27/07/2012

Où l'auteur fait le point sur la situation des animaux de la ferme du Pfalz évoqués ici-même il y un an.

DSC02987.JPGSi la vie des humains passe généralement comme un long fleuve tranquille dépourvu de péripéties car baignant perpétuellement dans un immuable* et béat climat de tendresse et d'harmonie, comme on peut le voir notamment ces dernières semaines du côté de la Syrie, celle des animaux, autrement plus courte, s'avère d'autant plus mouvementée et changeante qu'ils sont nombreux et regroupés au même endroit, voilà qui relève d'une logique élémentaire et s'applique parfaitement à l'endroit rural sustitriquementnommé où j'ai mes quartiers dès que l'oisiveté me prend.

C'est ainsi que l'énorme coq Google que l'on pensait éternel s'en est retourné au paradis des cocoricos. Il avait l'habitude de passer ses nuits dans la mangeoire de son copain l'âne Timmy qui, un soir du dernier hiver, pris d'une légitime fringale, plongea dans le foin son gros museau distrait pour en retirer, à son grand étonnement, davantage de plumes noires que de brins blonds : il venait de lui arracher involontairement toutes les plumes du cul, ce qui nuit considérablement à l'élégance du profil et de la prestance naturelle du désormais moins fier gallinacé mais lui valut en revanche un aspect comiquement insolite qui fit pouffer tout le village car il n'arrêta jamais de se montrer au grand jour pour pousser son cri matinal, là où d'autres se seraient cantonnés aux plus sombres recoins durant le temps nécessaire à leur réhabilitation. La perte de ses jolis plumes arrières causa-t-elle à l'estime de son lui-même un choc intérieur irrémédiable ? Toujours est-il qu'à peine repoussées, il se mit* à perdre du sang en abondance et à s'affaiblir rapidement avant que le vétérinaire décide qu'il était insauvable et qu'il fallait urgemment abréger ses souffrances, ce qui fut fait sur le champ. Sa compagne Emma, une boule de plumes brunes trois fois plus petite que lui, bien que nettement plus jeune, ne lui survécut pas longtemps ; elle s'acoquina un temps - plus par dépit que par affinité - avec un autre coq aussi monochromiquement blanc que son prédécesseur était polycolorément bigarré**, jusqu'au soir où elle décida que c'en était trop, se coucha sous sa mangeoire préférée au lieu de dedans, et trépassa dans la nuit sans faire d'histoires.

 

La vénérable chatte Momo, âgée de presque 22 ans, s'est endormie une dernière fois à la fin de l'hiver, veillée par son compagnon de villégiature culinaire Orry, qui fut tellement attristé de son départ pourtant prévisible et attendu qu'il en devint neurasthénique et quasiment insupportable. C'est pourquoi je décidai de faire un petit geste en ouvrant généreusement et grands les cordons de mon portefeuille (c'est pas donné, ces bestioles) pour lui offrir un royal et nouveau compagnon en la personne d'un adorable chat birman de haute lignée, car le très officiel arbre généalogique de Filou vom Paulinenwald (c'est son nom) reçu lors de son acquisition précise que ses 6 ancêtres directs (2 parents + 4 grands-parents) sont tous bardés de noms à particules reluisantes et de titres internationaux ronflants (Champion, Europachampion, Int. Champion, Gr. Int. Champion). Âgé de 6 ans, le nouveau venu est aussi magnifique qu'étirable, fin, poilu, curieux, paresseux, photogénique, adoré de tous, et coule des jours heureux du sol au plafond** (il adore les hauteurs) dans la cuisine avec son camarade tellement jaloux qu'il n'hésite pas à le taquiner mesquinement à chaque fois -et c'est souvent- que les caresses et gouzi-gouzis vont trop nettement vers celui des deux félins qui n'est pas lui.

 

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Filou vom Paulinenwald et son pedigree qui arrache.

 

Une adorable petite fouine nommée Raspoutine n'a vécu qu'une semaine à la ferme. Recueillie dans une maison voisine car tombée des chaudes hauteurs de la grange où elle vivait discrètement avec sa famille, et ayant survécu à sa chute de plus de cinq mètres sur un sol en pierre, elle ne se remit jamais de sa mésaventure ; âgée de quelques semaines seulement, nourrie au biberon par la propriétaire de la ferme qui n'épargna pas ses heures de veille et de soins, supervisée par une vétérinaire compréhensive et motivée, adoptée par les chats du lieu dont certains vinrent se coucher à ses côtés pour la réchauffer, elle s'éteignit dans la nuit de son huitième jour à la ferme, à la consternation de ses habitants, après avoir gémi de longues heures durant. Elle repose désormais sous une petite pierre à son nom dans un coin du potager. Comment a-t-elle fait pour conquérir si rapidement le coeur de tous qui en ont pourtant vu d'autres ? C'est un grand mystère...

 

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Le petit Raspoutine, 13cm de long et nettement moins en forme que ce qui transparait sur cette photo.

 

L'oie Gertrud a elle aussi quitté pour de bon la ferme tranquille. Donnant depuis plusieurs jours des signes de fébrilité, elle se coucha un matin paisiblement au bout de la cour pour ne plus se réveiller, et sa dépouille fut longuement et férocément gardée par le très déterminé jars Gustav (un lointain cousin à Jean-Michel) qui parut ensuite fort affecté de sa disparition et reçut rapidement pour nouvelle compagne une autre anatidée, cette fois aussi blanche que la neige immaculée, judicieusement appelée Schneewittchen (oui, la copine des Sept Nains dans la langue de Steiner) qui a l'heur de lui plaire beaucoup, sur laquelle il veille désormais avec zèle et jalousisme, et qui a pour habitude de méditer sur une patte la tête dans ses propres plumes en plein milieu de la cour qui vient d'être repavée à neuf, je le dis par souci du détail pratique ; il est en effet notoirement plus facile de tenir en équilibre sur une patte palmée quand celle-ci prend appui sur une surface plane plutôt que sur du gravier.

 

Au rayon des premiers pas aux sens propre et figuré dans un domaine dont on ignore tout, je m'adonne avec parcimonie (voire même avec parlàmonie, ça dépend d'oùsk'on va) à la balade à cheval ; après un premier essai équitatif timide et limité sur le dos de l'étalon Jack pour un trajet de moins de 100 mètres, second essai début juillet pour 2 kilomètres sur mon chevalin chouchou (jusqu'alors de loin seulement, ou tout près, mais jamais dessus) Amigo ; l'animal, non content de camper une silhouette exquise aux contours harmonieux, fut admirable en la circonstance comme il l'est toujours à chaque fois que je le ramène de - ou le mène à - sa pâture en marchant à ses côtés, se montrant d'une fiabilité et d'une docilité exemplaires et s'abstenant de tout câbrement intempestif. J'en fus fort ému, et lui en sembla fort content. Depuis, j'ai l'impression qu'il me fait régulièrement des clins d'oeil à chacune de nos fréquentes rencontres. Mais il ne va tout de même pas jusqu'à me permettre de lui caresser le cou pendant qu'il mange, faut pas exagérer non plus.

 

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Amigo, le gentleman-cheval, au sortir du box. 

 

Les lapins vont globalement bien, je le signale à l'attention expresse du Président de l'Amicale des Léporidés qui vient à l'occasion lire le contenu de ces colonnes. Aucune perte à déplorer dans leurs rangs lors de ces 12 derniers mois, même si Teddy (précédemment dénommé Blanco) dut passer tout l'hiver à l'intérieur ; après plusieurs mois de soins attentionnés, et dans un état alarmant qui stagnait, il parvint par miracle à se refaire une santé au moment où on le croyait perdu, et, de retour dans le clapier géant dès le retour du printemps, il gambade aujourd'hui allègrement dans la paille et la joie de vivre avec ses camarades.

 

De temps à autre, une poule imprudente parvient à s'échapper de son enclos et atterrit dans celui des sangliers, où son espérance de vie dégringole brutalement à moins de vingt secondes ; deux intrépides écervelées connurent le même sort en moins d'un mois : se faire happer et broyer illico par la gueule béante et vorace du très teigneux Alfred, récemment pesé à plus de 200 kilos, dont le caractère empire avec l'âge et dont le seul charme à mes yeux est de posséder deux énormes oreilles invraisemblablement poilues.

 

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Alfred, la terreur des volatiles imprudents.

 

 

145.JPGNouveau venu strictement confiné à la cour et interdit d'entrée en maison car non vacciné et donc potentiellement porteur de maladies dangereuses pour les autres félidés, le peu commode (mais qui fournit des efforts notoires en direction des humains pour le devenir) Mauw - surnommé Viens-te-battre-avec-moi-si-t'es-un-chat - s'est imposé à l'usure, en venant mendier de la bectance plusieurs semaines d'affilée avant d'être exaucé, au bord de l'inanition. Personne dans le village ne sait d'où il vient et a fortiori à qui il appartient, et il n'est pas rare qu'il s'absente nuitamment pour aller se colleter à d'autres chats en de bruyantes et belliqueuses bagarres dont il revient généralement vainqueur et fier comme Artaban, mais aussi parfois en piteux état, ce qui lui vaut de remporter haut la main le prix des plus gros frais de vétérinaire par tête sur les 6 derniers mois. Ne pas s'aviser de le caresser ailleurs que sur le haut de la tête, sinon il griffe immédiatement. Il a des yeux jaunes et ne présente pas très bien. Les nuits de non-expéditions punitives, il lui arrive de hurler à la mort et de réveiller toute la ferme et ses alentours. En journée, il couche en travers des marches du porche et se fout bien de votre intention de passer car il sait que vous n'aurez pas le coeur à lui marcher dessus. S'il n'a pas grand-chose pour plaire, il sert cependant à tester en l'humain la profondeur de ses fibres de patience et de tolérance vis-à-vis des créatures qui ne font rien, ou si peu, pour les mériter.

 

164.JPGJe suis en gros contentieux avec l'énorme cochon Néro, pourtant sympa jusqu'alors, depuis qu'il m'a causé à l'improviste et sans raison discernable - l'aurais-je par mégarde sorti trop brutalement de l'une de ses innombrables siestes ? - , d'un coup inattendu de son gros groin ponctué d'une dent droite saillante et bien aiguisée bien visible sur la photo ci-contre, une estafilade sanguinolente de 30 cm à la jambe, qui m'obligea à faire la file durant 3 heures dans une salle d'attente surpeuplée et surchauffée pour un rappel de vaccin antitétanique (celui qui rend insubmersible), estafilade dont la cicatrice, près de 4 mois plus tard, est toujours bien visible et ne se décide même pas à envisager** de s'estomper pour disparaître**. Pour comble d'escalade revancharde déplacée et dans mon chef parfaitement insouhaitée à l'égard de la race porcine contre laquelle je n'ai globalement aucune animosité, je dégommai involontairement, quelques jours plus tard, à quelques kilomètres de la ferme pfalzienne, une jeune laie qui, vers la minuit, déboula d'un bosquet jouxtant la chaussée non éclairée, sans prévenir, sans phares et sans autorisation de ses parents, pour venir se jeter contre la roue avant gauche de ma Joséphine à moteur sans que je puisse rien faire pour l'éviter. Dézinguée à 90% sur le coup, la bête eut encore la force de se traîner jusqu'à l'accotement pour y finir ses jours et m'éviter de devoir déplacer moi-même sa carcasse définitivement inanimée de plus de cent kilos (ce que ma force herculéenne m'aurait toutefois permis d'accomplir sans bouger les oreilles, ou à peine, en cas de nécessité). Aucun dégât à la voiture hormis une centaine de poils noirs coincés dans une jante, mais plusieurs semaines de tristesse et de mauvaise conscience pour le chauffeur dont la vitesse à l'endroit du choc correspondait parfaitement à celle plafonnée par les signaux routiers qui jalonnaient les hectomètres précédents, ce qui prouve à l'évidence l'irréprochabilité de son comportement conductif lui même attesté par le passager/témoin à bord au moment du drame. Les autorités policières, immédiatement prévenues, ont mis plus d'un mois à enlever le cadavre, obligeant l'assassin empruntant régulièrement la même route à recroiser plusieurs fois sa victime, ce qui n'a pas facilité le processus de deuil.

 

Il me reste enfin à évoquer le comportement du chef de la baraque, le chat Arko qui paresse en ce moment sur mes genoux et rend mon scriptage fort malaisé, mais un paragraphe n'y suffirait pas et donc y a plus la place...

 

* notez l'anacoluthe

** pléonasme

*** contresens : est-il envisageable que quoi que ce soit puisse couler du sol vers le plafond ?

Photos : Els Agelink.

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