vivre ? Jamais, même pour tout l’or au monde, même aux frais de la princesse dans le très confortable Hotel Allegro sur Randolph West, à moins de 10 blocs du Lac Erie.

- Le nombre d’heures que j’ai dû consacrer aux formalités administratives pour obtenir le visa couvrant les 2 concerts de Front 242 au Cabaret Metro ces 15 et 17 avril a représenté 4 fois la durée totale de ma présence sur scène a l’occasion desdits concerts (oui, les USA du 21e siècle ont parfois de surprenants airs de ressemblance avec l’Union Soviétique du temps de la guerre froide). Ces 2 concerts, non rémunérés, avaient lieu dans le cadre de 3 soirées (archi-complètes) de célébration du 33 1/3e anniversaire de la création du label US Wax Trax qui a permis à Front 242 de se faire connaître connaître sur le continent américain à partir de 1983, et dont les 2 membres fondateurs, Jim Nash et Danny Flesher, sont décédés. L’ensemble des bénéfices réalisés à été versé dès le lendemain à un institut de recherche sur le sida. Quand il a vu  le montant (pharaonique) du chèque, le directeur dudit institut est tombé de sa chaise.

- Pour autant qu’on puisse trouver beau un ensemble de buildings, les gratte-ciel de Chicago ne sont pas parmi les plus moches au monde (litote).

- Millennium Parkest un vrai parc à l’américaine : 90% de béton et 10% de gazon sur lequel circulent en quad des policiers obèses sans doute chargés de verbaliser les piétons qui oseraient s’y aventurer.

- Au musée, au restaurant, au magasin ou dans les livres de poésie, la moindre citation en français – destinée à faire chic – est incorrecte : elle comporte systématiquement au moins une faute d’orthographe.

- Partout des gens obèses, des mendiants, des gens qui parlent du nez sur un ton agressif et monocorde, des routes mal entretenues, des morceaux de métal rouillé qui tombent des constructions.

- Luc Van Acker (qui concertait avec les Revolting Cocks) est le seul musicien belge de mes connaissances à posséder plus de cheveux à 50 ans qu’à 20.

- Partout, portions de nourriture énormes, et sandwiches emballés dans minimum 4m² de papier, même si vous avez expressément déclaré vouloir manger sur place. Du coup, tous les 5 clients in ze house, la poubelle est pleine. C’est une pratique d’emballage qui, à défaut d'être écologique, crée de l’emploi.

- C’est le temps des playoffs de la NBA. Après plus d’une décennie dans l’ombre, les Chicago Bulls sont de retour au sommet des classements, mais Michael Jordan n’a toujours pas trouvé de successeur a sa hauteur.

- Sous des dehors de convivialité superficielle exagérée (“Ooooh thank you soooo much !”  “You are very very much welcome!”  “Fantastic ! Brilliant !”), la vraie et seule nature des rapports entre les gens est marchande : tout (et son contraire) est objet de transaction financière.

- Auparavant, la règle tacite était de laisser un pourboire (“tip”) de 15% à la personne qui vous avait servi, et on pouvait éventuellement donner moins si on estimait que le service n’avait pas été à la hauteur, ou plus dans le cas inverse. Aujourd’hui, on ne parle plus de “tip” mais d’une “gratuity” incontournable de 18% déjà intégrée dans l'addition. Une gratuité (qui est de fait une payabilité) à la fois obligatoire et qui se monte à 18%, il fallait juste l’oser, c’est chose faite.

- La plupart des restaurants et bars que fréquentait en son temps Al Capone ont disparu, peut-on lire sur la devanture de l’Exchequer qui, lui, existe toujours.

- L’Art Institute est un musée au plan infernal et à l'organisation bordélique (on passe, dans la même pièce et sans préavis, du design des années soixante à la poterie gallo-romaine, bravo la cohérence…) mais qui comporte plusieurs sections intéressantes. Coups de coeur pour Hinoki (Cyprès japonais mort, 2007) de Charles Ray et Untitled de Lee Bontecou, les 2 oeuvres illustrées ci-dessous, nettement plus impressionnantes en vrai qu’en  photo.

 

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- Sarkozy devrait lire la presse américaine pour mesurer l’étendue du ridicule dans lequel il persiste à enterrer l’image de la France à l'étranger. C'est féroce. 

- A la télé, les pubs pour médicaments durent une minute : 2 secondes pour citer le nom du médoc et de l’affection qu’il est supposé soigner, et les 58 secondes qui suivent pour énumérer tous les symptômes possibles et indésirables à l’apparition desquels il faut obligatoirement cesser le traitement.

- Toujours à la télé, pas un mot sur Fukushima lors des informations. Par contre, pleins feux sur la probable candidature présidentielle de Donald Trump, le milliardaire véreux, preuve que Guignol a toujours de l'avenir en politique.

- La plus haute tour du monde antennes comprises est la Willis Tower (ex-Sears), haute comme 283 Barack Obama. Au 103e étage, une plateforme en verre surplombe le vide. De là-haut, on aperçoit des centaines de gratte-ciel, comme une allégorie de l’individualisme forcené qui règne en maitre sur la civilisation occidentale.

- Un sushi raté est toujours incomparablement meilleur et plus sain qu’un hamburger réussi.

- Au retour en Belgique, on apprécie d'échapper enfin au bruit incessant et à la dessication intense induits par le conditionnement d'air généralisé...

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