30/07/2011

Où l'auteur expédie le courrier des lecteurs en souffrance

 

Il semblerait que le courrier des lecteurs soit, au cours de l'année écoulée, devenu le Rousselle de mes bleuets, euh non, plutôt le cadet de mes soucis. Je vais donc remédier à cette lacune tout en comblant ce problème, mais avec un bémol, car pour réduire notablement la masse de travail en retard susévoquée, je passerai joyeusement sous silence les messages reçus au cours des mois compris entre août 2010 et juin 2011, non point qu'ils me déplurassent, mais juste parce que pas le temps quoi.


Ceci étant fait, venons-en donc à juillet 2011. Hormis les quelques dizaines de messages portant sur des sujets futiles auxquels j'ai déjà riplayé en vitesse et en privé, il reste deux mails inrépondus et pas piqués des hannetons, rédigés - tenez-vous bien - par le Président de l'Amicale des Léporidés de France soi-même, qui s'indigne du double fait que

1) les lapins du Pfalz n'ont pas de nom alors que (je cite) 'd'insignifiantes volailles oui' ;

2) les souris puissent se promener impunément au milieu d'une meute de chats.

 

Je lui réponds.

 

Cher Président <toujours se montrer amical voire obséquieux avec un Président, ça peut servir>,

 

Je reconnais bien sous votre plume l'élan du coeur d'une Très Haute Présidentialité toujours prête à défendre les siens (la race lapine) autant qu'à dénigrer les autres, et c'est par la défense des 'autres' que je commencerai.

 

Les volailles d'abord : permettez-moi d'objecter lourdement, les volailles du Pfalz ne sont nullement insignifiantes ; plus de la moitié d'entre elles descendent (certificat à l'appui) en lignes à peu près droites des races piaillantes les plus nobles d'Europe, sont cotées à l'Argus et valent leur poids de graines ; quant aux moins nobles, leur allure, leur teint hâlé et leur plumage souple font envie autant que tourner la tête à bien des célibataires mâles des environs, et pas qu'aux volailleurs. Et puis, il faut bien le reconnaître, la plus chétive d'entre elles est plus volumineuse que le plus gros des lapins.

 

Les chats et souris ensuite : en ce qui concerne la prolifération impunie des secondes, il faut savoir, cher Président, que parmi les premiers, la répartition nobiliaire est à peu près la même que chez les volailles ; or, figurez-vous que les roturiers (soit la moitié de la troupe) suivent assidûment l'exemple des élites (l'autre moitié) qui, du soir au matin, comme c'est à peu près le cas partout, n'en foutent pas une et se contentent de bâfrer leur pâtée et de se dorer la panse au soleil, regardant de loin, avec dédain et sans le moindre intérêt les allers et venues des muridés, envoyant ainsi un signal désastreux aux masses inférieures aux aguets qui s'abiment dès lors elles aussi, par mimétisme atavique, dans l'abstinence d'activité utile, ouvrant ainsi de fait la porte à la regrettable prolifération de la population souriçante.

 

En ce qui concerne les Léporidés, dont le cas vous importe sans doute plus que celui des volailles et des chats auxquels je viens malgré tout, par pure obligeance envers Vous, de consacrer un double paragraphe entier, croyez bien que je suis parfaitement au courant de l'Article 3 de la Déclaration Universelle des Droits du Lapin qui dit : 'Tout lapin a droit à un patronyme décent'. Cet article est appliqué à la lettre dans ladite ferme, chaque léporidé portant un nom (même si je n'en ai cité aucun précédemment en raison sans doute de la fréquentation assidue des chats de lignée qui m'a inoculé le virus de la paresse, c'est pas impossible, va-t'en savoir) correspondant par ailleurs et parfaitement à sa caractéristique principale : le lapin blanc s'appelle Blanco (je traduis tous les noms allemands en leur équivalent français), le noir s'appelle Noiraud, le brun s'appelle Bruno, celui avec de longues oreilles s'appelle (devinez?) Longues-Oreilles, celui avec le pelage le plus abondant s'appelle Velu, et celui avec les plus grands yeux s'appelle Grands-Yeux. Vous constaterez, avec plaisir j'espère, et moi-même je fus sidéré par le constatage, que les propriétaires desdits lapins ne se sont laissé aller - c'est le moins qu'on puisse dire - à aucune forme d'excentricité ou de farfeluation dans le nominage desdits animaux, respectant en cela de façon scrupuleuse tant la lettre que l'esprit du texte de loi évoqué plus haut.

 

Toujours à votre service, Cher Président, pour Vous éclairer sur tout sujet que Vous pourriez juger utile, et en Vous rappelant que je me montrerais fort reconnaissant en flagorneries reluisantes et courbettes plus bas que terre si Vous aviez l'obligeance de m'octroyer un poste de prestige ne réclamant ni compétence ni efficacité ni même prestations réelles tout en étant giga-rémunéré, je vous prie de croire etc.

 

Et le comble, c'est que tout ceci n'est que vérité vraie.

27/07/2011

Où l'auteur en a pris plein la tronche durant ses vacances inédites dans l'un des plus lointains pays européens

 

Pour fêter les 20 ans de son indépendance, l'auteur est allé passer une semaine en Estonie, le plus nordique des trois états baltes empilés les uns sur les autres directement sous la Finlande et à droite du bas de la Suède sans compter la mer, et à gauche de la Russie, pays dont il ne savait auparavant à peu près rien à l'exception du nom de ses 3 plus grandes villes, à savoir Tallinn, Tartu et Rakvere parce qu'elles ont des clubs de footisme ou de baskettage.

 

Avant d'entrer dans le vif du sujet, et pour éviter au lecteur inculte de se mélanger les pinceaux, voici un petit moyen mnémotechnique fort pratique permettant d'apparier correctement les capitales des 2/3 des pays baltes : retenez tout simplement 'Les rillettes de Thalès' pour retrouver les couples Riga-Lettonie et Tallinn-Estonie. Facile, non ? (L'auteur peut-être un brin optimiste présuppose que, comme lui, aucun membre de son lectorat n'ignore que le 3e état, celui du bas, est la Lithuanie et que sa capitale s'appelle Vilnius - ce que devrait savoir tout un chacun qui a étudié les campagnes napoléoniennes et en particulier la conquête ratée de Moscou et la retraite de Russie).

 

A peine débarqué à Tallinn, au bord de la mer baltique, sans avoir vraiment pris la peine de préparer son voyage en dehors de la réservation d'un siège d'avion et d'une chambre d'hôtel, l'auteur fraîchement débarqué est d'emblée pris d'un fort élan de sympathie à l'égard de ce pays nouveau quand il apprend qu'ici, un taxi s'appelle un takso, et que le total (d'une addition de restaurant, par exemple) s'écrit kokku.

 

Une seule journée passée à Tallinn suffit à se rendre compte que le centre-ville est un minuscule mais fort efficace véritable hold-up à touristes (surtout des finlandais, allemands et italiens), que tout y est surfait, et pas seulement les prix, que les fruits et légumes viennent de loin (Italie, Chine, Afrique du Sud) et que les rares denrées fraîches qui viennent de près sont dégueulasses (évitez comme la peste les prunes de Lettonie (pour le nom de la capitale, voir plus haut) testées par l'auteur : pas mûres, sans goût, et elles pourrissent vite), et enfin que l'évitement des foules ainsi que la dimension culturelle souhaités pour le séjour nécessiteront l'exploration d'endroits situés dans un rayon largement supérieur à un kilomètre.

 

Dès le lendemain cependant, l'auteur prend l'exact contrepied de ses résolutions de la veille pour explorer strictement sur place les charmes des thermes (innombrables piscines avec dedans des bars servant des mojitos XXL hallucinants, saunas et jacuzzis) qui constituent l'essentiel du rez du génial hôtel qu'il s'est judicieusement choisi quasi à son insu.

 

Un jour et une gueule de bois plus tard, autre bonne surprise à une bonne demi-heure (à pied) du centre, le musée d'art moderne dit KUMU est magnifique et présente une fort impressionnante rétrospective des artistes-peintres estoniens qui n'ont pas grand-chose à envier à leurs homologues occidentaux autrement plus réputés : le pays a aussi ses impressionnistes, fauvistes, expressionnistes, abstraits, hyperréalistes et autres, bourrés de talent même si parfois avec un temps de retard, et les parallèles avec des oeuvres bien connues de par chez nous sont évidents et nombreux. L'occupation soviétique durant un demi-siècle a évident contrarié l'art en général, mais en partie seulement, les artistes semblant, après une première et assez rude période de purges et de déportations, avoir bénéficié d'une certaine liberté d'expression - en tout cas les années russes sont loin de n'avoir produit que des oeuvres de propagande via des opportunistes à la botte couchés sous la moquette (il y en un certain nombre, of course, mais pas toujours les pires). Par contre, les créations les plus récentes ne valent, à mon sens, pas tripette car leurs auteurs se cantonnent à la fois dans la facilité et la monochromie - assez curieusement, j'adresse le même reproche depuis des lustres à la section contemporaine du MAM de Bruxelles. Je devrais nuancer mais bof.

 

Revenant en ses pénates momentanées en flânant sur les quais du port, l'auteur apprend incidemment et par hasard que les plans et les cartes du temps des russes étaient toutes systématiquement déformées et tordues, que rien ne correspondait à la réalité, et que les rares touristes occidentaux s'aventurant dans Tallinn-La-Belle-Vitrine-pour-Occidentaux-Naïfs s'arrachaient les cheveux sur des distances inexactes, des orientations erronées, des rues non renseignées, et même des quartiers entiers de la ville non repris ! L'auteur remercie donc le ciel de ces jours présents et heureux où une carte adéquate lui permet de rejoindre son hôtel en ligne quasi-droite, car franchement il fait chaud et qu'il n'a aucune envie de se faire ch*** à se taper des tas d'hectomètres superflus.

 

Dès que l'on sort de Tallinn, la qualité des biens et des services augmente et les prix sont divisés par 2 ou plus. "Bon bien mais c'est censure !", se dit du coup l'auteur qui, conscient que de longues ballades hors de la capitale lui seront profitables ainsi qu'à son portefeuille, la déserte plusieurs jours durant.

Première constatation : le pays est uniformément plat ; le lieu le plus haut sur lequel on (et donc l'auteur l'a fait) peut faire grimpette est un … terril de l'époque soviétique situé à l'écart de la ville industrielle de Kivioli, dont les carrières continuent à être exploitées et qui s'en prépare actuellement un autre (de terril) aux proportions hallucinantes.

Deuxième constatation : d'anciennes fermes ont été magnifiquement restaurées et gagnent à être connues avant que le tourisme de masse s'en empare.

Troisième découverte : un gigantesque terrain d'aviation soviétique (pour 38 Migs) aujourd'hui abandonné à la jeunesse locale qui vient y tester en toute discrétion les performances de ses voitures et motos surcustomisées. 

Quatrième surprise : à une heure de Tallinn, un manoir de 1.600m2 habitables sur 2 étages à retaper (sauf le toit, impeccable) + 50 ha de terrain se négocie à 750.000 EUR (non 75.000 comme indiqué trop vite), c'est donné, compter le triple restauration comprise. Qui investit ?

 

Pour ce que j'ai pu en voir en 3 jours d'exploration assidue, la partie Est du pays semble bien plus développée (plus de champs cultivés, moins de maisons abandonnées, villages plus accueillants…) que la partie Ouest. Par contre, l'état des routes laisse à désirer partout, inutile d'espérer dépasser une moyenne de 70km/h. Il y a des deux côtés de nombreux châteaux médiévaux à divers états d'entretien et de restauration, et les explications du guide laissent entrevoir une histoire invraisemblablement complexe et estonnante faite d'incessants morcellements, alliances, déchirements, conquêtes où s'affrontent Chevaliers de l'Ordre Teutonique, Allemands, Danois, Polonais, Suédois, Russes, et je suis certain d'en oublier.

 

Le plus étonnant fut de constater que sur chacun des nombreux chantiers rencontrés au cours des nombreux déplacements, il n'y avait systématiquement… qu'un seul ouvrier présent pour travailler ; ce fut particulièrement frappant le dernier lundi du séjour : un ouvrier croisé à l'aller à 9h10 du matin sur un chantier de construction d'autoroute, qui y déversait du gravier avec un tout petit engin, y faisait toujours et exactement la même chose au retour le soir à 18h30. J'en conclus 1) que le pays connaît une grave pénurie de main-d'oeuvre qualifiée ; 2) que les journées de travail de la main-d'oeuvre qualifiée sont foutrement longues (probablement en raison de la pénurie pré-évoquée) et 3) que la modernisation ferme et définitive du pays, dont le potentiel est énorme, n'est pas pour demain.

 

Ceci dit, ces vacances furent parfaites, et j'y retournerai à la moindre occasion…

22/07/2011

Où l'auteur, un brin agacé par les humains, s'intéresse aux animaux qu'il a sous la main et dresse la liste, par ordre décroissant, des soixante-huit résidents de sa ferme préférée du Pfalz

 

Dix-huit gallinacés

L'énorme coq brun-roux Google passe l'essentiel de son temps sur les marches de la maison. Toujours en quête de nourriture et n'ayant jamais froid aux yeux, il va régulièrement chiper - avec un aplomb sidérant - des saucisses brûlantes sur le barbecue, voire même des sandwiches aux fromage tenus en main trop mollement par les convives festoyant dans la cour avant. La poule Emma vit dans son ombre sans faire d'histoires. Trois autre coqs sont confinés dans divers espaces des étables et de la cour arrière pour éviter qu'ils se rencontrent (c'est le combat assuré). Treize poules et poulets (à compter soigneusement tous les soirs avant fermeture des portes, à cause des renards) ont leur propre espace d'où ils peuvent en journée rejoindre les lapins et/ou les chèvres selon leur bon plaisir. 

 

Quatorze chats

Les chats sont strictement regroupés selon leurs affinités dans des espaces séparés (la moitié dans la maison et l'autre dans la cour arrière) et il est donc indispensable de veiller, lors de tout déplacement, à refermer soigneusement les portes derrière soi ; les plus cruciales de celles-ci sont clairement repérées à l'aide d'un triangle rouge, et l'impitoyable colère des proprios s'abattrait sans détour sur le malheureux ou le maladroit qui laisserait s'échapper un animal vers une zone interdite dans laquelle il foutrait le boxon.

Nick est un chat de gouttière tigré un peu trop aventureux pour ses moyens : il adore grimper aux échelles pour aller explorer les hauteurs himalayennes des granges, toits et fenils, mais il est infoutu d'en redescendre seul. Alors, irrémédiablement coincé en ces sommets sans eau ni nourriture, il émet de forts gémissements plaintifs en attendant qu'on vienne le rechercher. Cependant, il est très coopératif dès que le sauveteur se présente : il se place sagement sur son dos  et reste tranquille durant toute la descente.

Milla est la chatte la plus sensuelle : bien en chair, pelage gris clair doux comme de l'ouate, elle squatte les lits, fauteuils et coussins les plus profonds et confortables, se met sur le dos dès la première caresse et enclenche alors un ronronnement à peu près aussi bruyant qu'un réacteur de Boeing. Ne jamais se vêtir de noir quand elle paresse dans les environs, elle perd ses poils en abondance et les sème partout.

Hexe ('Sorcière'), une chatte toute noire, est la plus méchante. Elle se laisse approcher et même caresser… avant de se mettre soudainement à mordre et à griffer. Une vraie garce. Il paraît qu'elle était régulièrement battue par ses propriétaires antérieurs, mais quand même… 

Kleiner Mann a été recueilli tout petit en Belgique, et c'est le plus malin de tous : il parvient à ouvrir toutes les portes qui ne sont pas fermées à clé en sautant sur les poignées, et même à faire sauter les verrous accessibles à ses petites pattes. Du coup, toutes les portes sont équipées d'un système dit "anti-KM".

Spotty, qui vit dans la cour arrière, est à la fois kamikaze et affectueux, ce qui le rend collant : pour peu qu'il vous aime bien, à chaque fois que vous passez à sa portée il grimpe dans les hauteurs d'où il bondit pour atterrir sur votre dos, et se met à y ronronner illico pour tenter de se faire pardonner à la fois son audace et les 250 (longs) poils roux qu'il abandonne instantanément sur son point de chute. La première fois ça surprend, d'autant que l'animal, fort bien nourri, n'est pas spécialement léger. Par la suite, on s'arrange pour ne pas lui tourner le dos tout en se tenant loin des escaliers et des toits bas d'où il s'élance.

Nessie, qui ne s'entend avec personne, est enfermée dans une petite salle de bains qui, depuis, n'est quasiment plus utilisée tant sa présence est désagréable et dissuasive : elle est toute noire et si laide qu'on dirait un croisement entre un morceau de charbon et un vampire ; quand elle ouvre la gueule, on croirait faire face à un dragon ; en plus, il lui manque la moitié d'une oreille perdue dans une bagarre.

Arko est le roi de la maison, où il est le seul à pouvoir aller et venir à sa guise. Il ne se mêle jamais aux autres. Il est rarement au sol mais évolue généralement en hauteur, sur les meubles, où il tourne résolument et ostensiblement le dos aux personnes présentes en signe de dégoût dès que leur attention se porte un autre félin que lui. Il ne mange que les mets les plus exquis issus des boîtes les plus chères, du genre 'Ragoût Impérial pour Sa Haute Sublissimité' ou 'Régal de Viandes pour Son Insondable Magnificence' (je traduis approximativement), et c'est lui qui décide de l'heure de la bouffe : deux à trois fois par jour, il monte sur son buffet préféré, prend la pose et attend ; comme il a coûté une fortune et que les proprios l'adorent (ils le laissent même dormir dans leur lit, c'est dire la considérabilité de la dévotion qu'ils lui portent), ça marche : il est servi dans les secondes qui suivent. Il n'est pas rare que le cuistre se contente alors de renifler et ne daigne ingurgiter que plus tard, à la suite d'un laps de temps souvent fort long durant lequel aucun autre chat présent ne se risquerait à venir croûter dans la Royale assiette provisoirement délaissée. Arko est un balinais. Les balinais sont une race à tête triangulaire, ainsi dénommée non parce qu'elle provient de l'île indonésienne de Bali, mais parce que ses représentants sont censés se mouvoir avec la grâce des danseuses des temples sacrés de celle-ci. La grâce n'a pourtant guère élu domicile chez Arko : sa Majesté est particulièrement maladroite et se rétame régulièrement (et royalement) la gueule en ratant des sauts faciles, ce qui me fait ricaner.

Le pire ennemi d'Arko (ce qui ne signifie nullement qu'il est plus sympa) c'est Orry, un siamois noir et beige à pellicules, très imbu de sa personne et gros demandeur d'attention, avec lequel chaque rencontre se termine invariablement en pugilat, ce qui vaut au siamois, moins considéré alors que presqu'aussi onéreux, d'être confiné à la cuisine, où il forme un improbable duo avec la plus adorable matoute de tout le cheptel, Momo, 21 ans (à l'échelle humaine, quasiment une centenaire), absolument craquante avec ses grands yeux noirs et un regard top-fondant, même si elle n'a plus que la peau sur les os, se déplace difficilement et sert à l'occasion de souffre-douleur au siamois sus-évoqué.

Il y a encore Wicht (un opportuniste qui se fait discret mais profite de la moindre porte ouverte pour s'engouffrer dans la pièce) puis Fuchs, Line, Fauch et Schnurr que je croise à l'occasion mais qui mènent une existence plus discrète que les autres dans l'arrière-cour.

 

Douze chinchillas

La plupart n'ont pas de nom et vivent dans de grandes cages, dans un coin reculé du bunker (la cave à provision). Tout ce que j'en perçois, c'est une odeur limite pestilentielle, qui ne provient pas d'eux mais des souris qui squattent les murs et leur nourriture, ce qui m'a jusqu'à présent retenu d'aller les voir de plus près.

 

Six lapins

Gentils, discrets et calmes, ce sont les plus paisibles des habitants de la ferme. Ils ne manifestent cependant aucun entrain particulier quand il s'agit de se soumettre aux salutaires injections vaccinatoires auxquelles ils ont droit régulièrement.  

 

Quatre chevaux

Les quatre chevaux sont des purs-sangs magnifiques régulièrement montés, entraînés et dressés, qui sautent à l'occasion des obstacles d'une hauteur vertigineuse. Diana et Zamira sont deux juments tranquilles et sans histoire, fréquemment absentes pour cause de villégiature chez un fermier voisin. Amigo et Jack, l'un noir et l'autre d'un brun intense, se montrent dociles et coopératifs quand il s'agit de les amener sur les pâtures le matin ou de les ramener à la ferme à la nuit tombée, une tâche que je n'accomplis jamais seul mais chaque fois avec honneur, fierté et un profond bien-être intérieur difficile à décrire. Amigo, qui n'hésite jamais, au sortir de son box, à faire un petit crochet pour plonger avidement sur le seau à grains des volatiles, est l'indéfectible ami et voisin de box de l'âne Timmy qu'il suivrait aveuglément jusqu'en enfer et dont il sera question plus loin.

 

Trois canards

Joseph est tout blanc, avec une grosse houppe sur la tête, Zéphyrin blanc aussi et fort pataud, Domino mi-noir mi-blanc. Les trois sont très comiques, inséparables, et évoluent généralement dans le sillage des oies avec lesquelles ils jouent à longueur de journée les choristes bruyants et peu harmonieux.

 

Deux cochons ventrus

En provenance d'un élevage intensif d'un village voisin dont le propriétaire, moribond, ne parvenait plus à assurer la survie, Nero et Schröder sont deux énormes estomacs grisâtres à courtes gambettes qui ne possèdent sur le sommet du dos que quelques poils durs comme du fil de fer. Ils parviennent à l'occasion à casser l'un des trois madriers de 15cm de diamètre qui ceint leur espace, et débouchent alors dans l'arrière-cour où, faute d'être arrêtés très vite, ils dévorent d'abord toutes les fleurs à portée de groin avant de renverser les tonneaux de réserves de blé et de les bâfrer en un temps record. Pour le reste, ils sont plutôt paisibles et ne bronchent pas quand, par exemple, les poules viennent picorer dans leur gamelle ou que les proprios viennent mettre leurs doigts dans leurs énormes trous de nez, ce qui les ravit.   

 

Deux sangliers

Geraldine a été abandonnée encore petite et malade par sa famille avant d'être trouvée par un paysan passant par hasard dans la forêt qui la sauva in extremis ; Alfred est le seul marcassin rescapé du massacre de sa famille par des chasseurs. Les deux bestiaux sont devenus des sangliers énormes, de véritables enclumes poilues géantes sur pattes, imprévisibles, brusques et bruyants, dans lesquels on sent que couve une puissance démesurée, et je me demande parfois si l'enclos de briques de 80cm d'épaisseur où ils évoluent leur résisterait le jour où ils auraient vraiment décidé de rejoindre leur forêt natale toute proche. Ce serait dommage car ils finissent toujours avec appétit tout ce dont les autres animaux de la ferme ne veulent pas. En parlant de nourriture, la bravoure légendaire qui m'habite est, dans le cas des sangliers, grandement contrariée par mon sens inné de la survie, et pour rien au monde je n'entrerais dans leur enclos pour les nourrir : ayant vu la gueule ouverte et démesurée d'Alfred et la longueur insensée de ses dents, sachant qu'il a déjà dévoré en une bouchée nonchalante l'un ou l'autre poulet égaré, je sens que le coco, pour peu qu'il soit désobligé de ma présence, pourrait aisément me broyer la jambe sans bouger les oreilles. Je m'abstiens donc sagement de lui donner l'occasion de me croûter sur un malentendu, et me contente de lancer leur repas par-dessus la barrière.

 

Deux caprins

Le bouc Flaffy est aussi blanc de poil, extraverti et intrépide que sa compagne Ella est noiraude, distante et craintive ; il n'hésite pas à utiliser ses cornes pour tenter de forcer le passage par la porte entrouverte, ce qu'il ne réussit que rarement. Son plus grand bonheur est, oubliant qu'il est devenu adulte et a quadruplé en taille, de s'asseoir sur les genoux des proprios qui y consentent rarement et de mauvais gré car l'animal est si grand qu'ils en sont fort gênés.

 

Deux oies

Gustav et Gertrude ont leur petite cage dans la cour arrière et traversent les étables le matin pour passer la journée dans la cour avant, où elles font un raffut de tous les diables au moindre mouvement de qui que ce soit. Très agressives avec les inconnus, qu'elles font mine d'attaquer avec un sifflement sinistre, elle sont facilement dissuadées de poursuivre par une riposte feinte d'un coup de talon dans la tronche, en mon chef peu élégante mais efficace. Elles ont droit chaque jour à des graines et à un grand seau d'eau claire qui, en fin de journée, est devenue brune avec 5 centimètres de boue dans le fond, je me demande comment elles font.     

 

Deux pigeons

Bien que n'ayant pas officiellement leur logis à la ferme, deux pigeons y vivent régulièrement, notamment pour s'y assurer leur ration journalière de graines. Ils se sont donc acoquinés pour ce faire avec les poules, canards et oies de la cour avant.

 

Un âne gris

Timide et craintif envers les inconnus, Timmy gagne en confiance à mesure qu'on le fréquente et devient très sociable. Dans les déplacement vers les pâtures, c'est toujours lui qui ouvre la route à Amigo. La façon dont il marche au milieu des chevaux est plutôt rigolote, la différence correspondant à peu près à celle entre une trottinette et des vélos. Il adore qu'on lui chatouille l'entre-oreilles. Attention à ne pas lui lâcher la bride avant qu'il soit bien sur la pâture (et pas un mètre devant), sinon il s'encourt n'importe où… et les autres le suivent. A la ferme, il brait régulièrement avec une telle force dans les graves qu'on dirait une sirène de bateau (alors qu'on est à 500 km de la mer), et à chaque fois je suis pris de l'irrépressible envie de hurler dans la foulée "Nightboat to Cairooooo !"

13/07/2011

Où l'auteur éberlué se frotte à un premier précepte de la Très Haute Sagesse Pfalzienne.

 

Dans le petit village du Pfalz qui me sert à l'occasion de seconde résidence, entre nourrissage de sangliers, chassage de souris et promenade de chevaux, je participai certain soir tout récent, invité et introduit par des amis bienveillants qui tiennent beaucoup à m'intégrer à leur petite communauté amicalo-rurale, à une agape fort arrosée de bière (industrielle) locale entre gens de tous âges issus des environs.

 

Certes, et malgré des progrès fulgurants, je ne maîtrise encore qu'imparfaitement la langue de Goethe, Ralf Hütter et Alexander Veljanov, mais je suis obligeamment assisté dans mes méritoires efforts de socialisation par une traductrice aussi dévouée que patiente qui me susurre à l'oreille la traduction anglaise des éléments dialectaux les plus susceptibles d'échapper aux non-germanophones, fussent-ils à mon instar bien disposés dans l'attentionnage et/ou supérieurement appliqués dans l'écoutage et la volonté de compréhendage de cette langue encore trop souvent hermétique à mes néophyteuses écoutilles.

 

La soirée battait son plein lorsque l'un des joviaux participants, qu'on ne pouvait pas ne pas voir, un fils d'agriculteur qui dépassait tout le monde d'une tête tout en projetant sur tous une ombre colossale tant sa carrure était immense, un gars du genre taillé dans le chêne auquel on préfère donner un bizou plutôt que de serrer la main qui pourrait inopinément et sans effort broyer la vôtre sans penser à mal, annonça assez fièrement qu'après avoir en vain consacré une année entière à des études universitaires qu'il n'avait pas réussies, il se consacrerait désormais à la recherche… d'une épouse. A la question de savoir quelles devaient être ses qualités, le néo-chercheur affirma sans rire qu'elle ne devait pas forcément être jolie ou intelligente, mais que sa principale qualité serait surtout de… posséder de la terre. Et il ajouta, sur un ton solennel : "Schönheit vergeht, Hektar besteht" ("La beauté passe, l'hectare reste").

 

Tandis que les autres convives se roulaient quasiment sur les tapis, je restai confondu par le bon sens et la praticalité de cette opinion frappée au coin du bon sens, et provenant en droite ligne d'une somme d'expérience et de sagesse probablement issue du fond des âges…

06/07/2011

Où l'auteur flâne dans les sous-bois déserts

LaHulpe.jpg

05/07/2011

Où l'auteur donne de très excellentes et valables excuses pour la maigritude de ses postages

Si l’auteur de ce blog n’a plus guère exercé ici depuis des lunes son alerte plume, que le lecteur porté sur les conclusions hâtives s'abstienne de déduire sans y regarder de plus près que ledit auteur n’en br*** plus une. Bien au contraire, l’absence bloquesque du déjà deux fois susdit s’explique par son lançage à corps de plus en plus perdu dans des activités accrues qui lui laissent de moins en moins de temps non occupé.

Parmi de nombreuses autres activités dont il ne dira rien car il ne dit jamais tout, l’auteur a en effet, et récemment :

- découvert le Pfalz (Rhénanie-Palatinat), qui lui fait fort penser aux Ardennes belges mais en plus joli (oui, c’est possible), mieux entretenu et moins cher, et il y passe beaucoup de son temps libre à flâner dans la nature, nettoyer les étables, mener les chevaux aux champs et nourrir sangliers, chèvres, lapins, poules, canards, oies et chats ;
- terminé, avec ses acolytes de dans cent ans sur une planète où tout va de travers, le double album de 32crash intitulé Y2112Y qui sortira en septembre prochain et comportera plus de 20 morceaux originaux ;
- continué de s’intéresser à la politique française en lisant des tas de journaux et en regardant des tas de débats télévisés fort instructifs sur l’insondable médiocrité dans laquelle sombre le débat politique de fond en général dans une Sarkofrance en plein déliquescence ;
- continué à travailler à temps plus que plein dans un job ingrat et mal rémunéré, dans un des seuls secteurs qui lui semble encore valoir la peine de s’investir, qui lui prend bien la tête, mais qu’il adore envers et contre tout ;
- presté sur des scènes étrangères, et particulièrement apprécié le public teuton du festival WGT à Leipzig qui est resté présent et ovationnant jusqu’au bout du concert malgré les ennuis techniques ayant causé en son milieu une interruption de près d’un quart d’heure ;
- brillamment conquis et civilisé la planète à son jeu vidéo préféré ;
- assisté à la brillante fin de saison de l’ US Dunkerque, son club chouchou, qui a remporté la Coupe de France et terminé 3e du championnat ;
- remarqué qu’outre la partie rouge dehors / blanche dedans des radis (qu’il adore), leurs feuilles (dites aussi ‘fanes’) font de délicieux potages, et il se cuisine donc à répétition ce nouveau petit plat savoureux ;
- empilé les jeux de mots de mots calamiteux auprès de ses amis proches ;
- poétisé dans l’humour face des publics connaisseurs et avec la jovialité décomplexée qu’on lui connaît.

Bref et en gros, au microscope ou au détail, rien que du bonheur…