27/07/2011

Où l'auteur en a pris plein la tronche durant ses vacances inédites dans l'un des plus lointains pays européens

 

Pour fêter les 20 ans de son indépendance, l'auteur est allé passer une semaine en Estonie, le plus nordique des trois états baltes empilés les uns sur les autres directement sous la Finlande et à droite du bas de la Suède sans compter la mer, et à gauche de la Russie, pays dont il ne savait auparavant à peu près rien à l'exception du nom de ses 3 plus grandes villes, à savoir Tallinn, Tartu et Rakvere parce qu'elles ont des clubs de footisme ou de baskettage.

 

Avant d'entrer dans le vif du sujet, et pour éviter au lecteur inculte de se mélanger les pinceaux, voici un petit moyen mnémotechnique fort pratique permettant d'apparier correctement les capitales des 2/3 des pays baltes : retenez tout simplement 'Les rillettes de Thalès' pour retrouver les couples Riga-Lettonie et Tallinn-Estonie. Facile, non ? (L'auteur peut-être un brin optimiste présuppose que, comme lui, aucun membre de son lectorat n'ignore que le 3e état, celui du bas, est la Lithuanie et que sa capitale s'appelle Vilnius - ce que devrait savoir tout un chacun qui a étudié les campagnes napoléoniennes et en particulier la conquête ratée de Moscou et la retraite de Russie).

 

A peine débarqué à Tallinn, au bord de la mer baltique, sans avoir vraiment pris la peine de préparer son voyage en dehors de la réservation d'un siège d'avion et d'une chambre d'hôtel, l'auteur fraîchement débarqué est d'emblée pris d'un fort élan de sympathie à l'égard de ce pays nouveau quand il apprend qu'ici, un taxi s'appelle un takso, et que le total (d'une addition de restaurant, par exemple) s'écrit kokku.

 

Une seule journée passée à Tallinn suffit à se rendre compte que le centre-ville est un minuscule mais fort efficace véritable hold-up à touristes (surtout des finlandais, allemands et italiens), que tout y est surfait, et pas seulement les prix, que les fruits et légumes viennent de loin (Italie, Chine, Afrique du Sud) et que les rares denrées fraîches qui viennent de près sont dégueulasses (évitez comme la peste les prunes de Lettonie (pour le nom de la capitale, voir plus haut) testées par l'auteur : pas mûres, sans goût, et elles pourrissent vite), et enfin que l'évitement des foules ainsi que la dimension culturelle souhaités pour le séjour nécessiteront l'exploration d'endroits situés dans un rayon largement supérieur à un kilomètre.

 

Dès le lendemain cependant, l'auteur prend l'exact contrepied de ses résolutions de la veille pour explorer strictement sur place les charmes des thermes (innombrables piscines avec dedans des bars servant des mojitos XXL hallucinants, saunas et jacuzzis) qui constituent l'essentiel du rez du génial hôtel qu'il s'est judicieusement choisi quasi à son insu.

 

Un jour et une gueule de bois plus tard, autre bonne surprise à une bonne demi-heure (à pied) du centre, le musée d'art moderne dit KUMU est magnifique et présente une fort impressionnante rétrospective des artistes-peintres estoniens qui n'ont pas grand-chose à envier à leurs homologues occidentaux autrement plus réputés : le pays a aussi ses impressionnistes, fauvistes, expressionnistes, abstraits, hyperréalistes et autres, bourrés de talent même si parfois avec un temps de retard, et les parallèles avec des oeuvres bien connues de par chez nous sont évidents et nombreux. L'occupation soviétique durant un demi-siècle a évident contrarié l'art en général, mais en partie seulement, les artistes semblant, après une première et assez rude période de purges et de déportations, avoir bénéficié d'une certaine liberté d'expression - en tout cas les années russes sont loin de n'avoir produit que des oeuvres de propagande via des opportunistes à la botte couchés sous la moquette (il y en un certain nombre, of course, mais pas toujours les pires). Par contre, les créations les plus récentes ne valent, à mon sens, pas tripette car leurs auteurs se cantonnent à la fois dans la facilité et la monochromie - assez curieusement, j'adresse le même reproche depuis des lustres à la section contemporaine du MAM de Bruxelles. Je devrais nuancer mais bof.

 

Revenant en ses pénates momentanées en flânant sur les quais du port, l'auteur apprend incidemment et par hasard que les plans et les cartes du temps des russes étaient toutes systématiquement déformées et tordues, que rien ne correspondait à la réalité, et que les rares touristes occidentaux s'aventurant dans Tallinn-La-Belle-Vitrine-pour-Occidentaux-Naïfs s'arrachaient les cheveux sur des distances inexactes, des orientations erronées, des rues non renseignées, et même des quartiers entiers de la ville non repris ! L'auteur remercie donc le ciel de ces jours présents et heureux où une carte adéquate lui permet de rejoindre son hôtel en ligne quasi-droite, car franchement il fait chaud et qu'il n'a aucune envie de se faire ch*** à se taper des tas d'hectomètres superflus.

 

Dès que l'on sort de Tallinn, la qualité des biens et des services augmente et les prix sont divisés par 2 ou plus. "Bon bien mais c'est censure !", se dit du coup l'auteur qui, conscient que de longues ballades hors de la capitale lui seront profitables ainsi qu'à son portefeuille, la déserte plusieurs jours durant.

Première constatation : le pays est uniformément plat ; le lieu le plus haut sur lequel on (et donc l'auteur l'a fait) peut faire grimpette est un … terril de l'époque soviétique situé à l'écart de la ville industrielle de Kivioli, dont les carrières continuent à être exploitées et qui s'en prépare actuellement un autre (de terril) aux proportions hallucinantes.

Deuxième constatation : d'anciennes fermes ont été magnifiquement restaurées et gagnent à être connues avant que le tourisme de masse s'en empare.

Troisième découverte : un gigantesque terrain d'aviation soviétique (pour 38 Migs) aujourd'hui abandonné à la jeunesse locale qui vient y tester en toute discrétion les performances de ses voitures et motos surcustomisées. 

Quatrième surprise : à une heure de Tallinn, un manoir de 1.600m2 habitables sur 2 étages à retaper (sauf le toit, impeccable) + 50 ha de terrain se négocie à 750.000 EUR (non 75.000 comme indiqué trop vite), c'est donné, compter le triple restauration comprise. Qui investit ?

 

Pour ce que j'ai pu en voir en 3 jours d'exploration assidue, la partie Est du pays semble bien plus développée (plus de champs cultivés, moins de maisons abandonnées, villages plus accueillants…) que la partie Ouest. Par contre, l'état des routes laisse à désirer partout, inutile d'espérer dépasser une moyenne de 70km/h. Il y a des deux côtés de nombreux châteaux médiévaux à divers états d'entretien et de restauration, et les explications du guide laissent entrevoir une histoire invraisemblablement complexe et estonnante faite d'incessants morcellements, alliances, déchirements, conquêtes où s'affrontent Chevaliers de l'Ordre Teutonique, Allemands, Danois, Polonais, Suédois, Russes, et je suis certain d'en oublier.

 

Le plus étonnant fut de constater que sur chacun des nombreux chantiers rencontrés au cours des nombreux déplacements, il n'y avait systématiquement… qu'un seul ouvrier présent pour travailler ; ce fut particulièrement frappant le dernier lundi du séjour : un ouvrier croisé à l'aller à 9h10 du matin sur un chantier de construction d'autoroute, qui y déversait du gravier avec un tout petit engin, y faisait toujours et exactement la même chose au retour le soir à 18h30. J'en conclus 1) que le pays connaît une grave pénurie de main-d'oeuvre qualifiée ; 2) que les journées de travail de la main-d'oeuvre qualifiée sont foutrement longues (probablement en raison de la pénurie pré-évoquée) et 3) que la modernisation ferme et définitive du pays, dont le potentiel est énorme, n'est pas pour demain.

 

Ceci dit, ces vacances furent parfaites, et j'y retournerai à la moindre occasion…

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