21/04/2014

Où l'auteur décontenancé laisse le soin au lecteur avisé de tirer une morale improbable de ses expériences paradoxales

 

Les lumières s'éteignent, la musique démarre et je monte sur scène. Dès le début du concert, je sens bien que je fais le Scud : je tombe toujours un peu à côté. Le son de la musique qui parvient à mes oreilles me semble un peu étrange, ma voix ne s’y intègre pas trop bien, les éléments me paraissent comme dissociés, j’ai du mal à trouver la hauteur correcte. Les rythmes me paraissent trop lents, les basses trop en retrait, les vagues de synthés inaudibles, les morceaux trop longs, le public a l’air un peu amorphe, j’entends des erreurs dans l’exécution de certains passages, j’essaie de donner le change mais je n’y suis pas. Fin du concert. Je sors de scène dépité. J’enlève mes vêtements trempés, je vais prendre une douche, je mets des habits frais, je bois un grand verre d’eau et j’attends le verdict implacable qui émanera dans quelques instants d’un spectateur dans la salle qui a assisté à la totalité du concert.

Il arrive : « C’était génial ».

 

La semaine suivante. Extinction des lights, cris du public et crescendo instrumental. Dès que le concert démarre, je me sens hyper-bien dedans : tous les éléments rythmiques et mélodiques sont impeccablement présents dans mes oreilles, ma voix elle aussi est bien en place dans l’image sonore, je peux chanter sans devoir la forcer et elle passe comme elle devrait toujours, claire et puissante. Les morceaux avoinent de la force et défilent à toute allure, le public est déchaîné et le courant passe bien, mes collègues se défoncent de la rage, je suis tout étonné de me rendre compte que c’est déjà quasiment la fin, hoplà c’est terminé. Je sors de scène heureux. Je quitte mes fringues humides, je chantonne sous la douche, je passe un t-shirt neuf et un polar bien chaud, je m’enfile deux ou trois verres de Champagne en attendant l’arrivée dans les loges de l’observateur impartial qui a vu tout le concert.

Le voilà : « Pas terrible, ce soir ».

 

Aaargh !

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