28/03/2012

Où l'auteur exagère à peine en s'efforçant de dissuader les fous furieux qui envisageraient de faire chanteur

 

Fais chanteur, coco.

 

Ah le beau métier qu’il est beau, comme métier.

 

Quand tu écriras toi-même tes textes, on te dira qu’ils sont nuls ; quand tu chanteras les textes superbes de poètes magnifiques, on te reprochera de ne pas les avoir écrits toi-même.

 

Tu chanteras en anglais et on te reprochera de ne pas chanter en français, et réciproquement.

 

Tu tourneras un clip en noir et blanc et on te reprochera l’absence de couleurs.

 

Tu renouvelleras à chaque album la totalité de ton matériel de studio, tu passeras des mois et des années à créer tes nouveaux sons, tu refuseras de réappliquer les formules qui t’ont déjà valu un hit, et on te dira que tu tombes dans la facilité et que tu fais toujours la même chose.

 

Dès que tu auras un brin de succès et que tu oublieras une seule fois de saluer un de tes amis (que tu n’auras malencontreusement pas aperçu), on t’accusera d’avoir le melon et de snober tes anciens camarades.

 

Tu mèneras de front un emploi à temps plus que plein où tu ne lésineras pas sur les heures sup’, une vie culturelle intense, 4 à 5 projets musicaux parallèles qui te prendront quasiment tout ton temps libre si précieux, tu écriras un blog, peut-être des livres, et tu te feras traiter de branleur et de fainéant.

 

Tu prendras soin, par respect pour ton public, de toujours monter sur scène sobre et bien reposé, en ayant re-répété consciencieusement pour la 15.000e fois des morceaux que tu connais pourtant plus que par cœur, tu te videras les tripes et sortiras de scène en ayant tout donné, et on te reprochera d’être froid, distant et avare d’efforts. 

 

Tu vendras des centaines de milliers de CD dans les pays anglophones, tu y donneras des centaines de concerts et d’interviews sans aucun problème et sans qu’aucun autochtone ne te fasse la moindre remarque sur ta connaissance de l'anglais, mais tes compatriotes railleront ton accent ridicule.

 

Après 30 ans de scène, quand tu continueras à remplir des salles à Paris, Londres, Berlin ou Chicago, à faire la tête d'affiche dans des festivals de plusieurs dizaines de milliers de spectateurs et à y faire danser ton public sur sa tête, la presse de ton pays n’en écrira plus une ligne. Et, alors qu’on te réclame encore régulièrement partout, des tas de gens -  sûrement plus instruits que toi sur la façon de gérer durablement une carrière internationale - te diront comment t'aurais dû faire, que t’as plus le niveau, que t'intéresses plus personne et qu’il est temps d’arrêter.

 

Et alors que, insensible aux ravages du temps, tu restes objectivement jeune, beau, svelte, chevelu, plein d’humour et que tu votes écolo depuis toujours, on dira de toi que tu es vieux, moche, obèse, chauve, sinistre et d’extrême-droite.

 

Fais chanteur, coco, ça va te plaire.

 

 

 

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