30/07/2011

Où l'auteur expédie le courrier des lecteurs en souffrance

 

Il semblerait que le courrier des lecteurs soit, au cours de l'année écoulée, devenu le Rousselle de mes bleuets, euh non, plutôt le cadet de mes soucis. Je vais donc remédier à cette lacune tout en comblant ce problème, mais avec un bémol, car pour réduire notablement la masse de travail en retard susévoquée, je passerai joyeusement sous silence les messages reçus au cours des mois compris entre août 2010 et juin 2011, non point qu'ils me déplurassent, mais juste parce que pas le temps quoi.


Ceci étant fait, venons-en donc à juillet 2011. Hormis les quelques dizaines de messages portant sur des sujets futiles auxquels j'ai déjà riplayé en vitesse et en privé, il reste deux mails inrépondus et pas piqués des hannetons, rédigés - tenez-vous bien - par le Président de l'Amicale des Léporidés de France soi-même, qui s'indigne du double fait que

1) les lapins du Pfalz n'ont pas de nom alors que (je cite) 'd'insignifiantes volailles oui' ;

2) les souris puissent se promener impunément au milieu d'une meute de chats.

 

Je lui réponds.

 

Cher Président <toujours se montrer amical voire obséquieux avec un Président, ça peut servir>,

 

Je reconnais bien sous votre plume l'élan du coeur d'une Très Haute Présidentialité toujours prête à défendre les siens (la race lapine) autant qu'à dénigrer les autres, et c'est par la défense des 'autres' que je commencerai.

 

Les volailles d'abord : permettez-moi d'objecter lourdement, les volailles du Pfalz ne sont nullement insignifiantes ; plus de la moitié d'entre elles descendent (certificat à l'appui) en lignes à peu près droites des races piaillantes les plus nobles d'Europe, sont cotées à l'Argus et valent leur poids de graines ; quant aux moins nobles, leur allure, leur teint hâlé et leur plumage souple font envie autant que tourner la tête à bien des célibataires mâles des environs, et pas qu'aux volailleurs. Et puis, il faut bien le reconnaître, la plus chétive d'entre elles est plus volumineuse que le plus gros des lapins.

 

Les chats et souris ensuite : en ce qui concerne la prolifération impunie des secondes, il faut savoir, cher Président, que parmi les premiers, la répartition nobiliaire est à peu près la même que chez les volailles ; or, figurez-vous que les roturiers (soit la moitié de la troupe) suivent assidûment l'exemple des élites (l'autre moitié) qui, du soir au matin, comme c'est à peu près le cas partout, n'en foutent pas une et se contentent de bâfrer leur pâtée et de se dorer la panse au soleil, regardant de loin, avec dédain et sans le moindre intérêt les allers et venues des muridés, envoyant ainsi un signal désastreux aux masses inférieures aux aguets qui s'abiment dès lors elles aussi, par mimétisme atavique, dans l'abstinence d'activité utile, ouvrant ainsi de fait la porte à la regrettable prolifération de la population souriçante.

 

En ce qui concerne les Léporidés, dont le cas vous importe sans doute plus que celui des volailles et des chats auxquels je viens malgré tout, par pure obligeance envers Vous, de consacrer un double paragraphe entier, croyez bien que je suis parfaitement au courant de l'Article 3 de la Déclaration Universelle des Droits du Lapin qui dit : 'Tout lapin a droit à un patronyme décent'. Cet article est appliqué à la lettre dans ladite ferme, chaque léporidé portant un nom (même si je n'en ai cité aucun précédemment en raison sans doute de la fréquentation assidue des chats de lignée qui m'a inoculé le virus de la paresse, c'est pas impossible, va-t'en savoir) correspondant par ailleurs et parfaitement à sa caractéristique principale : le lapin blanc s'appelle Blanco (je traduis tous les noms allemands en leur équivalent français), le noir s'appelle Noiraud, le brun s'appelle Bruno, celui avec de longues oreilles s'appelle (devinez?) Longues-Oreilles, celui avec le pelage le plus abondant s'appelle Velu, et celui avec les plus grands yeux s'appelle Grands-Yeux. Vous constaterez, avec plaisir j'espère, et moi-même je fus sidéré par le constatage, que les propriétaires desdits lapins ne se sont laissé aller - c'est le moins qu'on puisse dire - à aucune forme d'excentricité ou de farfeluation dans le nominage desdits animaux, respectant en cela de façon scrupuleuse tant la lettre que l'esprit du texte de loi évoqué plus haut.

 

Toujours à votre service, Cher Président, pour Vous éclairer sur tout sujet que Vous pourriez juger utile, et en Vous rappelant que je me montrerais fort reconnaissant en flagorneries reluisantes et courbettes plus bas que terre si Vous aviez l'obligeance de m'octroyer un poste de prestige ne réclamant ni compétence ni efficacité ni même prestations réelles tout en étant giga-rémunéré, je vous prie de croire etc.

 

Et le comble, c'est que tout ceci n'est que vérité vraie.

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