15/04/2012

Où l'auteur établit une foultitude de liens passionnants et improbables entre un musée bien tenu, les dinosaures, un certain désespoir existentiel, un peu de mathématique naturaliste à la grosse louche, le handball et Norge

 

Parmi les nombreux musées bruxellois qui valent le détour et que je conseillerais sans hésiter au lecteur désoeuvré mais néanmoins soucieux de s'informer des belles choses à savoir au sujet de notre jolie planète avant d'y décéder, celui des Sciences Naturelles (son nom complet : Musée de l'Institut Royal des Sciences Naturelles) n'est guère le moindre. Je viens de m'y rendre deux week-ends de suite, sans pour autant avoir eu l'occasion d'épuiser le sujet, c'est-à-dire de tout zieuter, tant abonde la matière intéressante. Voici quelques notes prises au cours de ces visites, précédées d'une courte introduction.

 

Les dinosaures ont vécu de -250 à -65.000.000, soit 185 millions d'années. Si on se limite aux spécimens les plus gros, avec une durée de vie de 75 à 300 ans (disons 180 ans en moyenne pour simplifier) et un âge moyen à la reproduction (çui-là qui sert à calculer l'intervalle inter-générationnel) situé au tiers de la durée de vie moyenne, soit à 60 ans dans le dino-cas, ça fait quand même -boum, servez chaud !- trois bons millions de générations de tricératops & apparentés qui se sont succédées sans discontinuer (pléonasmes), ce qui n'est pas rien, et encore, c'est une estimation basse puisqu'il existait des dinosaures beaucoup plus petits qui vivaient nettement moins longtemps, et qui ont donc compté, sur la même période, un nombre de générations autrement plus décoiffant. L'être humain, lui, compte ses années de funeste présence sur terre en quelques milliers, ses générations en quelques centaines… et se comporte comme s'il était éternel. Bref, à côté de la longévité dinosaurienne, le néfaste bipède qui aura disparu d'ici trois générations à tout casser est un micro-couillon (mal et bientôt) fini. Fin de l'intro.

 

Dans leur cadre superbement rénové il y a peu, les célèbres iguanodons (une variété de dinosaures brouteurs et placides) de Bernissart, découverts en 1883 au hasard du creusage d'une mine de charbon, constituent l'attraction (ou l'extraction, hihihi) la plus spectaculaire du MIRSN. Au prix de performances chimico-manipulatoires pas piquées des canetons et excellemment narrées ici, ces grosses bébêtes ont été montées debout sur leurs pattes arrières (selon les modèles du casoar et du kangourou) alors qu'on a appris entretemps, non sans un certain émoi (triple chez Dutronc), qu'elles se tenaient plutôt à quatre pattes (leurs membres antérieurs sont d'ailleurs fort développés) avec leur colonne vertébrale parallèle au sol, ce qui serait quand même visuellement assez nettement moins impressionnant. Inutile cependant d'envisager de les remettre dans la posture adéquate, les os sont trop fragiles, ça les détruirait définitivement. Un carottage effectué en 2002 à plus de 300 mètres de profondeur a révélé que d'autres squelettes attendent encore d'être découverts, mais… ça manque de fonds pour aller creuser dans les fonds, et l'exemplaire collaboration industriello-paléontologique de la fin du XIXe, qui a vu les travaux miniers s'arrêter pendant deux ans pour laisser les scientifiques pelleter à leur aise, n'est plus de mise par les temps qui courent où tout le monde galope sur les trottoirs.

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Leur posture de reconstitution telle que visible au MIRSN

 

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Leur plus vraisemblalbe posture habituelle

A noter l'improbable lien entre les iguanodons et … le handball (oui oui) : Bernissart possède depuis longtemps, et par intermittences, une équipe de handball (de niveau plutôt modeste, et dont la version la plus récente dite Iguanodons s'est éteinte en 2011) contre laquelle j'ai joué une bonne dizaine de fois en 30 ans depuis le milieu des années 70 (sans avoir jamais perdu).

 

A noter aussi l'autre lien entre les dinosaures placides et le poète belge Norge via son poème Le trimeur qui débute ainsi :

Bonjour bonjour, brontosaure,

Ca fait longtemps qu'on s'est vu.

Aujourd'hui j'existe encore

Et toi tu n'existes plus.

… où l'homme se moque (gentiment) de la paresse du dinosaure et conclut par :

Adieu gros têtard, salut,

Dors maintenant dans des livres,

T'étais trop feignant pour vivre

Et les temps sont révolus.

Très joli, non ? (Le poème complet se trouve à ce lien internet ou sur papier dans Norge, Oeuvres Poétiques 1923-1973, éd. Seghers, 1978, pp 634-636. Un livre indispensable à tout amateur de poésie qui se respecte)

 

Et pour boucler la boucle, le lien entre Norge et le handball est lumineux puisque Norge est, en Norvégien, le nom de la Norvège, dont l'équipe de handball féminine, dont je suis grand admirateur, est championne du monde. Hopla.

 

(Il y a des jours où la logique de la cohérence des sujets qui me bottent m'aveugle de sa fulgurante évidence).

 

Que le lecteur féru de beaux poèmes sache par ailleurs mais aussi ici que je lirai plusieurs poèmes de Norge lors d'une conférence-atelier qui lui sera consacrée le jeudi 10 mai à 20h par Jean-Luc Wauthier, à la Maison des Ecrivains, Chaussée d'Ixelles n° 150 à 1050 Bruxelles.

 

M'étant perdu dans les méandres d'une pensée digressante, je reviens au MIRSN pour éteindre provisoirement le sujet :

- Exposé non loin des iguanodons, le squelette de Stan le petit tyrannosaure montre qu'il a survécu aux morsures d'un tyrannosaure plus gros, ce qui, même pour un enfoiré de prédateur carnassier patenté, le rend plutôt sympathique ;

- Certaines variétés de dinosaures étaient migrateurs : ils montaient vers le pôle Nord à la bonne saison et redescendaient vers le sud en hiver ;

- Plus les dinosaures étaient grands, plus leur température était élevée ; celle des plus gros est estimée à 48°, 12° de plus que la température du corps humain;

- Du haut de sa grandeur, la science nous dit qu'il existe une limite physique située à 140 tonnes pour les animaux terrestres ; au-delà, en effet, les pattes nécessaires pour porter un tel poids seraient obligatoirement plus larges que le corps de la bestiole : impossible. N'est-il pas rassurant de savoir que les plus imposants animaux que l'on pourrait croiser sur la terre ferme ne sont au maximum que 2.000 fois plus gros que nous (en estimant le poids d'un humain moyen à 70k), et que donc notre insignifiance pondérale relative équivaudra toujours au moins à 0,05% du plus colossalement imaginable monstre à gambettes (une paille) ?

- On trouve au MIRSN les squelettes d'au moins 4 variétés de dauphins dont j'ignorais les noms étranges : souffleur, orcelle, lagénorhynque et sotalie. En cherchant un peu, on en trouve facilement d'autres aux noms aussi biscornus : sténo, tursiops, plataniste, franciscain, boto. Etonnant, non ?

 

Provisoirement, c'est tout. Provisoirement seulement.

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