14/03/2015

Où l'auteur entreprend de mettre un peu d'ordre dans la faune en l'organisant rationnellement sur base phonétique

 

Considérons, tant qu'à faire, les animaux sur le plan de leur présence et/ou de leur mobilité phonétiques, et rangeons-les par catégories opérationnelles (sans toutefois prétendre à l'exhaustivité) :

 

- catégorie "notoirement présents" : le sanglier (le fourmilier, le lévrier et un tas d'autres aussi), les hérissons;

 

- catégorie "notoirement absents" : l'impala;

 

- catégorie "je suis là mais je prétends le contraire" : le moineau;

 

- catégorie "j'y suis et je compte bien y rester" : le chacal, le rorqual et le caracal (1) aussi, le bupreste (2), le torcol (3),  le labrador (et le condor aussi), l'hippocampe, le dromadaire;

 

- catégorie "sur le point de craquer et d'aller voir ailleurs" : le marabout (3);

 

- catégorie "présent pour une année de plus" : l'ibis;

 

- catégorie "qui s'en vont (4)" : le léopard (le guépard aussi), la drosophile (5), la rascasse, le dinosaure* (avec toutes ses variétés : stégosaure, plésiosaure etc); sous-catégorie "je m'en vais mais je prends mon temps" : le goéland ;

 

- catégorie des "foutus à la porte" : la mangouste.

 

Tout cela est assez troublant, non ?

 

(1) lynx africain

(2) insecte

(3) oiseau

(4) humains de la même catégorie : Billy the Kid, le roi mage Gaspard, Serge Gainsbarre, les habitants d'Etalle (commune de Belgique) ...

(5) mouche

 

*prononcer la finale en [-sore] plutôt qu'en [-zore]

05/03/2015

Où l'auteur se fend d'une traduction teutonne pas piquée des insectes

Kathinka Zitz (1801-1877), née Katharina Therese Pauline Modesta Halein, en photo ci-dessous, est une auteure et poétesse allemande que j'ai découverte à l'occasion de mes pérégrinations dans cette ville dont à nouveau oublié le nom (et je suis passé devant sa maison natale pas plus tard qu'aujourd'hui). Ses poésies à la fois graves et légères, remplies d'humour et de mal de vivre, de naïveté et de résignation, me font souvent penser à Dorothy Parker (sauf que cette dernière est née sur un autre continent et quasiment un siècle plus tard). A mes heures récemment perdues, j'en ai traduit (très librement) quelques-unes (de poésies) qui me plaisaient particulièrement. Voici l'une d'elles, à mes yeux particulièrement évocatrice et chantante :

A une petite abeille qui voulait me piquer (1849)

 

Va, petite abeille, va-t'en
Dans les jardins et dans les champs ;
Je suis une rose fanée,
Une pauvre fleur desséchée.

Plutôt que me piquer la peau,

Va te poser sur les pavots ;

Ma chair, mon sang ne sont que fiel,

Tu n'en tireras pas de miel.
 
De la douceur de cette vie,
Le temps, ce voleur, m'a tout pris,
Et aujourd'hui mon coeur n'est plein
Que de douleur et de chagrin.

 

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04/03/2015

Où l'auteur réécrit un dialogue urbanistique passionnant

Dialogue (pas si) fictif (que ça) au tout début du XIXe siècle entre Napoléon et l'architecte Eustache de Saint-Far à Mayence, la nouvelle capitale du département du Mont-Tonnerre, territoire récemment acquis au détriment de l'Allemagne.

N[apoléon] : "Monsieur de Saint-Far ?"

E[ustache de] S[aint-] F[ar] : "Oui, mon Empereur ?"

N : "C'est une bien belle ville, ne trouvez vous pas ?"

ESF : "Tout à fait, votre Sire. Dommage que les Prussiens l'aient autant amochée."

N : "Mais non, mon ami, tant mieux au contraire : maintenant qu'elle nous appartient, nous allons pouvoir la reconstruire à notre goût et en faire l'un des joyaux de notre empire !"

ESF : "Ah, Majesté, quel beau projet. Je ne serais point étonné, d'ailleurs, que vous ayez des tas d'idées à ce sujet !"

N : "Effectivement, mon cher, j'en ai. Et si vous êtes ici, c'est parce que je vous charge officiellement de les mettre en oeuvre. Avez-vous de quoi noter ?"

ESF : "Oh, votre Illustrissimité, sachez que je vous suis infiniment reconnaissant de l'honneur insigne que vous me faites. Causez-moi-z-en, je suis toute ouïe."

N : "Bon, d'abord vous allez me raser toutes les églises qui ont été touchées lors des bombardements prussiens - sauf la cathédrale -, histoire de faire place nette à la modernité."

ESF : "J'adore l'idée, votre Génialitude, et personnellement j'adore raser les églises : ce sont des bâtiments coûteux, inutiles et imprégnés de croyances rétrogrades ; de plus, elles pullulent et c'est très fâcheux."

N : "D'accord avec vous, mais si vous placez systématiquement un commentaire approbateur après chacune de mes idées géniales, on en a pour la nuit. Je continue : vous me construirez une rue Moi entre la place Schiller et la cathédrale."

ESF : "Pardonnez-moi de vous interrompre à nouveau, mon Monarque, mais je voudrais être certain de vous comprendre parfaitement : vous souhaitez là voir établir une rue Napoléon, est-ce bien cela ?"

N : "Ben c'était clair, non ? Faites-la suffisamment large pour que mes soldats puissent y défiler à dix de front, les parades font un bien fou au moral des troupes. Ensuite, à mi-chemin de la cathédrale, rasez carrément tout le quartier pour construire un grand espace ouvert de cent mètres par cent, qui s'appellera 'Place Gutenberg' - car c'est quand même inouï que les Mayençais n'aient jamais pensé à honorer ce bienfaiteur de l'humanité par une construction urbaine à la hauteur de son génie ! Avec cette place, nous corrigeons donc cet oubli !"

ESF : "Exactement. Avec une statue du grand homme en son centre, je suppose, votre Altesse ?"

N : "Ah ? J'y voyais plutôt des colonnades ou une fontaine... mais je vous laisse le soin d'en décider à votre guise. Vous me borderez le tout de maisons bourgeoises de style classique à quatre étages, dans le genre de la rue de Rivoli, vous voyez ? Cette place doit constituer un mélange de prestige, d'élégance et de raffinement à la française".

ESF : "Je vous suis parfaitement, votre Superbité".

N : "Vous me démolirez aussi cet horrible fort Saint-Martin au bord du Rhin et vous en réutiliserez les débris pour en faire un nouveau quai, ce sera beaucoup plus utile à la ville. Vous m'élargirez l'avenue de la Grande Lessive et vous la prolongerez pour qu'elle relie la ville à la rive du fleuve. Vous me relierez tout ça au réseau des routes françaises. Et pour le reste, vous me redresserez toutes les zones détruites de la cité selon vos propres plans, pour lesquels je vous laisse toute liberté".

ESF : "Je vous remercie de votre confiance, votre Profondeur. J'ai bien tout noté. Vous pouvez compter sur moi. Mais j'espérais aussi -secrètement- pouvoir démolir la cathédrale".

N : "Ne soyez pas idiot, de Saint-Far, agir ainsi nous aliénerait la population. Et puis, je suis certain que de nombreux visiteurs voudront voir nos superbes réalisations au cours des siècles à venir, laissons-leur à voir l'un ou l'autre reliquat anachronique des obscurs temps passés ; par contraste, notre génie urbanistique en flamboiera d'autant plus..."

Où l'auteur se pâme devant les oeuvres d'un septuagénaire subjugant

Achim Ribbeck est un sculpteur allemand né à Bad Kreuznach en 1944. J'ai eu l'occasion de voir récemment plusieurs de ses oeuvres exposées au Landesmuseum de Mainz (mais malheureusement retirées depuis), et je suis instantanément devenu fan. J'irais même jusqu'à dire qu'il est devenu en quelques instants l'un de mes sculpteurs préférés ; le fait qu'il utilise régulièrement le bois n'est sûrement pas étranger à cet état de choses. La plupart de ses oeuvres défient la logique et les lois de la pesanteur, et sont -comme souvent- bien plus impressionnantes en vrai qu'en photo.

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"Zweier Ohne" (en français : "Deux sans [barreur]"?)

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ci-dessus : "Per mano"

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Ci-dessus : "Danse à cinq jambes gauches"

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L'artiste dans son atelier au milieu de ses créations renversantes (photo : Michael Bahr)

 

03/03/2015

Où l'auteur repasse en coup de vent pour éviter de rester plus d'une année absent ...

Je sais désormais tout de Drusus, de Willigis, de Saint Aubain et de Saint Theonest, d'André Thévet, de Gutenberg, des Vandales, des Chérusques et d'Arminius, de Saint Boniface, de Valentin Thomann, des conséquences catastrophiques de la terrible bataille de Mursa en 351, des innombrables incendies, épidémies de peste et inondations qui ont ravagé la ville, de la cathédrale Saint-Martin et des églises Saint-Quentin, Saint-Etienne, Saint-Pierre, Saint-Jean et un tas d'autres, j'ai bien en tête qui sont Raban Maur, Albert de Brandebourg, Karl Adam de Lamberg, Jockel Fuchs, Gershom ben Jehuda, Arne Jacobsen, Frauenlob, Eustache de Saint-Far et Jeanbon Saint-André, j'ai appris que le 27 février 1945 un demi-million de bombes (soit 5 par habitant) sont tombées sur cette ville qui n'avait plus ni défenses ni industries ni le moindre intérêt stratégique, la rasant à 80% en moins de 15 minutes, j'ai vu les Schwellköppe du Rosenmontag et la Jupitersaüle, je me suis douché dans la Fontaine du Carnaval, j'ai été manger des gâteaux chez Blum et des sushis chez Sakura, je suis monté sur le Kästrich pour voir les traces des exploits de la XXIIe légion romaine, je sais pourquoi Jean-Baptiste Enderlé a été préféré à Jozef Appiani pour peindre les plafonds de Saint-Ignace, j'ai commis quelques lourds calembours sur les plus célèbres des princes-évêques de la ville, je sais en quoi les dates (au hasard) de 406, 975, 1009, 1036, 1462, 1793 et 1852 sont importantes, je suis descendu dans les interminables couloirs souterrains de la citadelle, j'ai entendu les imprécations vaudouesques des initiés du culte d'Isis au sous-sol du Römer Passage, j'ai grimpé au sommet de la Christuskirche pour voir la ville d'en haut, je ne confondrai plus jamais les caractéristiques architecturales et décoratives des styles Renaissance, maniérisme, baroque, rocaille et rococo, je connais tous les endroits dans la ville où l'on peut encore voir des traces du Jugendstil, j'ai calculé le nombre d'heures nécessaires à la seule composition des 1.282 pages de la première bible imprimée avec des caractères mobiles en métal, coulé moi-même des dizaines de fois la lettre G en zinc/aluminium/antimoine et imprimé à tour de bras en noir - bleu - rouge la 1e page de l'évangile de Saint-Jean devant des visiteurs ébahis, appris par cœur les horaires et les tarifs de la DBahn, bu des gobelets de Federweiser à 8 heures du matin avant de descendre plus bas que le niveau de l'eau dans la salle de conférence au sous-sol du Rathaus, parqué ma voiture à des tarifs exorbitants là où précédemment coulait le Rhin, traduit en français des poèmes de Kathinka Zitz, lu dans le texte Carl Zuckmayer et Anna Seghers, constitué un immense fichier avec toutes les sculptures et fontaines locales.

Et voilà qu'aujourd'hui j'ai bêtement un trou de mémoire sur le nom de la ville ...