03/01/2014

Où l'auteur fait, trois jours trop tard, le bilan scénique de l'année écoulée

 

En 2013, tant mes obligations professionnelles que ma très sociale secrétaire m’ont emmené aux quatre coins de l’Europe dans le but d’y concerter ou d’y voir concerter divers artistes, certains déjà connus de moi et d’autres pas du tout. A mon grand étonnement de spectateur plutôt blasé à qui on ne la fait pas et qui n’est pas facile à enthousiasmer (de la même manière qu’il est très difficile de régaler Monsieur Joël Robuchon avec une boîte de corned beef), je fis toutefois quelques (re)découvertes de bon aloi à l’occasion de la centaine de concerts auxquels j’assistai cette année, un chiffre très largement supérieur à la moyenne annuelle de la décennie précédente, c’est dire si j’ai passé du temps hors de mes pénates.

 

D’abord, j’eus confirmation de la bonne santé scénique de quelques locomotives historiques de la scène industrielle alternative, à savoir Kraftwerk (à Barcelone), Wire (40 ans de carrière !), les Young Gods (à Anvers), VNV Nation (un peu partout), Covenant (Frankfurt), Suicide Commando et Front Line Assembly, The Invincible Spirit (à Dortmund, Gent, et autour d’un barbecue à mon logis), Neurotic Fish (Gelsenkirchen) et d’Absolute Body Control (où l’inusable Dirk Ivens -désormais mon copain tellement qu’on on se croise partout- n’en finit pas de ne pas vieillir) ; mais ceux-là connaissent depuis tellement longtemps les lauriers de la gloire et les hipipourras du public en délire que je me vois mal rajouter une couche au dithyrambisme de leurs thuriféraires.

 

Je vais plutôt plâner dans le désordre sur quatre artistes provisoirement moins populaires mais qui mériteraient largement que ça change, ce que je leur souhaite dans un avenir aussi prochain que possible, et même que j’essaie parfois de leur donner un coup de pouce quand c’est dans mes cordes :

 

Agent Side Grinder (vu à Wroclaw, Pologne) : 5 sobres Suédois construisent avec intelligence et sensibilité des combinaisons rythmique et mélodiques imparables ; le magnétisme extra-terrestre, la danse déjantée et le chant habité du longiligne chanteur Kristoffer Grip, très jarviscockerien, transcendent le tout en live ; des influences sont à chercher du côté de Kraftwerk / Wire / Suicide (tout ce que j’aime) et le résultat final sonne à la fois moderne, original et sincère : j’étais gagné à leur cause au bout d’une minute de concert et le suis resté jusqu’à la fin, de même que tout le public, hélas pas trop nombreux mais captivé, qui a assisté à leur prestation. Depuis, j’écoute en boucle leur double album « Hardware/SFTWR ».

 

Torul (sans doute à prononcer « To-roul », vu à Langen, Allemagne) est un trio slovène électro-guitareux aux mélodies vénéneuses et à l’énergie parfaitement maîtrisée, avec un son excellement mis en place, un chanteur avec la tête du masque Vendetta, une justesse et une puissance vocale redoutables, au total une belle gifle dans la gueule avec une classe naturelle et une élégance plutôt inhabituelles dans le chef des musicos originaires des pays de l’après-Tito qui donnent en maréchal plutôt dans le rustique rugueux tendance gros rouge qui tache, mais ici non. J’ignore provisoirement leur production studio mais je vais combler ça vite fait puisque je viens d’acquérir leurs plaques. Ce groupe a fait la première partie de la tournée européenne Mesh en 2013 et ne s’arrêtera pas là, pourvu que torul pour eux…

 

Rummelsnuff (Roger Baptist dans le civil, vu à Sandersleben, Allemagne) : figure teutonne du héros universel d’un abord dur à cuire et au grand coeur, marin marrant comico-tragique et hyper-body-buildé qui reprend à la sauce EBM Gilbert Bécaud (oui oui), Boney M et Devo, gros bébé joufflu qui pourrait vous broyer la main sans s’en rendre compte, Rummelsnuff m’a touché par son culot, sa plastique impressionnante, son charme improbable, son humour teuton-saucisse-pompes, son abbattage, sa générosité et sa voix caverneuse. Mon héros de l’année !

 

Rummelsnuff.jpg

Rummelsnuff s'interroge : saucisses nature ou curry ?

 

Haujobb (vu à Oberhausen et Frankfurt, Allemagne, ainsi qu’à Barcelone et Madrid avec son projet solo Architect.) : outre le fait qu’il est à la fois bourré d’un talent qui me touche et un être humain adorable sous des dehors qui pourraient sembler bourrus, Daniel Myer a le don de s’entourer de musiciens convaincants, de chercher sans cesse à se renouveler et de réussir à donner une âme particulières à ses prestations qui sont toujours passionnantes. Ce garçon joue dans mes cartes et je suis fan.

 

Je ne ferai pas l’injure au lecteur de lui livrer ici les références internet des groupes précités qu’il trouvera aisément en un quart de clic. Et si 2014 pouvait être du même tonneau scénique que 2013, que le 1er janvier arrive avant-hier, tiens !

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