23/12/2011

Où l'auteur recause manobalo

 

Une longue impasse ablogante sur les péripéties mondialo-handballistiques ne signifie nullement que j’ai perdu le moindre intérêt pour mon sport favori, tant s’en faut. Donc voici de sélectives  nouvelles de mes chouchous que je n’ai guère cessé de tenir à l’oeil.

 

La craquante Gro Hammerseng (photo qui suit) a récemment disparu des terrains tant avec son club Larvik qu’avec l’équipe nationale de Norvège car elle est enceinte, ce qui n’a pas empêché ses compatriotes de (re)devenir Championnes du Monde il y a 15 jours en dominant nettement en finale une formidable équipe de France épuisée par les efforts répétés, où Marion Limal n’a été appelée en renfort qu’en dernière minute pour disputer ladite finale au cours de laquelle elle a fort peu joué. Certes, si Melles Pineau et Signate ne s’étaient pas gravement blessées en cours de compétition, l’issue de la rencontre eût pu être différente, mais on ne réécrit pas l’histoire ; les Darleux, Dembele, Gnabouyou, Kanto, Lacrabère (qui m’ont impressionné, chacune dans son registre personnel… et en équipe) et consortes auront, qui sait, l’occasion de prendre leur revanche et de faire encore mieux lors des J.O. tout proches. Toutefois, en raison d’une organisation parfaitement débile de la Fédération Internationale, la 2e place de la France ne la qualifie nullement pour les J.O. ; elle devra passer par un piégeant tournoi de qualification, une aberration sur laquelle l’entraîneur Olivier Krumbholz ne s’est pas privé de tirer à boulets rouges, à juste titre.

 

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La moitié des titulaires de l’équipe de Roumanie étaient elles aussi enceintes, et par conséquent, très logiquement, le pays d’Aurelia Bradeanu (à l'attaque sur photo ci-dessous) n’a pas pesé bien lourd. Quant à l’Allemagne, hormis une victoire initiale contre une Norvège en rodage qui n’allait plus perdre la moindre rencontre par la suite, elle s’est montrée - à l’instar de son homologue masculine au dernier Mondial - d’une faiblesse aussi insigne qu’indigne et a terminé l’épreuve dans les bas-fonds du classement, s’attirant en outre les foudres unanimes de la presse sportive d’outre-Rhin.

 

 

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En France, l’US Dunkerque a connu un début de saison difficile avec les absences conjointes de Bastien Lamon le moteur et de Sébastien Bosquet le buteur ; du coup, après avoir frôlé les cimes d’une qualification en Champions’ League en ne s’inclinant qu’aux prolongations face aux prestigieux Lions teu(très)toniques du Rhein-Neckar (qui étaient dans le Final Four l’an passé), le club a connu - au grand dam son nouvel entraîneur Pat Cazal - les affres d’un passage en tout bas de classement de la LNH avant de retrouver son équipe complète, de sortir de sa relative léthargie (plusieurs joueurs loin de leur meilleur niveau se sont enfin réveillés) et de remonter rapidement la pente en enchaînant les victoires pour se retrouver aujourd’hui à la 4e place, à un seul petit point de la solide équipe de Saint-Raphaël. Au rayon joueurs, le formidable et surpuissant international hongrois Kornel Nagy s’est bien intégré et constitue un renfort de premier choix ; chez les jeunes, ; l’arrière Thibaud Fatoux récemment promu en équipe première s’est blessé, de même que Pierre Soudry qui s’était mis en vue en assurant plus que correctement - bien qu’à un moindre niveau - l’intérim de Bosquet ; le pivot Benjamin Afgour est convaincant à chacune de ses (trop rares) apparitions et l’ailier Julian Emonet vient de signer un contrat professionnel ; Jérémy Darras, peu utilisé, est parti à Ivry. Quant à l’ancien belge du club, l’ailier de poche Gert-Jan Mathijs (ci-dessous), il s’est opportunément reconverti en meneur de jeu et cartonne avec son nouveau club de l’Estudiantes de Tournai (contre lequel je jouai jadis quand il s’appelait encore l’Estudiantes Kain) qui domine cette année la D2 belge.

 

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Le joueur-phare de Montpellier, Nikola Karabatic (triple et régnant champion olympique, d’Europe et du Monde) vient d’être sacré Champion des Champions en France. Le sympathique colosse était touchant à voir, en smoking et nœud pap’, tout ému et un peu gêné de recevoir, sans ses coéquipiers, un trophée individuel alors qu’il officie dans un sport collectif. Il est en tout cas un parfait ambassadeur de ce sport qui échappe encore à l’hypermédiatisation et aux abus et dérives systématiques de tous genres qui l’accompagnent. Quoi que …  l’image du hand a été récemment ternie par un certain nombre de scandales et de malversations remontant jusqu’au plus haut niveau (corruption, matches truqués, …), que je passerai -charitablement- sous silence.

 

Prochaine compétition : l'Euro masculin, du 15 au 29 janvier 2012 en Serbie. La France est dans le même groupe que l'Espagne, la Hongrie et la Russie, il va falloir démarrer à 100% car c'est de loin le groupe le plus fort...

22/12/2011

Où l'auteur donne la solution d'une énigme pas si difficile que ça, finalement...

 

Le prénom à insérer est Vanessa, après l’article ‘la’, ce qui donne : « J’ai réparé la vanne et ça marche », indubitablement une phrase de chauffagiste…

 

Etonnant, non ?

20/12/2011

Où l'auteur questionne sans ambages la créativité prénominale de son lectorat

 

Voici une phrase de carreleur : « J’ai réparé la marche ».

 

Question : quel prénom féminin peut-on y insérer pour la transformer en phrase de chauffagiste ?

12/12/2011

Où l’auteur tient la chronique d’une journée ordinaire outre-manche, faite d’une succession ininterrompue de hauts et de bas respectivement signalés par + + + et - - -

 

 

Dimanche 12 décembre 2011

 

+ + +   08h35   Le café au lait, plus particulièrement celui de chez Starbucks à l’aéroport de Glasgow, s’il a tendance à me tordre les boyaux, fait toujours du bien quand il me passe par le palais. J’ai craqué, une fois de plus.

 

- - -   11h45   Arrivée à l’aéroport de Luton Town dans la banlieue de Londres. Au lieu d’une camionnette comme prévu dans le contrat, ce sont deux voitures qui nous attendent. Le matériel du groupe entre tout juste, ses membres s’entassent comme ils peuvent (comprenez : comme des sardines - ça conserve) et s’abstiennent de respirer pendant les 50 minutes du trajet, de peur de faire exploser les vitres.

 

+ + +   12h45   Libération des pliés : Front 242 est arrivé à la salle Koko au coeur de Camden.

 

- - -   12h46   Les portes sont fermées, les cocos du personnel n’arrivent qu’à 13h.

 

+ + +   13h10   Nous découvrons la salle, magnifique, colorée, un théâtre à l’ancienne sur 6 ou 7 niveaux, avec des satyres rouges en guise de colonnes, une sorte de caverne d'Ali Baba avec des tas de recoins, de balcons peints en or, de loges, de passerelles, de passages cachés, de quoi se perdre cent fois, avec une sono flambant neuve irréprochable d’une qualité tout à fait inhabituelle pour la ville et le pays. Il paraît qu’on a déjà joué ici. Je ne m’en souviens pas.

 

- - -   vers 14h15   La qualité douteuse de la plomberie anglaise me saute à la figure, une fois de plus : robinets mal fixés qui fuient (mais je les rattrape aussi sec… si je puis dire), eau tantôt glaciale tantôt brûlante mais toujours impossible à caler sur tiède, canalisations de travers, carrelages mal posés, bac de douche pas d’équerre, et j’en passe car il est trop facile de crier haro sur le bidet. Le constat est implacable : à Londres, la Pologne est sous-représentée.

 

+ + + vers 15h   Arrivée dans les loges de mets divers, dont un bloc de cheddar. Dans ce désert de péripéties, un rien suffit à me mettre en joie.

 

- - -   vers 16h00   Fin de l’interminable sound-check. L’hôtel est trop loin et le trafic de pré-Noël trop dense que pour envisager d’aller y faire une sieste de pré-concert, nous décidons de rester sur place.

 

+ + +   16h32   Dans notre loge, deux grands fauteuils Chesterfield 3 places accolés font un confortable lit de 2,00 x 1,80 m, soit quasiment 3 places. L’opulence du confort m’inspire l'improbable contrepèterie du jour, tombée je ne sais jamais d'où ni pourquoi : « Bronski Beat / bite qui bronze ».

 

- - -   16h45   Mon voisin de lit improvisé s’endort avant moi et ronfle comme un scieur de long. Je compte des centaines de moutons pour rien.

 

+ + +   17h30   Le ronfleur doit se réveiller : un membre de sa famille l’attend à l’entrée de la salle. Je m’endors dans les trente secondes qui suivent son abandon de la couche commune.

 

- - -   vers 19h   L’un des techniciens locaux me fait part de son irritation devant les remarques désobligeantes des membres de l’un des groupes qui jouent avant nous, qui n’ont pas attendus d’avoir du succès pour déjà se montrer désagréables et prétentieux. « Ils me traitent comme de la ***, ces **** de ***, alors qu’ils ne savent même pas utiliser leur propre matériel ». Je compatis, la vie est dure et les gens sont méchants, un petit Jack Daniel’s ?

 

+ + +   21h25   Mon nouveau costume de scène est léger, soyeux, agréable à porter. Et il me sied à merveille, ajoute ma secrétaire attitrée. J’approuve.

 

- - -   21h40   Ca fait 10 minutes que j’attends mes camarades à côté de la table des retours, ça fait 10 minutes qu’ils m’attendent de l’autre côté de la scène. Sans qu’on s’y soit aperçu. Brève engueulade, tempérée par le fait qu'on est largement dans les temps.

 

+ + +   21h45   Après trois groupes de (donc) première (à troisième) partie(s), début du concert devant plus de 1.000 gens (qui font du bruit pour notoirement plus) dans une salle bourrée à tous les niveaux jusqu’au pigeonnier et d’où tout le monde voit bien. Combien d’artistes non anglophones peuvent se permettre une telle affluence à Londres après 30 ans de carrière et sans actualité discographique, hein, je vous le demande ? Bien entendu et comme toujours, il n’y en aura pas une ligne dans la presse belge.

 

- - -   21h50   Deuxième morceau du set, le début de mon concert puisque je skippe toujours le premier. Je descends sur scène (oui, dans certains salles on monte sur scène, dans celle-ci on y descend) avec la sveltitude élégante d’une bondissante gazelle soudanaise (2 kilos de moins en une semaine, m’a dit ma balance) pour me rendre compte avec effroi que je n’entends tellement strictement rien* de ma voix (* notez les 3 adverbes qui se suivent) que j’en viens à douter un instant de la réalité du switchage de mon micro sur on (m'apprêter à concéder une si gravissime faute professionnelle, c’est dire l’étendue de mon désarroi) alors qu'il n’en est rien : je vois bien, en louchant de derrière mes noires lunettes, que le petit témoin lumineux vert pomme qui fait luciole sous mon nez est allumé et que les batteries sont à 100%. Je fais donc à la fois le gros dos et semblant de rien, et je m’applique. Dès la fin du morceau, je quitte toutefois rageusement la scène pour aller calmement (oui, je m'énerve toujours calmement) menacer de mort notre ingénieur des retours qui, craignant légitimement pour ses jours, rétablit illico la balance idoine, sauvant ainsi de justesse son existence un instant en vrai péril d'annihilation.

 

+ + +   22h15   Le public bouge de plus en plus frénétiquement. Je repère au 2e balcon un gars quasi prêt à se jeter dans la fosse.

 

- - -   22h25   Il n’a pas sauté, finalement. Ou alors je ne l’ai pas vu. Mais il me semble qu’il est désormais dans le moshpit. Konzentriert bleiben !

 

+ + +   22h45   Contrairement à Glasgow hier soir et sauf erreur de ma part, je ne me suis pas encore trompé dans les paroles, alors que la fin du concert se rapproche. Aïe j'ai pensé trop vite ; sans raison, je cafouille 4 phrases d'affilée dans le morceau qui suit.

 

- - -   22h55   Pas possible, on doit écourter le rappel alors que l’enthousiasme ambiant nous en aurait autorisé quinze d’affilée : il y a un couvre-feu à 23h dont on ne nous avait pas prévenus !

 

+ + +   23h02   Retour dans les loges avec unanimité des présents : au vu de la réaction des spectateurs, on peut revenir jouer à Londres chaque année de la décade qui vient.

 

- - -    23h07   Prendre une douche ici c’est jouer avec sa vie, et la vie est faite de renoncements.

 

+ + +   23h40   Un Anversois devenu londonien depuis 10 ans déboule dans les loges et nous assure avec enthousiasme qu’il est exceptionnel de voir le public londonien bouger autant. On lui verse un verre de champagne. Une telle faveur à un type jamais vu, ça c’est du jamais vu. D’un autre côté, et avec le recul, s’il était si convaincant… c’est peut-être qu’il avait très soif.

 

Lundi 13 décembre

 

- - -   00h15   Il pleuvine et on s’inflige un nouveau pliage de voiture pour le trajet vers l’hôtel. Je suis saisi d’une crampe inédite… à la hanche. C’est original et trrrrès douloureux. Sans compter les sarcasmes de mes co-repliés voisins, des sans-cœur qui pouffent à mon malheur sans compassion pour ma détresse. 

 

+ + +   01h00   Arrivée à l’hôtel 5 étoiles dans une suite de 4 pièces. Après l'indispensable douche savonnante destinée à substituer à mon odeur de bouc en rut un parfum abricoté de chérubin savonnique, et tandis que je me cultive l’esprit par une saine lecture bouquineuse instructive, j’entends ma très matérialiste secrétaire, depuis la salle de bains, pester contre cet hôtel de m*** qui ne fournit même pas de sèche-cheveux. Je jette un œil discret à la section Hairdryer dans l’Hotel Services Directory pour y lire que ledit ustensile se trouve dans l’un des tiroirs du bureau (drôle d’emplacement, n’est-il pas ?). Je l’en sors discrètement, vais le placer subrepticement dans la salle de bains tandis que la furie persiste à enrager en tournant en rond dans la pièce-salon, puis lui dit benoîtement qu’il doit se trouver là où on l’attend et qu’elle aura mal regardé. Elle y retourne, l’y trouve à son grand étonnement, et embraie en blâmant l’étendue de ladite pièce d’eau qui, effectivement, doit bien faire 3 mètres de long sur 2 de large.

 

- - -   05h15   La rame de métro annoncée à 05h23 partira sans moi (oui, j’avoue, j’ai honte, je pars seul en avance sur tous les autres pour de basses raisons de conscience professionnelle) car la station devant laquelle je poireaute, pourtant censée ouvrir à 05h00 selon internet, n’ouvrira qu’à 05h30 selon son chef qui a décidé que. Du coup, je doute de pouvoir arriver à temps à la gare St-Pancrass (en français : saint Pancrace, le saint qui protège de la pollution globale) pour catcher in time mon étoile d’Euro.

 

+ + +   06h20   Le trajet essentiellement souterrain n’a finalement fait que 40 minutes au lieu des 60 que j’appréhendais, il n’y a que peu de file au security check, j’ai donc le temps d’aller me chercher un casserapide.

 

- - -   06h42   L’Eurostar contenant mon siège occasionnel part dans 8 minutes alors que ça fait 11 minutes que j’attends qu’on me réchauffe le panino sur lequel j’ai jeté mon petit-déjeunesque dévolu. Un analyste attentif - à condition qu’il ait appris que le contrôle de mon bagage n’aura nécessité que 5 petites minutes - en conclura que j’ai fait la file durant 6 minutes avant de passer commande, et il aura raison. En Angleterre, il n’y a pas que la plomberie qui est indigente, il y a aussi l’électroménager de cuisine qui est lent.

 

+ + +  09h11   Arrivée à Bruxelles-Midi. Il ne me reste qu’à rejoindre la bonne gare, retrouver ma voiture garée juste à côté, regagner à son volant mon logis pour y déposer mes affaires et me vêtir adéquatement pour aborder avec retard mais entrain une joviale journée de travail qui sera suivie par trois heures de cours de langue.

 

- - -    11h et des poussières   La très respectable institution qui m’emploie semble avoir  fonctionné correctement en mon absence durant une matinée presque entière. Personne ne m’attend ni ne semble avoir remarqué que je n’étais pas là. Je m’en sens légèrement dépité.

09/12/2011

Où l'auteur narre une histoire vraie qui donne froid dans le dos

Mon oncle est fort opportunément marié à ma tante et ils forment à deux un couple formidable qui, ça tombe bien, a (ou ont ?) la chance incroyable d’être les parents de quatre de mes cousins les plus fréquentables avec lesquels additionnés de leurs conjoints et marmailles respectives, ils forment un pan familial étendu d’une tenue irréprochable sur le plan de la constance dans l’excellence qui - ô miracle ! – pétule généreusement jusqu’au bout de la plupart des feuilles des moindres branches des nombreuses extensions ramificateuses du conifère généalogique où j'ai mes racines. 

Plusieurs mois par an, ledit couple onclo-tantesque s’en va vaquer - notamment à l’ombre du marronnier géant qui projette sur les convives attablés une ombre rafraîchissante au plus fort des journées caniculaires - dans la très jolie et spacieuse ferme qu’ils ont rénovée en grande partie de leurs blanches mains non loin de Bordeaux, au sommet d’un pic rocheux dominateur de vertes vallées majestueuses où je passai il y a quelques années de merveilleuses et inoubliables vacances de farniente absolu. 

 

Amateurs de bon vins, ils ont en outre (hihihi) noué là-bas, en quarante ans de présence assidue, quelques solides amitiés, notamment avec un exploitant-viticulteur-récoltant-embouteilleur-négociant renommé, propriétaire d’un château et d’un domaine de plusieurs dizaines d’hectares de vignes (oui, de vignes, il eût été hautement improbable que j’annonçasse des hectares d’oliveraies), avec qui ils sont à tu et à toi ; non contents de se commettre ensemble dans l’importation alcoolisée de plusieurs milliers de bouteilles par an des meilleurs crus (sans accent circonflexe) de la production locale, il vient régulièrement loger chez eux quand il se déplace en Belgique, et ils passent fréquemment en son vaste château de longues soirées d’agapes bien arrosées. Bref, ils sont amis coripaillants et en contact fréquent.

 

Or, voilà que l’été passé, le téléphone rouge toujours fort actif entre eux semble soudain aux abonnés absents : les appels sonnent dans le vide, le répondeur ne rappelle pas, c’est le silence, le désert, l’absence irrémédiablement permanente, l’aphonie totale.

Un peu inquiets quand même de la persistance de non-nouvelles, tata et tonton décident un beau matin de se pointer sur place pour aller constater de visu ce qu’ils ne peuvent plus apprendre de auditu. Hop donc dans la voiture, direction les abords du petit village de *** dont je tairai bien évidemment le nom par discrétion. A leur arrivée, ils découvrent le domaine - jusqu’alors entretenu au poil avec une rectitude disciplinaire s’étendant jusqu’au moindre brin d’herbe pelousier - dans un état général certes encore à peu près correct vu de loin, mais trahissant cependant un abandon manifeste quoique récent de la tradition séculaire de bichonnage au plus près dont s’enorgueillissait sans trève depuis des siècles cet endroit paradisiaque.

 

Entrant par la grille entr’ouverte, ils se retrouvèrent soudainement nez à nez avec un homme fort petit, de couleur beige foncé, d’un âge incertain, aux cheveux gras et noirs, et aux yeux bridés.

« Bonjour Monsieur, lui dirent-ils, nous sommes des amis de Monsieur *****, est-il là aujourd’hui ? »

« Lui parti. Tout vendu. Tout ça à nous maintenant ! » dit le petit homme dans un français à la fois nasillard, rudimentaire et approximatif dont l’orthographe néanmoins impeccable est à porter à mon crédit. 

« Euh, pardon ? » balbutia mon oncle sidéré, « Tout vendu ? Vous voulez dire qu’il vous a vendu son domaine et toutes ses vignes ? »

« Tout vendu ! Tout ça à nous ! » répéta le petit homme peu soucieux de varier son vocabulaire et ses expressions, ce qui permet de copier-coller bêtement le milieu de sa phrase précédente pour restituer à la lettre le contenu de ses propos. Peu habitués à converser avec des allocontinentaux ocrocolorés si peu au fait des bons usages grévissiens, et persuadés qu’ils n’en tireraient rien de plus, ma tante et mon oncle prirent alors congé et rentrèrent chez eux mi-incrédules mi-dépités.

 

Quelques jours plus tard, à son interloquage renouvelé mais en quantité moindre, mon tonton reçut la confirmation par l’ex-propriétaire enfin revenu du diable vaurouge (ou du diable vos verres, au choix), qu’effectivement il avait reçu pour son domaine et sa production vinicole une offre mirobolante provenant d’un groupe hôtelier chinois employant 150.000 personnes de par le monde, qu’il n’avait pu ni voulu résister à l’appel de ces généreuses sirèmes couleur canari, et qu’il s’était volontairement coupé du monde durant plusieurs semaines consécutives, le double temps d’étudier la proposition tombée du ciel et d’organiser triploconcomitamment la conclusion de la vente de ses biens, l’acquisition d’un autre logement et le placement de sa toute nouvelle fortune.

 

Ah bé crénom ! On se croirait dans une mauvaise fiction, mais on est en plein dans le réel, mon bon monsieur : les Chinois en train d’acheter la France sous nos yeux ébahis, c'est carrément le vent de l'histoire qui est en train de tourner …

01/12/2011

Où l’auteur montre par l'exemple comment, naviguant à sa guise dans les méandres de conversations ordinaires, il en vient à se retrouver successivement effaré, incompris et seul

 

 

Hier, un ami m’a gsmé pour me dire qu’il n’allait pas bien : perte de confiance en lui et dans son efficacité au travail, sommeil rare entrecoupé de cauchemars, glissade vers la dépression, le tout provoquant la panoplie des successions des répercussions qui s’ensuivent* sur sa santé, qui inexorablement décline. En soirée, au calme, je lui envoyai un petit mail d’encouragement, auquel il me répondit en terminant - alors que c’est un fin lettré à l’orthographe irréprochable - par cette formule étrange: « Bonne fin de journée, bonne fin de semaine, bonne fin de moi et bonne fin d’année » (sic). Aaargh ! Lapsus lugubrement révélateur qui me confirme qu’effectivement, il va mal…

* empilement de pléonasmes, youpi !

 

Un lundi soir récent, ma prof d’Allemand demande à la classe : « Geben Sie mir bitte ein Synonym für ‘feminin’ ». Elle souhaitait évidemment qu’on lui réponde par l’adjectif ‘weiblich’ qui est le terme générique utilisé en grammaire allemande pour désigner le féminin. Comme personne ne répondait, je pris la parole : « Synonym für feminin ? Einfach (1) ! Katastrofal, negativ, Schlangzunge (2), unbequem (3), teuflisch (4), … ». Elle m’a regardée d'un air effaré, et a dit : « Mais non ! Quelqu'un d'autre ? » Une moitié de la classe a ri.

(1) facile - (2) langue de vipère - (3) inconfortable - (4) diabolique

 

Le fils d’un de mes voisins, un élève d’une seizaine d’années, m’a dit ce matin :

- Je n’ai pas d’examen demain.

Je lui rétorquai sans vraiment y réfléchir, comme ça paf du tac au tac tout droit dehors :

- Mais rien ne dit qu’ils ne t’examineront pas les pieds !

Il m’a regardé de travers et sans comprendre. Et là, je me suis senti un peu seul. Mais bon, pouvais-je légitimement espérer la moindre connivence intellectuelle de la part d'un gamin né deux générations après la mienne ?