26/11/2013

Où l'auteur reprend du service après une longue absence

 

Après plus d'une année sans postage pour cause d'activités effrénées, me voici de retour à la plume, désormais géolocalisé et dûment enregistré sous d'autres cieux à peu près aussi généreux en précipitations que les précédents, à exactement 363km de distance (selon mon double Tom) sous les nuages exactement, et deux pays plus loin (y a le Luxembourg entre) que mon dernier point de chute en ma Belgique natale dont un certain nombre d'habitants, de mesures, d'excès et d'iniquités commençaient ces derniers temps à me courir grave sur le haricot. Honorant une tradition familiale bien ancrée qui n'hésite point à encourager les plus radicaux changements de trajectoire de vie à tout âge, j'ai donc résolument mis fin, non sans une pointe de regret à l'idée de ne plus revoir qu'épisodiquement les membres de ma famille et les innombrables gens charmants que je côtoyais quotidiennement, aux tourments inhérents à un travail certes enthousiasmant mais abusivement dévoreur d'énergie et d'inspiration au point que l'idée même d'écrire, de lire ou d'écouter de la musique à mes heures perdues me devenait quasiment insupportable, oui docteur c'était graaaav', et je coule depuis maintenant quatre mois à temps plein des jours paisiblement heureux au milieu de mes meubles ici transportés et de plusieurs dizaines d'animaux de toutes tailles au coeur d'un petit village confortablement niché dans une vallée de la campagne palatino-rhénanienne dont j'ai déjà vanté ici-même et abondamment les mérites bucoliques et les qualités joiedevivresques.

 

Que le lecteur ne se méprenne pas, je ne suis point du genre à sauter d'un avion sans parachute, d'un train sans ticket ni d'un pédalo sans bouée, et je n'ai point loué un gigantesque camion de déménagement pour m'exiler en terre étrangère sur un coup de tête irraisonné, oh que nenni, j'ai pris le temps de mûrir l'affaire et d'assurer préventivement mes arrières en acquérant au préalable et à distance un nouvel emploi à relative proximité de ma nouvelle résidence (un CV envoyé, un job obtenu ; c'est un bon résumé de mon existence professionnelle, je dois être béni des dieux) et en apprenant la langue des autochtones dans laquelle j'excelle en grammaire et en comprenure, mais nettement moins en parlage et en scriptitude, quoique j'y travaille quotidiennement. Un bémol excusatif à ma sous-germanitude temporaire : j'exerce mon nouveau métier exclusivement en français…

 

Le Rheinland-Pfalz fait environ 5% de la population et de la surface du pays et fournit notoirement les 2/3 de la production vinicole teutonne à des prix tellement ridicules que leur mention ne frise même pas l'indécence mais atteint carrément un insupportable degré de cruauté raffinée quand j'en parle à mes camarades non exilés : on trouve en effet ici des vins bio parfaitement buvables à moins de 2 EUR la bouteille (de 75cl, évidemment). C'est un Land particulièrement touristique peuplé de gens charmants, travailleurs, cordiaux et efficaces. La densité des réjouissances et de la vie socio-culturelle de mon petit village d'adoption (500 personnes à peine) me sidère : les festivités battent leur plein toute l'année, avec d'incessants défilés, des soirées et des beuveries à toute occasion, une troupe de théâtre, plusieurs vignerons, un club de foot, un club de danse et j'en passe, tout est ici prétexte à faire la fête, de la sortie du vin nouveau (le Federweiser, un régal) en passant par le début de chaque saison, les équinoxes, le carnaval, plusieurs foires, Pâques, Noël et le Nouvel An, et des dizaines d'autres. A chaque fois que la fête se termine, dans les heures qui suivent, tout est méticuleusement rangé et nettoyé rapidement et discrètement, le Pfalzois est bien organisé et ne badine pas avec la discipline.

 

Depuis mon arrivée, j'ai appris des tas de choses que faisaient probablement mes ancêtres mais sur lesquelles  l'implantation urbaine des 2 générations précédentes avait obligé mon clan à faire l'impasse, du genre : ramasser en forêt du petit bois pour le feu, cueillir prunes, pommes et poires pour les transformer en jus et compotes, conduire les chevaux à leur pâture et nettoyer leurs boxes, travailler le bois, rentrer le foin et les nourritures pour animaux par tonnes… toutes choses (ré)apprises sur le tas (et le tard) qui me valent, après quelques courbatures au démarrage, une santé redevenue de fer. Et tout cela avec une bonne dose d'inspiration qui me permet de poursuivre mes nombreux projets musicaux eux aussi revigorés par ce déménagement salutaire. Allez Louis A., la vie est belle. 

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