01/04/2014

Où l'auteur va visiter la demeure de chevaliers assez peu intéressés par la protection de la veuve et de l'orphelin

 

Dans le sud du Pfalz, non loin de la frontière avec la France, on trouve de nombreux châteaux médiévaux construits sur - voire en partie taillés dans - des éperons rocheux (mi-troglodytes, quoi). Ces châteaux-très-forts, éminemment défensifs, dépourvus de tout confort, souvent habités par des chevaliers-brigands (des sortes de Robin des Roches pillant allègrement les contrées de proximité moyenne et détroussant les voyageurs, mais généralement bienveillants avec la population proche sur laquelle ils comptaient pour alimenter légalement leurs coffres(-forts eux aussi) en taxes diverses), étaient défendables par une vingtaine de gardes seulement, réputés imprenables, très rarement pris et quasi-systématiquement détruits quand c’était le cas, histoire de ne pas risquer de devoir bisser l'exploit. Ils se singularisaient par des originalités de construction tirant astucieusement profit de la disposition naturelle des lieux escarpés et difficilement escaladables sur lesquels on les implantait. Ce sont ces caractéristiques prometteuses qui me poussèrent à aller visiter l'un d'eux le week-end dernier.

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Vue imprenable sur un château qui ne l'est pas moins...

 

Le château de Berwartstein, à Erlenbach, seul de ce type à la fois reconstruit et habité de nos jours, n’était accessible que par une entrée surbaissée donnant sur une anfractuosité naturelle étroite de 14 mètres de haut par laquelle on ne pouvait passer qu'à l'aide d'une échelle : un passage facilement défendable par un seul homme en cas d’attaque.

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Le boyau d'entrée vu d'en bas : voilà ce qu'il faut traverser pour accéder au château... Amis agresseurs, bonne chance.

 

A l’intérieur, un puits de 104 mètres de profondeur creusé dans la roche calcaire assurait l’approvisionnement en eau (et en haut) ; de nombreuses autres pièces sont également creusées : la salle des gardes, qui n’avait pour seule entrée/sortie qu’une cheminée verticale de 18 mètres de haut avec échelle, d’immenses caves (dont une où pourrissaient les prisonniers) reliées par des couloirs étroits, et plusieurs passages vers les étages supérieurs, où murs et escaliers ont été arrachés à la roche.

 

Pris une seule fois (et encore, par traîtrise, un des gardes ayant été soudoyé), le château fut encore détruit une seconde fois par la foudre (ce n'était pas rare) avant d’être longtemps abandonné. Il fut reconstruit à peu près à l'identique dans les années 1900. On voit sur la base des murs quelques impacts de boulets, qui constituent plus des marques d'impuissance que des signes d'agression réussie : les parties construites se situent des dizaines de mètres plus haut, aucune catapulte n'aurait jamais pu les atteindre. De nombreux autres châteaux sont visibles aux alentours (y a qu'à regarder depuis la tour principale), dans des états de restauration plus ou moins poussée.

 

La personnalité la plus illustre, mais pas la plus avenante, a avoir possédé Berwartstein fut Hans Trapp (de son vrai nom Hans de Drodt), un géant (plus de 2 mètres) qui se signala à la fin du XVe siècle, d’abord par la refortification du château, puis par une surenchère croissante dans les cruautés, exactions et infâmies à l’égard de ses voisins (pillages acharnés, rançonnages systématiques, et autres inondations volontaires témoignant d'une réelle volonté d'emm*** ses semblables), qui fut excommunié par le pape Innocent VIII pour la mise à (et en) sac de l’abbaye de Wissemburg avant de périr en 1503 au grand soulagement de toute la région. Il avait cependant trouvé le temps d'envoyer au souverain pontife une lettre gratinée dans laquelle il écrivait, globalement et en termes choisis qu'il pouvait se f*** son excommunication au c**. Paradoxalement, celle-ci fut levée deux ans plus tard par l'archevêque de Spire, allez comprendre.

 

Avec d’autres figures plus ou moins historiques, Hans Trapp est à l’origine du personnage du Père Fouettard, le sombre camarade à Saint-Nicolas qui fait encore (mais de moins en moins) peur aux enfants pas sages de nos jours.

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