19/02/2014

Où l'auteur, pour éviter de causer de la pluie et du beau temps, disserte dans le vent

 

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Un peu partout sur les hauteurs du Rheinland-Pfalz, loin de toute habitation, on a planté (et on continue de planter) des éoliennes invariablement composées d’un poteau central (de 50 à 75m de haut) et de 3 pales (de 20 à 30m de long).

 Ci et là, un parcours pédagogique éclaire le promeneur sur les caractéristiques et les performances de ces hautes constructions, occasion comme une autre pour l’auteur de mettre en pratique ses fulgurants progrès récents dans la langue de Goethe et de Rummelsnuff (pour n’en citer que des représentants illustres) et de mieux comprendre l’environnement qu’il s’est choisi pour ses prochaines années.

Sur base des chiffres ci-dessus, le moins doué des mathématiciens calculera sans peine que la  hauteur totale des éoliennes pfalziennes culmine entre 70 et 105 mètres. De même, le plus basique des ingénieurs ne démentira pas qu’elles n’émettent bien évidemment aucun bruit de moteur, mais que le frottement du vent contre les pales produit toutefois un brui(ssemen)t sourd et continu qui s’entend au sol jusqu’à plusieurs centaines de mètres en fonction de l’orientation du vent (jamais moins de 300 mètres selon mes propres constatations). Les choses étant bien faites (car faites en Allemagne), je n’ai jamais aperçu le moindre logis situé à moins de 2km d’un champ d’éoliennes.

Une seule éolienne est censée fournir l’énergie électrique nécessaire à environ 1.250 ménages, ce dont on conclut que les dieux des vents permettent d’alimenter annuellement grâce à elles 3,42 ménages par jour, soit un ménage toutes les 7 heures. En supposant qu’un ménage compte en moyenne 3 personnes (il y a certes des familles,  toutefois moins nombreuses qu’auparavant, mais il y a aussi des isolés) et en sachant qu’une rotation complète des pales nécessite en moyennne 8 secondes (estimation raisonnable : j’ai vu des pointes à 3 secondes mais aussi des périodes d’immobilisation totale), on peut déduire que l’énergie ventesque nécessaire à électriser annuellement une seule personne se résume à 2h20 par an, soit un peu plus de 1.000 tours complets (7h / 3 personnes * 3600 secondes par heure / 8 tours à la seconde = 1.050 rotations) ; si je calcule combien de temps une éolienne travaille en moyenne pour une personne donnée chaque jour, j’arrive au dérisoire total de 23 secondes.

Perso, si j’avais le droit de choisir le moment de ma production personnelle, je me réserverais un jour où les anémomètres s'affolent, de façon à ce que mes 1.050 tours soient accomplis à raison de 3 secondes chacun, soit en moins de cinquante et une minutes, durée totale nécessaire à  produire mon électricité annuelle… soit en moyenne 8 secondes par jour, pfffouuu…

J’ignorais, avant ces savants calculs, à quel point je pouvais être économiquement discret et vite satisfait ; hélas, au vu de ses factures d’une hauteur astronomique directement proportionnelle à la hauteur de ses collecteuses d’air mais inversément corrélée à la brièveté de leurs prestations, mon fournisseur d’électricité n’a manifestement pas encore eu vent de mon ascétisme énergétique.

 Et c’est ainsi que souffle Eole (sur le fiel de nos sols).

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