15/03/2012

Où l'auteur se dit que quand on cherche, même la nuit en cas d'insomnie tandis qu'on est censé dormir, ah bin on trouve ...

 

Atelier d’écriture

 

Retraité du céleri

Titulaire de récré 

Décrue littéraire 

Relecture, aridité

L'écurie dit : "Arrête !" 

Atterrée ridicule

Litière du cratère 

Réalité du critère 

Recueil de traître 

L’érudite récitera 

Réécrire « altitude » 

Traduire le tiercé 

Le rédacteur étiré 

A triturer ce délié…

Dire = être articulé 

Certitude à relier 

L’auditrice terrée 

Récit lu, à rééditer

Détruire la tierce

 

La dureté réécrite

Laïcité de terreur

Rire de l’autre cité

Autre délire écrit

Retraiter le durci

Erreur dite ci et là

Réélire dictature

Réduire ce titre-là

Il a détruit / recréé

Etudier / la réciter

Terre d’acier utile

Cette reliure d’air

Et décrire la truie

Tertiaire crédule

Et détruire Claire

Ce délateur irrité

La crudité retirée

Trace de rire utile

Ta reliure directe

Cet éditeur relira

Utile à recréditer

Dire la terre cuite

De l’écarteur étiré

Et rétrécir l’adieu

Réduire ce titre-là

Etire le truc à dire

Lire cette raideur

Arrêter ici l’étude

Il recruterait Ted

Réciter la tiédeur

Il arrête de cuiter

Ruralité créditée

Terre au décilitre

Ce réel détruirait

Ici leur tétraèdre

Ce traiteur délire

Réaudite ce terril

Retire ce dilateur

Redicter la tuerie

Crédulité à étirer

Tardieu le réécrit

Eclaireur de titre

Il était curé de RER

Etre cet ailier dur

Crier, tuer la déité

Le reître a trucidé

Traduire « érectile »

L’erre était durcie

L’étudié rétrécira

Ce lierre était dur

L’écrire était rude

Ce dur était irréel

Et la cuti derrière

Terrier de l’acuité

Auditer le réécrit

Ridicule être taré

Cartier, dure élite

Ce ratelier érudit

Rieur d’ère tactile

Tirer ce rail du T.E.E.

 

… et encore au moins trois fois plus, mais moins littéraire…

 

08/02/2012

Où l'auteur se souvient d'un épique épisode du temps de sa vie il où il fut un jeune loup carnassier dans une grosse boîte capitaliste

 

C’était au début des années 80. Je travaillais depuis 3 ans à la Direction des Ressources Humaines de la filiale belge d’une grande multinationale. Mon travail consistait principalement à gérer les absences et congés, l’horaire variable et les rémunérations du personnel, et je m’acquittais de ma fonction avec le sérieux et l’enthousiasme coutumiers de mon chef même quand la tâche n’est guère folichonne. Celle-ci me permettait, outre le fait de gagner correctement ma vie, d’être en contact avec la quasi-totalité du personnel de la boîte (800 personnes), car un salarié qui ne se trompe jamais dans son pointage et ne trouve jamais d’erreur sur sa fiche de paie, ça n’existe pas, et je passais de nombreuses heures par semaine à jouer le redresseur de torts.

 

Un premier événement vint, quoique mollement, troubler la tranquille ronronnance de ma routine administrative : mon chef direct, un jeune loup aux dents longues adjoint du directeur RH, quitta abruptement la compagnie en raison d’une sombre histoire de budget refusé pour un projet auquel il tenait beaucoup mais dont personne sauf lui n’avait rien à cirer. Bref, je me retrouvai du jour au lendemain, alors que je n’avais rien demandé ni anticipé, catapulté cadre à la place dudit démissionnaire, répondant désormais directement audit directeur des RH qui, en dehors du fait qu’il venait de me promouvoir d’un échelon hiérarchique et de me refiler le titre et le confortable bureau de mon prédécesseur avec le mobilier qui allait bien, n’avait aucune tâche ni responsabilité nouvelles à me proposer (je n’allais pas tarder à en lui en trouver, mais ce n’est pas le propos), et donc pas la moindre promesse de largesse salariale à me faire miroiter (car c’est indéniable : plus on s’ennuie dans un boulot, plus on a tendance à estimer qu’on est mal payé ; ce fut assez rapidement mon cas).

 

Quelques semaines après cette promotion aussi inattendue que non-spectaculaire qui me contraignait désormais à ne plus quitter l’ensemble veston-cravate obligatoire qui assoyait ma crédibilité de jeune cadre auprès du personnel tout en m’enserrant le cou et en me raidissant la nuque, le très redouté Secrétaire Général de l’entreprise débarqua un soir de début septembre dans mon bureau avec mon patron. Il m’annonça qu’il venait me confier un travail urgent et de la plus haute importance exigé par Dieu lui-même, le Très Saint Suprême Président-Directeur Général : il s’agissait de créer un outil fiable pour calculer/prévoir de manière raisonnée les frais de personnel annuels. Venant d’aussi haut, l’affaire était sérieuse et, à première vue, parfaitement dans mes cordes.

 

Digression non sans rapport direct avec ce qui va suivre : le PDG de la boîte était un homme imposant, sans âge, incommensurablement révéré, craint de tous pour son intelligence supérieure, son acuité dans la rigueur et son incisivité visionnaire qui ne laissaient rien passer, ce qui se traduisait souvent – disait-on – en coups de gueule (et de sabre) dévastateurs. On disait de lui qu’il était tyrannique et qu’il menait les directeurs de département à la cravache. Je l’avais déjà entraperçu de loin à l’occasion de l’un ou l’autre de ses rares déplacements dans la compagnie, car il ne quittait qu’exceptionnellement sa tour d’ivoire où il était toujours périlleux de se faire convoquer car c’était généralement pour s’y faire souffler dans les bronches si pas se faire virer sur-le-champ.

 

Retour à la demande de Dieu qui me parvenait indirectement : il fallait tenir compte du montant total de tous les frais de personnel déjà générés de janvier à août (donc savoir d'abord où collecter l’information), puis repartir du salaire mensuel brut de chaque salarié présent en septembre et de tous les frais annexes de tous genres et de toutes fréquences, ajouter tous les frais liés aux prévisions d’embauches et de licenciements / départs naturels déjà connus et/ou plausibles jusqu’au 31 décembre (en l’absence de plan global, aller interroger tous les directeurs de départements pour connaître leurs intentions), inclure la gratification de fin d’année (idem) et autres joyeusetés que j’épargne au lecteur, bref un travail de fourmi que le commanditaire m’annonça vouloir ensuite vérifier au plus près afin de le bétonner : je devais être en mesure de justifier, pour chaque mois passé et à venir, chaque mouvement, chaque poste individuel, chaque regroupement par service / unité / département, et de fournir au final un montant prévisionnel global justifié et inattaquable. Je devais aussi pouvoir documenter ultérieurement le moindre écart, par nature et par période, qui aurait pu être observé en cas de distorsion entre le prévu et le réalisé. Et pas question de tenter d’enfumer mon interlocuteur, dont le bon sens et l’expérience en contrôle de gestion tenaient méchamment la route.

 

Je vous épargne les innombrables aspects techniques de la chose, qui impliquaient une parfaite connaissance du tableur-vedette de l’époque (qui s’appelait Symphony et qui ressemblait déjà très fort à Excel) ainsi que d’un méta-extracteur de database. Un vrai travail de bénédictin alchimiste au cours il fallait surtout veiller à ne rien oublier et encore moins à ne pas se tromper dans les calculs, d’autant plus que j’avais un fameux garde-chiourme à mes guêtres, qui ne laisserait rien passer.

 

Je me mis alors à bosser quasi-exclusivement sur cette tâche puisque le délai était court et les exigences énormes. Le 20 septembre, après avoir défendu durant des heures, au cours d’un ultime tête-à-tête infernal avec le SG, la méthode, les hypothèses et les chiffres, j’annonçai, au bout d’un rapport de 25 pages hors annexes, le montant total attendu des frais de personnel de ma compagnie chérie pour l’année qui allait se terminer 3,33 mois plus tard : 888.000.000 FB (en francs belges arrondis à 0,1 million, soit environ 22 millions d’EUR). Au bout d’un nombre interminable de questions, le commanditaire que je pressentais convaincu - même s’il n’en laissait rien paraître – conclut l’entretien par un laconique « Bien. » et emporta le dossier sans sourciller à l’intention de Dieu Tout-Puissant. Ce fut la dernière fois que je le vis, il allait quitter la boîte quelques semaines plus tard.

 

Sept mois plus tard, donc en avril, retentit dans mon cornet téléphonique la voix la plus froide, la plus glaçante et la plus minérale ayant jamais franchi mes pavillons auditifs, une voix que je reconnaîtrais aujourd’hui encore entre cent mille : celle de la secrétaire de Dieu Soi-Même, une vieille et acariâtre célibataire sèche et impitoyable que chacun redoutait et souhaitait entendre ou croiser le moins souvent possible tant elle exsudait la misanthropie congénitale et la revêcherie secrétariale poussée à un paroxysme insoutenable.

 

- « Mr De Meyer ? Montez chez Mr Z***, immédiatement. », suivi d’un raccrochage immédiat.

 

L’invitation était irrésistiblement charmante, mais ce n’était pas le moment d’avoir des états d’âme, Dieu m’appelait, c’est donc qu’il devait être au courant de mon existence. Toutefois, pourquoi voulait-il me voir aussi vite ? Au cours des 6 derniers mois, j’avais tellement multiplié dans l’indifférence générale les tableaux de bord, les études statistiques et les excellences administratives de tous types que je me demandai ce qui avait bien pu attirer son attention. Ou alors, avais-je gravement merdé dans un rapport crucial qui aurait atterri par hasard sur son bureau ? Je rajustai soigneusement chemise, cravate et veston et partit dare-dare là où j’étais attendu, sans vraiment savoir où c’était puisque je n’y étais jamais allé – et je mis donc un certain temps à y parvenir.

 

La secrétaire-chienne de garde me dit de sa voix polaire que je pouvais entrer, et me désigna la porte du Ciel.

 

J’entrai dans un espace sidéral considérable. Le bureau du Saint-Père était gigantesque. On aurait dit l’intérieur de la Basilique de Koekelberg ou de la Bourse de Bruxelles au cube et tout en marbre dans les tons ocre. A plusieurs heures de marche devant moi, le bureau de l’Omnipotent Monarque semblait avoir été taillé dans un arbre exotique gigantesque et précieux.

 

Ma vue était encore fort bonne à l’époque et je Le vis, plongé dans ses dossiers au bout de l’horizon, me faire de la main un geste vague que j’interprétai comme une invitation à m’approcher, ce que je fis. En fin de parcours, je faillis m’étaler de tout mon long sur un immense tapis d’une épaisseur inhabituelle… Un nouveau geste de la main, sans un regard, m’indiqua que j’étais prié de m’asseoir. Ensuite, ce fut le silence pendant deux bonnes minutes. Puis, Dieu déposa le dossier qu’il consultait et me regarda par-dessus ses lunettes d’écaille.

 

- Monsieur De Meyer ?

- Oui. Bonjour Monsieur Z***.

- Cela fait des années que j’attends en vain de la part de mes adjoints directs des prévisions fiables en ce qui concerne les coûts salariaux de cette entreprise. Aucun d’eux ne m’ayant jamais rien fourni de satisfaisant, j’ai eu l’idée de confier ce travail à la personne qui connaît le mieux notre système de rémunérations, en l’occurrence vous. Alors, regardons cela…

 

Il prit la feuille qui reposait face à lui sur son sous-main de cuir pur buffle :

 

- Je lis ici qu’en septembre de l’année passée, vous aviez calculé un montant prévisionnel annuel total de …. huit cent quatre-vingt-huit virgule zéro million de francs de dépenses salariales. J’ai reçu hier le montant final consolidé de la comptabilité qui se monte à très exactement… huit cent quatre-vingt-huit virgule un million.

 

Il s’en suivit un blanc interminable durant lequel je fixai bêtement mon regard sur la feuille qu’il venait de reposer, en me demandant comment ces enfoirés de la compta étaient parvenus à un montant aussi proche du mien alors que mes propres calculs ultérieurs m'avaient fait voir que les écarts que j'avais continué à suivre entre les prévisions et le réel se montaient à au moins trois millions de frais supplémentaires.

 

- Depuis combien de temps travaillez-vous chez nous, Mr De Meyer ?

- Depuis bientôt 3 ans, Mr Z***.

- Quel est votre salaire mensuel ?

 

Je lui donnai le chiffre de mes émoluments nets (quinze fois moindres que les siens sans compter ses innombrables avantages de toutes natures et autres montant défiscalisés) ; il décrocha son téléphone et dit (texto) : « S*** [c’ était le nom de mon patron] ? Dans mon bureau, immédiatement. » C’était dit sur un ton neutre, calme, plat, mais qui ne souffrait aucune contradiction. C’était aussi, sans le très poli « Monsieur » qui précédait, exactement la même phrase que la secrétaire avait employé quelques minutes plus tôt à mon endroit.

 

Mon patron direct apparut, dans un laps de temps plus court que celui dont j’avais eu besoin moi-même, car il connaissait l’itinéraire. Il n’était déjà pas très grand en vrai, mon patron, mais là, il m’apparut carrément minuscule, presque cassé en deux, quasiment servile. On eût dit qu’à chaque pas, il faisait une courbette au Seigneur et maître des lieux. J’ai même cru qu’il allait ramper sous l’épais tapis pour parvenir au siège voisin du mien. Quand il s’y assit, j’aperçus qu’il était haletant, blême et tout tremblant.

 

- Monsieur S***, votre adjoint ici présent m’a fourni des prévisions de frais de personnel particulièrement remarquables, par conséquent, vous allez me doubler son salaire avec effet rétroactif au 1er janvier.

 

Tandis que, rompu aux calculs à chiffres pharamineux, mon cerveau calculait froidement et à toute allure le montant colossal inattendu que je venais d’engranger en deux secondes par le fait d’une seule phrase directoriale, mon patron devint carrément rouge pivoine et bafouilla : « Euh, Monsieur Z***, pardonnez-moi l’objection ; certes mon adjoint est un excellent élément, mais ne trouvez-vous pas … euh… qu’une telle augmentation est un peu … euh… excessive ? », ce que je trouvai franchement déplacé (mais mon cerveau continuait en même temps à calculer), car le cuistre au crachoir, tout peu doué qu’il était à son poste, en gagnait lui-même encore trois fois plus.

 

La réponse du dirlo, que j’aurais dû enregistrer, fut aussi magistrale que cinglante : il y fut question du fait qu’on ne rémunère jamais assez le personnel fiable, et du manque de discernement qu’avait eu à mon égard mon responsable direct, donc lui, le responsable des RH, pourtant censé montrer l’exemple en ce domaine, en me confinant à un salaire indigne de mes talents enfin révélés qui promettaient à cette entreprise d’innombrables lendemains qui chantaient et blablabla.

 

Quand Dieu nous congédia, je me rendis compte que la situation n’était pas globalement aussi rose que son aspect strictement pécuniaire car, complètement désavoué (et quasiment humilié sur son propre terrain) par le DG en ma présence, je pressentais que mon patron, se rendant compte qu’il n’était désormais plus le seul interlocuteur reconnu auprès de Dieu en matière de gestion du personnel, n’allait plus jamais me considérer avec la même bienveillante bonhommie que précédemment. Et la suite allait me prouver que mon intuition était juste, mais ceci est une autre histoire. 

 

 

 

 

23/01/2012

Où l'auteur fait de la réclame pour l'une de ses succursales qui pose ses valises, une fois n'est pas coutume, dans les environs immédiats de son domicile

 

Pour la seconde année consécutive,
la Maison de la Poésie présente
Les oiseaux moqueurs

Duo littéraire, chansonnier et poético-comico-troupier dont les membres, à total contre-emploi de leur genre habituel, sont Didier Czepczyk dit Le Merle, guitariste émérite de divers groupes alternatifs dont The Breath of Life et Texas Trauma, et Jean-Luc De Meyer dit La Buse, écriveur oulipien et auteur-chanteur fort de 30 ans de présence sur scène dans monde entier avec ses diverses entités généralement électroniques dont Front 242, 32crash et Modern Cubism.  

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Les Oiseaux Moqueurs proposent un cocktail d’écriture, de poésie, d’humour et de chansons avec dedans de vrais morceaux de bravoure littéraire et de gaudriole burlesque, qui donne un spectacle aussi varié (pour qu'on n'ait pas le temps de s'ennuyer) qu’instructif et rigolo (histoire de se gondoler tout en se culturant). Les influences manifestes de ce duo sont clairement à rechercher du côté de Raymond Devos, Pierre Desproges et Bobby Lapointe.

Le vendredi 17 février 2012 à 20h, à la Maison de la Poésie, 28 rue Fumal à 5000 Namur. Réservation et information : 081/22 53 49

19/01/2012

Où l'auteur montre par l'exemple qu'il ne se lasse pas de jouir des neurones à des énoncés géniaux

 

J’ai ici déjà maintes fois vanté ici le très percutant génie que Jacques Perry-Salkow déploie régulièrement dans ses anagrammes, et cependant l’une de ses surinspirées trouvailles n’avait point encore à ce jour infusé à sa juste valeur dans ma caboche. Je répare illico cet oubli.

 

Un jour, JPS a pris toutes les lettres de ROMEO MONTAIGU JULIETTE CAPULET,

les a bien secouées et a obtenu :

 

-          J’AIME TROP TA GUEULE !

-          ET MOI TON CUL !

 

Vérifiez, c'est incontournable. Incroyable, non ?

 

Y a des statues en or qui se perdent, que j'dis.

13/01/2012

Où l'auteur, en villégiature sur une petite île méditerranéante, fait son grincheux

 

En tant qu’originaire du pays de la bière*, j’ai toujours eu envie d’aller vérifier si les habitants de Malte* étaient bruns ou blonds*. Ce début d’année étant propice, hop direction la petite île sous la Sicile sur laquelle la nation de Corto le Prattien méridionalise tellement dans le Sud de l’Europe qu’elle se situe carrément face à la Tunisie et à la Libye (*bière, malt, houblon : le lecteur averti aura flairé la trilogie).

 

Dès l’arrivée sur place, le constat s’impose : le Maltais typique est petit, basané, noir de cheveux et peu extraverti : il ignore les mots bonjour, merci et au revoir, et ne sourit jamais au touriste grâce à l'argent de poche duquel il vit pourtant plutôt bien. Il cuisine du lapin, du calamar, des escargots, des câpres et du cumin, tout ce que je déteste ; par contre, il mitonne de petits chaussons fourrés d’un mélange poisson-épinards tout à fait savoureux, et sait faire un bon café latte avec juste ce qu’il faut de mousse par dessus. A noter pour l’anecdote qu’il est prudent de découper son lapin en petites bouchées car il est impossible de l’avaler t*out entier (*La Vallette : capitale de Malte).

 

Le Maltais n’est guère pratique et encore moins écologique : alors que l’île se prêterait parfaitement à des déplacements à pied, en moto ou à vélo (distances courtes, artères étroites, saturation générale du flux automobile, fréquents embarras de circulation, difficultés de parking), tout est fait, brillamment, pour encourager l’usage de l’automobile et des bus et pour décourager les autres moyens de transport. Le résultat est probant : très peu de motos, aucun vélo, et des piétons qui mettent leur santé (voire leur vie) en péril en tentant de se faufiler au milieu des voitures garées n’importe où et des trottoirs qui disparaissent abruptement sans possibilité de traverser. Sur les routes très mal entretenues d’où est bannie toute ligne droite de plus de cent mètres, on n’est guère mieux loti. Partout, de nombreuses maisons abandonnées - ou jamais finies - s’écroulent, tout s'entasse anarchiquement et sans grâce.

 

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Quelques vieux temples (dont les supposées plus anciennes pierres superposées de l’humanité, datant de 3.600 av. J.-C., sur l’île annexe de Gozo*), de fascinantes catacombes, la très belle et silencieuse ville de Mdina (l’ancienne capitale, illustrée ci-dessus), des criques et des rochers fouettés par des vagues qui passent de 20 à 30 centimètres de haut en cas de forte tempête, des musées minuscules au contenu d’un intérêt douteux et au rapport qualité/prix très contestable, rien n’est parvenu à me faire changer de ma première impression pas très favorable (*c’est en souvenir des ex-Yougoslovaques, je suis allé sur place voir ce que Gozo vaut).

 

Bref, je suis allé à Malte. Y retourner ? Jamais : j’ai tout vu.

 

23/12/2011

Où l'auteur recause manobalo

 

Une longue impasse ablogante sur les péripéties mondialo-handballistiques ne signifie nullement que j’ai perdu le moindre intérêt pour mon sport favori, tant s’en faut. Donc voici de sélectives  nouvelles de mes chouchous que je n’ai guère cessé de tenir à l’oeil.

 

La craquante Gro Hammerseng (photo qui suit) a récemment disparu des terrains tant avec son club Larvik qu’avec l’équipe nationale de Norvège car elle est enceinte, ce qui n’a pas empêché ses compatriotes de (re)devenir Championnes du Monde il y a 15 jours en dominant nettement en finale une formidable équipe de France épuisée par les efforts répétés, où Marion Limal n’a été appelée en renfort qu’en dernière minute pour disputer ladite finale au cours de laquelle elle a fort peu joué. Certes, si Melles Pineau et Signate ne s’étaient pas gravement blessées en cours de compétition, l’issue de la rencontre eût pu être différente, mais on ne réécrit pas l’histoire ; les Darleux, Dembele, Gnabouyou, Kanto, Lacrabère (qui m’ont impressionné, chacune dans son registre personnel… et en équipe) et consortes auront, qui sait, l’occasion de prendre leur revanche et de faire encore mieux lors des J.O. tout proches. Toutefois, en raison d’une organisation parfaitement débile de la Fédération Internationale, la 2e place de la France ne la qualifie nullement pour les J.O. ; elle devra passer par un piégeant tournoi de qualification, une aberration sur laquelle l’entraîneur Olivier Krumbholz ne s’est pas privé de tirer à boulets rouges, à juste titre.

 

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La moitié des titulaires de l’équipe de Roumanie étaient elles aussi enceintes, et par conséquent, très logiquement, le pays d’Aurelia Bradeanu (à l'attaque sur photo ci-dessous) n’a pas pesé bien lourd. Quant à l’Allemagne, hormis une victoire initiale contre une Norvège en rodage qui n’allait plus perdre la moindre rencontre par la suite, elle s’est montrée - à l’instar de son homologue masculine au dernier Mondial - d’une faiblesse aussi insigne qu’indigne et a terminé l’épreuve dans les bas-fonds du classement, s’attirant en outre les foudres unanimes de la presse sportive d’outre-Rhin.

 

 

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En France, l’US Dunkerque a connu un début de saison difficile avec les absences conjointes de Bastien Lamon le moteur et de Sébastien Bosquet le buteur ; du coup, après avoir frôlé les cimes d’une qualification en Champions’ League en ne s’inclinant qu’aux prolongations face aux prestigieux Lions teu(très)toniques du Rhein-Neckar (qui étaient dans le Final Four l’an passé), le club a connu - au grand dam son nouvel entraîneur Pat Cazal - les affres d’un passage en tout bas de classement de la LNH avant de retrouver son équipe complète, de sortir de sa relative léthargie (plusieurs joueurs loin de leur meilleur niveau se sont enfin réveillés) et de remonter rapidement la pente en enchaînant les victoires pour se retrouver aujourd’hui à la 4e place, à un seul petit point de la solide équipe de Saint-Raphaël. Au rayon joueurs, le formidable et surpuissant international hongrois Kornel Nagy s’est bien intégré et constitue un renfort de premier choix ; chez les jeunes, ; l’arrière Thibaud Fatoux récemment promu en équipe première s’est blessé, de même que Pierre Soudry qui s’était mis en vue en assurant plus que correctement - bien qu’à un moindre niveau - l’intérim de Bosquet ; le pivot Benjamin Afgour est convaincant à chacune de ses (trop rares) apparitions et l’ailier Julian Emonet vient de signer un contrat professionnel ; Jérémy Darras, peu utilisé, est parti à Ivry. Quant à l’ancien belge du club, l’ailier de poche Gert-Jan Mathijs (ci-dessous), il s’est opportunément reconverti en meneur de jeu et cartonne avec son nouveau club de l’Estudiantes de Tournai (contre lequel je jouai jadis quand il s’appelait encore l’Estudiantes Kain) qui domine cette année la D2 belge.

 

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Le joueur-phare de Montpellier, Nikola Karabatic (triple et régnant champion olympique, d’Europe et du Monde) vient d’être sacré Champion des Champions en France. Le sympathique colosse était touchant à voir, en smoking et nœud pap’, tout ému et un peu gêné de recevoir, sans ses coéquipiers, un trophée individuel alors qu’il officie dans un sport collectif. Il est en tout cas un parfait ambassadeur de ce sport qui échappe encore à l’hypermédiatisation et aux abus et dérives systématiques de tous genres qui l’accompagnent. Quoi que …  l’image du hand a été récemment ternie par un certain nombre de scandales et de malversations remontant jusqu’au plus haut niveau (corruption, matches truqués, …), que je passerai -charitablement- sous silence.

 

Prochaine compétition : l'Euro masculin, du 15 au 29 janvier 2012 en Serbie. La France est dans le même groupe que l'Espagne, la Hongrie et la Russie, il va falloir démarrer à 100% car c'est de loin le groupe le plus fort...

22/12/2011

Où l'auteur donne la solution d'une énigme pas si difficile que ça, finalement...

 

Le prénom à insérer est Vanessa, après l’article ‘la’, ce qui donne : « J’ai réparé la vanne et ça marche », indubitablement une phrase de chauffagiste…

 

Etonnant, non ?

20/12/2011

Où l'auteur questionne sans ambages la créativité prénominale de son lectorat

 

Voici une phrase de carreleur : « J’ai réparé la marche ».

 

Question : quel prénom féminin peut-on y insérer pour la transformer en phrase de chauffagiste ?

12/12/2011

Où l’auteur tient la chronique d’une journée ordinaire outre-manche, faite d’une succession ininterrompue de hauts et de bas respectivement signalés par + + + et - - -

 

 

Dimanche 12 décembre 2011

 

+ + +   08h35   Le café au lait, plus particulièrement celui de chez Starbucks à l’aéroport de Glasgow, s’il a tendance à me tordre les boyaux, fait toujours du bien quand il me passe par le palais. J’ai craqué, une fois de plus.

 

- - -   11h45   Arrivée à l’aéroport de Luton Town dans la banlieue de Londres. Au lieu d’une camionnette comme prévu dans le contrat, ce sont deux voitures qui nous attendent. Le matériel du groupe entre tout juste, ses membres s’entassent comme ils peuvent (comprenez : comme des sardines - ça conserve) et s’abstiennent de respirer pendant les 50 minutes du trajet, de peur de faire exploser les vitres.

 

+ + +   12h45   Libération des pliés : Front 242 est arrivé à la salle Koko au coeur de Camden.

 

- - -   12h46   Les portes sont fermées, les cocos du personnel n’arrivent qu’à 13h.

 

+ + +   13h10   Nous découvrons la salle, magnifique, colorée, un théâtre à l’ancienne sur 6 ou 7 niveaux, avec des satyres rouges en guise de colonnes, une sorte de caverne d'Ali Baba avec des tas de recoins, de balcons peints en or, de loges, de passerelles, de passages cachés, de quoi se perdre cent fois, avec une sono flambant neuve irréprochable d’une qualité tout à fait inhabituelle pour la ville et le pays. Il paraît qu’on a déjà joué ici. Je ne m’en souviens pas.

 

- - -   vers 14h15   La qualité douteuse de la plomberie anglaise me saute à la figure, une fois de plus : robinets mal fixés qui fuient (mais je les rattrape aussi sec… si je puis dire), eau tantôt glaciale tantôt brûlante mais toujours impossible à caler sur tiède, canalisations de travers, carrelages mal posés, bac de douche pas d’équerre, et j’en passe car il est trop facile de crier haro sur le bidet. Le constat est implacable : à Londres, la Pologne est sous-représentée.

 

+ + + vers 15h   Arrivée dans les loges de mets divers, dont un bloc de cheddar. Dans ce désert de péripéties, un rien suffit à me mettre en joie.

 

- - -   vers 16h00   Fin de l’interminable sound-check. L’hôtel est trop loin et le trafic de pré-Noël trop dense que pour envisager d’aller y faire une sieste de pré-concert, nous décidons de rester sur place.

 

+ + +   16h32   Dans notre loge, deux grands fauteuils Chesterfield 3 places accolés font un confortable lit de 2,00 x 1,80 m, soit quasiment 3 places. L’opulence du confort m’inspire l'improbable contrepèterie du jour, tombée je ne sais jamais d'où ni pourquoi : « Bronski Beat / bite qui bronze ».

 

- - -   16h45   Mon voisin de lit improvisé s’endort avant moi et ronfle comme un scieur de long. Je compte des centaines de moutons pour rien.

 

+ + +   17h30   Le ronfleur doit se réveiller : un membre de sa famille l’attend à l’entrée de la salle. Je m’endors dans les trente secondes qui suivent son abandon de la couche commune.

 

- - -   vers 19h   L’un des techniciens locaux me fait part de son irritation devant les remarques désobligeantes des membres de l’un des groupes qui jouent avant nous, qui n’ont pas attendus d’avoir du succès pour déjà se montrer désagréables et prétentieux. « Ils me traitent comme de la ***, ces **** de ***, alors qu’ils ne savent même pas utiliser leur propre matériel ». Je compatis, la vie est dure et les gens sont méchants, un petit Jack Daniel’s ?

 

+ + +   21h25   Mon nouveau costume de scène est léger, soyeux, agréable à porter. Et il me sied à merveille, ajoute ma secrétaire attitrée. J’approuve.

 

- - -   21h40   Ca fait 10 minutes que j’attends mes camarades à côté de la table des retours, ça fait 10 minutes qu’ils m’attendent de l’autre côté de la scène. Sans qu’on s’y soit aperçu. Brève engueulade, tempérée par le fait qu'on est largement dans les temps.

 

+ + +   21h45   Après trois groupes de (donc) première (à troisième) partie(s), début du concert devant plus de 1.000 gens (qui font du bruit pour notoirement plus) dans une salle bourrée à tous les niveaux jusqu’au pigeonnier et d’où tout le monde voit bien. Combien d’artistes non anglophones peuvent se permettre une telle affluence à Londres après 30 ans de carrière et sans actualité discographique, hein, je vous le demande ? Bien entendu et comme toujours, il n’y en aura pas une ligne dans la presse belge.

 

- - -   21h50   Deuxième morceau du set, le début de mon concert puisque je skippe toujours le premier. Je descends sur scène (oui, dans certains salles on monte sur scène, dans celle-ci on y descend) avec la sveltitude élégante d’une bondissante gazelle soudanaise (2 kilos de moins en une semaine, m’a dit ma balance) pour me rendre compte avec effroi que je n’entends tellement strictement rien* de ma voix (* notez les 3 adverbes qui se suivent) que j’en viens à douter un instant de la réalité du switchage de mon micro sur on (m'apprêter à concéder une si gravissime faute professionnelle, c’est dire l’étendue de mon désarroi) alors qu'il n’en est rien : je vois bien, en louchant de derrière mes noires lunettes, que le petit témoin lumineux vert pomme qui fait luciole sous mon nez est allumé et que les batteries sont à 100%. Je fais donc à la fois le gros dos et semblant de rien, et je m’applique. Dès la fin du morceau, je quitte toutefois rageusement la scène pour aller calmement (oui, je m'énerve toujours calmement) menacer de mort notre ingénieur des retours qui, craignant légitimement pour ses jours, rétablit illico la balance idoine, sauvant ainsi de justesse son existence un instant en vrai péril d'annihilation.

 

+ + +   22h15   Le public bouge de plus en plus frénétiquement. Je repère au 2e balcon un gars quasi prêt à se jeter dans la fosse.

 

- - -   22h25   Il n’a pas sauté, finalement. Ou alors je ne l’ai pas vu. Mais il me semble qu’il est désormais dans le moshpit. Konzentriert bleiben !

 

+ + +   22h45   Contrairement à Glasgow hier soir et sauf erreur de ma part, je ne me suis pas encore trompé dans les paroles, alors que la fin du concert se rapproche. Aïe j'ai pensé trop vite ; sans raison, je cafouille 4 phrases d'affilée dans le morceau qui suit.

 

- - -   22h55   Pas possible, on doit écourter le rappel alors que l’enthousiasme ambiant nous en aurait autorisé quinze d’affilée : il y a un couvre-feu à 23h dont on ne nous avait pas prévenus !

 

+ + +   23h02   Retour dans les loges avec unanimité des présents : au vu de la réaction des spectateurs, on peut revenir jouer à Londres chaque année de la décade qui vient.

 

- - -    23h07   Prendre une douche ici c’est jouer avec sa vie, et la vie est faite de renoncements.

 

+ + +   23h40   Un Anversois devenu londonien depuis 10 ans déboule dans les loges et nous assure avec enthousiasme qu’il est exceptionnel de voir le public londonien bouger autant. On lui verse un verre de champagne. Une telle faveur à un type jamais vu, ça c’est du jamais vu. D’un autre côté, et avec le recul, s’il était si convaincant… c’est peut-être qu’il avait très soif.

 

Lundi 13 décembre

 

- - -   00h15   Il pleuvine et on s’inflige un nouveau pliage de voiture pour le trajet vers l’hôtel. Je suis saisi d’une crampe inédite… à la hanche. C’est original et trrrrès douloureux. Sans compter les sarcasmes de mes co-repliés voisins, des sans-cœur qui pouffent à mon malheur sans compassion pour ma détresse. 

 

+ + +   01h00   Arrivée à l’hôtel 5 étoiles dans une suite de 4 pièces. Après l'indispensable douche savonnante destinée à substituer à mon odeur de bouc en rut un parfum abricoté de chérubin savonnique, et tandis que je me cultive l’esprit par une saine lecture bouquineuse instructive, j’entends ma très matérialiste secrétaire, depuis la salle de bains, pester contre cet hôtel de m*** qui ne fournit même pas de sèche-cheveux. Je jette un œil discret à la section Hairdryer dans l’Hotel Services Directory pour y lire que ledit ustensile se trouve dans l’un des tiroirs du bureau (drôle d’emplacement, n’est-il pas ?). Je l’en sors discrètement, vais le placer subrepticement dans la salle de bains tandis que la furie persiste à enrager en tournant en rond dans la pièce-salon, puis lui dit benoîtement qu’il doit se trouver là où on l’attend et qu’elle aura mal regardé. Elle y retourne, l’y trouve à son grand étonnement, et embraie en blâmant l’étendue de ladite pièce d’eau qui, effectivement, doit bien faire 3 mètres de long sur 2 de large.

 

- - -   05h15   La rame de métro annoncée à 05h23 partira sans moi (oui, j’avoue, j’ai honte, je pars seul en avance sur tous les autres pour de basses raisons de conscience professionnelle) car la station devant laquelle je poireaute, pourtant censée ouvrir à 05h00 selon internet, n’ouvrira qu’à 05h30 selon son chef qui a décidé que. Du coup, je doute de pouvoir arriver à temps à la gare St-Pancrass (en français : saint Pancrace, le saint qui protège de la pollution globale) pour catcher in time mon étoile d’Euro.

 

+ + +   06h20   Le trajet essentiellement souterrain n’a finalement fait que 40 minutes au lieu des 60 que j’appréhendais, il n’y a que peu de file au security check, j’ai donc le temps d’aller me chercher un casserapide.

 

- - -   06h42   L’Eurostar contenant mon siège occasionnel part dans 8 minutes alors que ça fait 11 minutes que j’attends qu’on me réchauffe le panino sur lequel j’ai jeté mon petit-déjeunesque dévolu. Un analyste attentif - à condition qu’il ait appris que le contrôle de mon bagage n’aura nécessité que 5 petites minutes - en conclura que j’ai fait la file durant 6 minutes avant de passer commande, et il aura raison. En Angleterre, il n’y a pas que la plomberie qui est indigente, il y a aussi l’électroménager de cuisine qui est lent.

 

+ + +  09h11   Arrivée à Bruxelles-Midi. Il ne me reste qu’à rejoindre la bonne gare, retrouver ma voiture garée juste à côté, regagner à son volant mon logis pour y déposer mes affaires et me vêtir adéquatement pour aborder avec retard mais entrain une joviale journée de travail qui sera suivie par trois heures de cours de langue.

 

- - -    11h et des poussières   La très respectable institution qui m’emploie semble avoir  fonctionné correctement en mon absence durant une matinée presque entière. Personne ne m’attend ni ne semble avoir remarqué que je n’étais pas là. Je m’en sens légèrement dépité.

09/12/2011

Où l'auteur narre une histoire vraie qui donne froid dans le dos

Mon oncle est fort opportunément marié à ma tante et ils forment à deux un couple formidable qui, ça tombe bien, a (ou ont ?) la chance incroyable d’être les parents de quatre de mes cousins les plus fréquentables avec lesquels additionnés de leurs conjoints et marmailles respectives, ils forment un pan familial étendu d’une tenue irréprochable sur le plan de la constance dans l’excellence qui - ô miracle ! – pétule généreusement jusqu’au bout de la plupart des feuilles des moindres branches des nombreuses extensions ramificateuses du conifère généalogique où j'ai mes racines. 

Plusieurs mois par an, ledit couple onclo-tantesque s’en va vaquer - notamment à l’ombre du marronnier géant qui projette sur les convives attablés une ombre rafraîchissante au plus fort des journées caniculaires - dans la très jolie et spacieuse ferme qu’ils ont rénovée en grande partie de leurs blanches mains non loin de Bordeaux, au sommet d’un pic rocheux dominateur de vertes vallées majestueuses où je passai il y a quelques années de merveilleuses et inoubliables vacances de farniente absolu. 

 

Amateurs de bon vins, ils ont en outre (hihihi) noué là-bas, en quarante ans de présence assidue, quelques solides amitiés, notamment avec un exploitant-viticulteur-récoltant-embouteilleur-négociant renommé, propriétaire d’un château et d’un domaine de plusieurs dizaines d’hectares de vignes (oui, de vignes, il eût été hautement improbable que j’annonçasse des hectares d’oliveraies), avec qui ils sont à tu et à toi ; non contents de se commettre ensemble dans l’importation alcoolisée de plusieurs milliers de bouteilles par an des meilleurs crus (sans accent circonflexe) de la production locale, il vient régulièrement loger chez eux quand il se déplace en Belgique, et ils passent fréquemment en son vaste château de longues soirées d’agapes bien arrosées. Bref, ils sont amis coripaillants et en contact fréquent.

 

Or, voilà que l’été passé, le téléphone rouge toujours fort actif entre eux semble soudain aux abonnés absents : les appels sonnent dans le vide, le répondeur ne rappelle pas, c’est le silence, le désert, l’absence irrémédiablement permanente, l’aphonie totale.

Un peu inquiets quand même de la persistance de non-nouvelles, tata et tonton décident un beau matin de se pointer sur place pour aller constater de visu ce qu’ils ne peuvent plus apprendre de auditu. Hop donc dans la voiture, direction les abords du petit village de *** dont je tairai bien évidemment le nom par discrétion. A leur arrivée, ils découvrent le domaine - jusqu’alors entretenu au poil avec une rectitude disciplinaire s’étendant jusqu’au moindre brin d’herbe pelousier - dans un état général certes encore à peu près correct vu de loin, mais trahissant cependant un abandon manifeste quoique récent de la tradition séculaire de bichonnage au plus près dont s’enorgueillissait sans trève depuis des siècles cet endroit paradisiaque.

 

Entrant par la grille entr’ouverte, ils se retrouvèrent soudainement nez à nez avec un homme fort petit, de couleur beige foncé, d’un âge incertain, aux cheveux gras et noirs, et aux yeux bridés.

« Bonjour Monsieur, lui dirent-ils, nous sommes des amis de Monsieur *****, est-il là aujourd’hui ? »

« Lui parti. Tout vendu. Tout ça à nous maintenant ! » dit le petit homme dans un français à la fois nasillard, rudimentaire et approximatif dont l’orthographe néanmoins impeccable est à porter à mon crédit. 

« Euh, pardon ? » balbutia mon oncle sidéré, « Tout vendu ? Vous voulez dire qu’il vous a vendu son domaine et toutes ses vignes ? »

« Tout vendu ! Tout ça à nous ! » répéta le petit homme peu soucieux de varier son vocabulaire et ses expressions, ce qui permet de copier-coller bêtement le milieu de sa phrase précédente pour restituer à la lettre le contenu de ses propos. Peu habitués à converser avec des allocontinentaux ocrocolorés si peu au fait des bons usages grévissiens, et persuadés qu’ils n’en tireraient rien de plus, ma tante et mon oncle prirent alors congé et rentrèrent chez eux mi-incrédules mi-dépités.

 

Quelques jours plus tard, à son interloquage renouvelé mais en quantité moindre, mon tonton reçut la confirmation par l’ex-propriétaire enfin revenu du diable vaurouge (ou du diable vos verres, au choix), qu’effectivement il avait reçu pour son domaine et sa production vinicole une offre mirobolante provenant d’un groupe hôtelier chinois employant 150.000 personnes de par le monde, qu’il n’avait pu ni voulu résister à l’appel de ces généreuses sirèmes couleur canari, et qu’il s’était volontairement coupé du monde durant plusieurs semaines consécutives, le double temps d’étudier la proposition tombée du ciel et d’organiser triploconcomitamment la conclusion de la vente de ses biens, l’acquisition d’un autre logement et le placement de sa toute nouvelle fortune.

 

Ah bé crénom ! On se croirait dans une mauvaise fiction, mais on est en plein dans le réel, mon bon monsieur : les Chinois en train d’acheter la France sous nos yeux ébahis, c'est carrément le vent de l'histoire qui est en train de tourner …

01/12/2011

Où l’auteur montre par l'exemple comment, naviguant à sa guise dans les méandres de conversations ordinaires, il en vient à se retrouver successivement effaré, incompris et seul

 

 

Hier, un ami m’a gsmé pour me dire qu’il n’allait pas bien : perte de confiance en lui et dans son efficacité au travail, sommeil rare entrecoupé de cauchemars, glissade vers la dépression, le tout provoquant la panoplie des successions des répercussions qui s’ensuivent* sur sa santé, qui inexorablement décline. En soirée, au calme, je lui envoyai un petit mail d’encouragement, auquel il me répondit en terminant - alors que c’est un fin lettré à l’orthographe irréprochable - par cette formule étrange: « Bonne fin de journée, bonne fin de semaine, bonne fin de moi et bonne fin d’année » (sic). Aaargh ! Lapsus lugubrement révélateur qui me confirme qu’effectivement, il va mal…

* empilement de pléonasmes, youpi !

 

Un lundi soir récent, ma prof d’Allemand demande à la classe : « Geben Sie mir bitte ein Synonym für ‘feminin’ ». Elle souhaitait évidemment qu’on lui réponde par l’adjectif ‘weiblich’ qui est le terme générique utilisé en grammaire allemande pour désigner le féminin. Comme personne ne répondait, je pris la parole : « Synonym für feminin ? Einfach (1) ! Katastrofal, negativ, Schlangzunge (2), unbequem (3), teuflisch (4), … ». Elle m’a regardée d'un air effaré, et a dit : « Mais non ! Quelqu'un d'autre ? » Une moitié de la classe a ri.

(1) facile - (2) langue de vipère - (3) inconfortable - (4) diabolique

 

Le fils d’un de mes voisins, un élève d’une seizaine d’années, m’a dit ce matin :

- Je n’ai pas d’examen demain.

Je lui rétorquai sans vraiment y réfléchir, comme ça paf du tac au tac tout droit dehors :

- Mais rien ne dit qu’ils ne t’examineront pas les pieds !

Il m’a regardé de travers et sans comprendre. Et là, je me suis senti un peu seul. Mais bon, pouvais-je légitimement espérer la moindre connivence intellectuelle de la part d'un gamin né deux générations après la mienne ? 

25/11/2011

Où l'auteur, c'est pas si souvent, met une photo

 

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Front 242 au Sinner's Day - Hasselt - 30/10/2011

 

22/11/2011

Où l'auteur revisite la Genèse

 

Le premier jour, Dieu créa l’univers, tous les corps célestes et la Terre.

Le deuxième jour, Il créa le jour et la nuit, les océans, les mers et les continents.

Le troisième jour, Il créa les plaines, les lacs, les fleuves, les montagnes et les forêts.

Le quatrième jour, Il créa les animaux, les plantes et les minéraux.

Le cinquième jour, Il créa l’Homme, son chef-d’oeuvre

Le sixième jour, Il créa la Femme. Et là, franchement, on a vu qu’Il était fatigué…

04/11/2011

Où l'auteur rend un hommage appuyé à un grand homme finalement fort mal connu

 

Cette semaine je me suis offert une Deutsche Kulturwoche afin de me familiariser avec le patrimoine historique et culturel du quasi seul pays européen qui échappe encore un tant soit peu au ridicule ambiant dans lequel pataugent allègrement ses voisins, régis qu'ils sont par des personnages aussi arrivistes et imbus d'eux-mêmes qu'incompétents et menteurs, dont la moindre saillie publique vous ôte davantage et irrémédiablement l'envie d'aller encore dépenser vos sous à l'intérieur des frontières où ils sévissent. Une belle occasion donc de combler les innombrables trous qui peuplent les lacunes où baignent les manques de mon éduquage en matière de connaissances teutonnes puisqu'avant ce début novembre, mon compteur de visitage de lieux culturels outre-rhénanesques se montait honteusement à pas plus de 5 ou 6, à peu près équitablement répartis entre châteaux et musées, je n'en suis pas fier.

 

L'une des non moindres étapes de mon périple me mena au fort intéressant Musée Gutenberg de Mayence (Mainz). Qu'en retins-je, me demanderez-vous ? Ce qui suit, répondrais-je en une double phrase dont les quatre premiers verbes, vérifiez, sont tous conjugués à des temps différents dans le seul but de produire un énoncé au contenu varié parce que comme ça c'est plus joli.

 

Les Orientaux ont développé des techniques (rudimentaires) d'imprimerie bien avant l'Occident : le musée susnommé possède l'un des plus anciens imprimés au monde, en provenance du Japon et datant de l'an 770, soit près de 7 siècles avant la découverte de JG (Gutenberg se prénommait Johannes, s'il avait été Français il se serait donc appelé Jean Bonmont). Les techniques orientales d'imprimerie ne sont, à l'opposé de la poudre à canon, des sushis, des bonsaïs et des films de Kurosawa, jamais arrivées jusque dans nos régions. Avant JG, les livres en Europe restent extrêmement rares et coûteux à produire : ils sont écrits à la main ou imprimés par xylographie (gravure sur des matrices en bois assez vite détériorées).

 

Gutenberg n'a pas inventé l'imprimerie ex nihilo ; avant d'y parvenir, il fut aussi l'inventeur de toute une série d'innovations technologiques aussi préalables qu'indispensables : le poinçon, des alliages de métal et des moules pour fondre les lettres, des formules d'encre, la manière d'aligner des lettres, une presse mieux adaptée, etc.

 

Après quelques essais, déjà âgé de 50 ans (soit, à l'époque, déjà un vieillard) et espérant rentabiliser au plus vite de lourds investissements, JG se décida assez logiquement à produire en série l'inamovible best-seller de l'époque : la Bible. Pour ce faire, il dut fabriquer pas moins de 290 caractères différents : tous les signes de ponctuation ainsi que toutes les lettres de l'alphabet, non seulement en majuscules et en minuscules, mais aussi en versions allongées ou raccourcies, de manière à pouvoir systématiquement utiliser toute la longueur (et ne laisser aucun blanc à la fin) dévolue à chacune des 42 lignes de chaque page. Même dans ce cadre, tout n'était pas imprimé : il laissait systématiquement en début de chapitre un grand blanc de forme carrée destiné à recevoir la première lettre de celui-ci, ajoutée et enluminée à la main. A noter que moins de la moitié de la surface utile de chaque page est imprimée (les marges au-dessus, en-dessous, à gauche et à droite sont énormes); si JG avait utilisé la totalité de la surface, le nombre total de pages nécessaires en eût été grandement diminué. Je suppose qu'il n'était pas possible de faire techniquement mieux. Ou peut-être JG envisageait-il des illustrations manuelles postérieures dans les marges? Je n'ai pas de réponse à cette question.

 

Quelques chiffres pour donner une idée de la colossale progression de productivité induite par la découverte de l'imprimerie : un copiste mettait environ 3 ans pour produire une Bible ; sur ce même laps de temps, Gutenberg (à ses débuts, donc avec une technique pas encore tout à fait au point) en imprima 180 pour le quart du prix chacune, soit un gain global productivité-prix de l'ordre de 1 à 720.

 

En triple raison de l'épaisseur du support (parchemin, papier), de la longueur du texte et des problèmes techniques liés (hihihi) à la reliure, Gutenberg dut imprimer chacune de ses bibles en 2 volumes. Une seule bible en parchemin nécessitait la peau d'environ 200 chèvres. S'il compte bien, le lecteur calculera que JG utilisa 36.000 chèvres rien que pour ses bibles. Sauf que non, car il se mit en cours de route à utiliser du papier, qui lui coûtait moins cher.

 

Comme ce fut le cas pour beaucoup d'inventeurs, le génie de JG ne l'enrichit pas, au contraire : ses bibles ne se vendant pas, il se débattit longuement dans les problèmes financiers, perdit un procès contre son banquier qui lui réclamait les fonds prêtés et auquel il dut céder son imprimerie, obtint sur le tard de l'archevêque de Mayence une rente à vie qui lui sauva la mise et mourut en 1468 complètement inconnu de ses contemporains. Personne ne prit la peine de faire de lui un portrait de son vivant, et on ignore totalement à quoi il ressemblait. Il est quasiment toujours représenté avec une longue barbe. C'est une erreur grossière : il venait d'une famille patricienne où l'usage était de se raser le menton de près.

 

L'imprimerie est incontestablement l'une des découvertes majeures de l'histoire de l'humanité. Après avoir largement contribué notamment au succès de la Réforme en propageant les écrits de Luther, elle eut un effet indirect étonnant quoique pas nécessairement imprévisible : chacun des membres des deux clans (catholique et protestant) voulant persuader l'autre, et donc obligé de lire à la fois la Bible et les écrits de ceux d'en face, les taux d'alphabétisation en Allemagne connurent en quelques décennies des sommets jamais atteints.

 

Et c'est ainsi que Dieu est grand.

01/11/2011

Où l'auteur s'extasie devant les époustouflantes trouvailles d'un auteur majuscule


Comptant sans conteste parmi mes auteurs favoris, le virtuose Jacques Perry-Salkow (souvenez-vous de son génial Albert Einstein / Rien n'est établi cité jadis ici-même), a sorti l'an passé son 3e recueil d'anagrammes toujours flamboyantes, souvent prémonitoires et révélatrices du sens manifeste (ou caché) du monde.


Quelques extraits :

Gustave Courbet, L'origine du monde devient Ce vagin où goutte l'ombre d'un désir ;

Gravitation universelle / Loi vitale régnant sur la vie ;

Léonard Bernstein / L'art de bien sonner

Le commandant Cousteau / Tout commença dans l'eau ;

La quadrature du cercle / Calcul rare du détraqué.


Absolument formidable ! Et dire que le bougre travaille tout ça à l'ancienne, sans l'aide d'aucun logiciel !

 

Étienne Klein - Jacques Perry-Salkow, Anagrammes renversanteséd. Flammarion, 2010 (110 pages, 10 euro).

26/10/2011

Où l'auteur tombe sur un état des lieux édifiant du civisme des grandes entreprises et des places financières européennes

 

Ci-dessous, un très édifiant extrait du blog (hautement recommandé) de J.-C. Slovar, lisible dans l'original à http://slovar.blogspot.com/  J'ai mis en gras les passages les plus gratinés, fait l'impasse sur les vidéos et liens internet, et un peu retouché le paragraphage pour faire plus court, mais il ne manque pas une virgule du texte.

 

Monsieur le Président : Et si vous nous reparliez des paradis fiscaux ... disparus ?

 

En 2009, Selon Nicolas Sarkozy, les paradis fiscaux, c'était terminé. Or, en 2011, la moitié des échanges commerciaux transitent toujours par les paradis fiscaux. En sera t-il question au G20 de Cannes ? Rien de moins certain.

Si l'on en croit la très informée Mathilde Dupré, du CCFD-Terre Solidaire, et auteure du rapport « Paradis fiscaux : le G20 de la dernière chance » : « (...) La moitié des échanges commerciaux transitent par les paradis fiscaux. « Ils abritent 21% des filiales des 50 premières grandes entreprises européennes et le problème n’est pas tant celui des « petites îles » mais davantage celui des grandes places financières occidentales, qui abritent la plus importante partie de la finance off shore (...) »

Donc, contrairement à ce qu'affirmait notre Président en 2009 : « Il n'y a plus de paradis fiscaux. Les paradis fiscaux, le secret bancaire, c'est fini » ce n'est justement pas fini ! 
Pour s'en convaincre, il suffit de prendre connaissance du tableau disponible pages 7, 8 et 9 du rapport de CCFD-Terre Solidaire. Si on peut constater que pour l'OCDE il ne reste que 5 territoires non-coopératifs, du côté des organisme gouvernementaux et des ONG, les résultats sont bien différents. Pour le Groupe d'action financière, il existe 41 pays qui restent propices au blanchiment d’argent. Bercy, de son côté, a identifié 18 territoires qui ne coopèrent pas avec le fisc français. Et selon le réseau Tax Justice Network, le réseau d'ONG et de chercheurs, il existe au moins 54 territoires qui cultivent un fort degré d’opacité.

CCFD Terre Solidaire dans son rapport pose LA question : Le G20 peut-il publier une liste exhaustive des paradis fiscaux ? La réponse est claire et nette : NON. Et pourquoi ? « Pour la simple et bonne raison que les États membres représentent à eux seuls 39 % de l’opacité internationale, et 88 % si on y ajoute les autres pays de l’Union européenne et les territoires sous son influence (...) » Et l'ONG d'indiquer : « (...) parmi les premiers pourvoyeurs d’opacité, dans lesquels afflue l’argent sale (produit de l’évasion fiscale, de la corruption ou d’activités criminelles), on trouve le Luxembourg, les États-Unis, la Suisse, les îles Caïmans et Hong Kong (...) » Mais aussi (Voir tableau page 12 du rapport des « territoires les plus nocifs ») : Le Japon, l'Allemagne, le Royaume Uni et la Belgique !

Mais alors, à quoi ont servi les fameux « traités d’échange d’informations avec au moins 12 autres territoires » à qui ils promettent de communiquer des renseignements en matière fiscale, à la demande ?

Rappelons tout d'abord que ceux-ci excluaient : « (...) les territoires un peu trop connectés politiquement à certains États du G20 comme les îles vierges britanniques ou Hong-Kong ou Macao (...) » Ce qui a eu le don de mettre en rage la Suisse qui affirme que la plupart des fonds hébergés chez elle s'y seraient réfugiés en toute impunité depuis 2 ans ! En ce qui concerne les autres pays, CCFD Terre Solidaire nous explique qu'il : « (...) a suffi pour de nombreux paradis fiscaux de signer des traités entre eux ou avec des partenaires non significatifs pour atteindre le chiffre de 12 (...) Il est probable, par exemple, que l’Italie aurait su faire meilleur usage d’une convention d’échange de renseignements fiscaux avec Monaco que les Bahamas ou le Groenland mais la Principauté a préféré ces deux derniers (...) »

Alors, lorsque l'OCDE
se satisfait des 14 milliards de dollars, que la lutte contre les paradis fiscaux a rapporté depuis deux ans, on pourrait être tenté de sourire lorsqu'on sait que le montant est, non significatif, par rapport à l'ampleur de la fraude et l'évasion fiscale ! Car comme le rappelle CCFD Terre Solidaire (en pages 57 et 58 de son rapport ) : Les entreprises multinationales n'ont pas d'obligation de publier leurs comptes pays par pays. Les sociétés écran se portent bien. Et, la délinquance économique et financière, notamment en matière fiscale, perdrait énormément de son intérêt si elle cessait de faire l’objet d’une large impunité !

Alors, que va faire notre Président « tueur de paradis fiscaux » ? Eh bien pas grand chose semble t-il, puisque : « (...) force est de constater que les rangs de la lutte contre les paradis fiscaux au sein du G20 se sont éclaircis. Et les alliés de 2009, notamment l’Allemagne et les États-Unis semblent aujourd’hui concentrer leur attention sur d’autres sujets ou préférer des mesures unilatérales ou bilatérales (...) le Royaume-Uni qui doit une part de sa prospérité à l’envergure de la place financière londonienne, avance à reculons sur la question (...) » Et surtout, ajoute CCFD-Terre Solidaire : « Malgré les annonces de Nicolas Sarkozy en décembre 2010, la France n’a pas retenu le sujet au rang de ses priorités (...) »

C'est d'autant plus dommage que les mesures que vont évoquer les pays participants au G20 vont en partie se résumer à faire payer leurs dettes aux populations en diminuant les montants affectés à la santé, l'éducation, le traitement de la précarité, tout en augmentant sans cesse ... l'âge de départ à la retraite ! Après tout, pourquoi perdre du temps à traquer des sommes colossales qui échappe aux fiscs des pays du G20, dans la mesure où depuis 2009 : « Il n'y a plus de paradis fiscaux. Les paradis fiscaux, le secret bancaire, c'est fini » ?

(+ Bibliographie et sources, liens internet)

 

J-C Slovar

25/10/2011

Où l'auteur est perturbé dans ses justes et bons loisirs par un chat chafouin

 

Fin octobre 2011. L’auteur est installé dans un confortable canapé profond du Pfalz. Il a mal au dos et se sent légèrement exténué, car ses 80 kilos de muscles viennent d’affronter seuls et sans aide, durant 20 minutes sur un sol en pente défavorable, une balle de foin de 2 mètres de haut sur 1 de large (ce qui, en raison d’une densité fouineuse de 140kg/m3, lui faisait un adversaire qui titrait dans les 440 kilos) qu’il a finalement forcé à reculer d’au moins 2 mètres en y laissant deux litres de sueur et dix-huit pages d’insanités inreproductibles ici mais très imagées et fleuries autant que gratinées. Il s’apprête méritoirement à profiter de l’un des rares bienfaits de la technologie dont il jouit sans arrière-pensée en visionnant, sur le seul objet que Steve Jobs* ait jamais réussi à lui fourguer, un match de handball de la Champions’ League de handball et de haut niveau opposant de rusés Berlinois à d’athlétiques Madrilènes. Tout à coup, dans le seul but de nuire, un chat balinais dénommé Arko, en mal d’attention et avec un culot considérable, s’insinue sur le clavier dudit objet, bloquant irrémédiablement les doigts, le bras et la vue du spectateur en puissance fort désobligé de la sournoise manœuvre qu’il n’a pas vu venir. Avisant la présence à sa gauche d’une photographe sur le point de tirer le portrait de la scène dont il est partiellement le héros en même temps que l’involontaire victime, l’auteur a la présence d’esprit de retarder de quelques secondes la prise par la peau du dos et le lançage par la fenêtre du félon félin, et concomitamment (preuve qu’il est multi-tâche) d’arborer à destination des générations futures un sourire de circonstance aussi peu sincère que forcé de façon à leur masquer la véritable nature de l’origine et des enjeux de ladite scène ainsi que son véritable caractère profondément hostile à toute interférence animalière durant ses loisirs sportifs.

 

Et finalement, ce sont les Madrilènes qui l’ont emporté.

 

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* Steve Jobs, un génie, lis-je quasi partout. Peuh. Faut-il que l’humanité ait sombré dans le matérialisme le plus basique et le moins éclairé pour considérer génial un vulgaire fabricant d’objets utilitaires à grande échelle commerciale dans un but de profit ? Pas moins géniaux que lui, alors, l’inventeur de la poubelle, celui du char à voile, du trombone de bureau, de la poudre à laver et du casque à pointe. Soyons sérieux deux minutes. Un peu de hauteur et de lucidité, de temps en temps, seraient 'ach'ment profitables à l'humanité tout entière.

19/10/2011

Où l'auteur se demande comment persuader son lectorat d'aller assister à un spectacle tellement imprégné de sublime qu'il confine quasiment au génie

 

Comment vous dire que j’ai vu hier soir un spectacle résolument inoubliable ? Allez, je me lance …

 

Il y a ce petit théâtre qui m’était inconnu, comme un nid cossu tapi sous le sol à un jet de pierre de la place Flagey (et son parking souterrain bien pratique), le genre d’endroit précieux où l’on devine que se passent régulièrement, loin de la fureur moutonnière des modes, des petits miracles de création dus à des artisans passionnés, sincères, sans prétention et peu ou pas du tout médiatisés.

Il y a la beauté, l’inventivité, la simplicité et la puissance des textes magnifiques de Géo Norge, son attention à tout ce qui se passe (la fourmi, la vague, Robert qui s’en va…) et sa langue directe et colorée, qui me fourguent invariablement des frissons à l’âme qui vont d’ici à là voir figure A.

Il y a la mise en scène d’une justesse évidente et servant merveilleusement le propos.

Il y a le formidable interprète Martial d’Hoé (qui ressemble furieusement à un croisement entre Pierre Arditi et Jean-Paul Corbineau - le chanteur de Tri Yann - avec en prime la somme de leur charisme), qui joue vrai, intense et habité, drôle et émouvant, étonné et bienveillant, espiègle et désabusé, naïf et roué.

Il y a de la musique, de la danse, des textes et des chansons. Parfois avec un petit couac, mais Norge, qui prenait tout en vrac, aurait adoré même les couacs (surtout les couacs).

Tout ça fonctionne naturellement, avec grâce et hauteur (beaucoup de hauteur).

Douze heures plus tard, je suis encore sur mon petit nuage et le monde me semble étonnamment beau.

 

« Soleil, tu vois tout de trop haut », un spectacle sublime et bouleversant, probablement la représentation la plus poétique à laquelle j’ai assisté jusqu’à ce jour, comme un petit trésor sur scène, un éclair d’une beauté rare, le plus beau des bleus du ciel. Il n’y manque qu’un public nombreux. Courez-y vite, ça se termine déjà ce samedi.

 

Théâtre de la Clarencière à Bruxelles (Ixelles) du mardi 18 au samedi 22 octobre à 20h30.

 

 

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08/09/2011

Où l'auteur se fait légèrement choir...

 

Ici, on bulle et on s'encroûte.

Comprenne qui pourra.

 

20/08/2011

Où l'auteur tire d'un objectif constat une pertinente question

 

Quand je vais au resto, je m'ennuie.

Quand je sors en boite, je m'emmerde.

Quand je vais au cinéma, je me fais choir.

Quand je lis un roman, je m'endors.

Tout lit inconnu s'arrange pour me faire passer une mauvaise nuit.

Les boissons alcoolisées me font des lendemains pénibles.

Les plateaux de la balance des cons viennent de basculer : avant, il n'y avait que des vieux cons ; avec le temps, la proportion de jeunes cons s'est accrue et dépasse aujourd'hui largement les 50%.

Un nombre croissant de gens autour de moi s'enquièrent de plus en plus fréquemment de ma santé en général voire, pour les plus hardis, de l'état de mes principaux organes en particulier.

Je connais(sais) personnellement au moins vingt personnes plus jeunes que moi qui sont décédées. 

J'attrape des envies de sieste dès la fin de la matinée.

A chaque nouveau groupe qui apparaît, je me dis invariablement que pfff, untel ou autretel faisait déjà pareil en mieux* il y a 20 ou 30 ans. Et quand Lady Gaga arrive malgré moi au contact de mes yeux ou de mes oreilles, je vomis.

Desproges et Perec me manquent.

Les mots croisés des grands journaux ont toujours été ou sont devenus beaucoup trop faciles.

Tout chat domestique que je croise vient immanquablement s'installer sur mes genoux.

 

Le tout un peu plus qu'hier et, je le crains, un peu moins que demain.

Je me demande si je ne serais pas en train de vieillir.

 

*oxymore

11/08/2011

Où l'auteur tombe par hasard sur un texte bien torché qui dénonce avec justesse l'une des innombrables dérives du sport-roi méga-pourri qui, avec le temps, lui est devenu carrément insupportable

 

Lu sur le blog de Jérôme LATTA à http://latta.blog.lemonde.fr/2011/03/03/irresponsables/#x...

  

Valenciennes-Lorient, samedi soir. Francis Coquelin, jeune défenseur breton déjà averti pour un tirage de maillot, se jette en direction de son adversaire: son tacle n’est pas dangereux, mais il est complètement raté et son bras relevé vient contrer le ballon. Estimant cette main volontaire, l’arbitre sort un deuxième carton jaune tout aussi légitime que le premier et expulse le joueur après lui avoir rappelé qu’il venait d’échapper, sur une action précédente, à cette sanction. Coquelin, après avoir mimé l’incompréhension avec conviction, ne quitte pas le terrain sans mettre un grand coup de semelle sur une barrière.

 

QUI “INSULTE” LE JEU ?

 

À la fin du match, son entraîneur Christian Gourcuff commente cette expulsion devant les caméras de Canal+: “Tant que les arbitres n’auront pas d’intelligence dans le discernement (sic), on sera toutes les semaines confrontés à ce type de situation. Il y a une main qui n’est pas volontaire, il met un carton jaune, c’est une aberration, c’est une insulte au jeu”. L’homme qui prononce ses mots est pourtant estimé comme un entraîneur particulièrement sensé, qui prône un football ambitieux et auquel on prête certaines valeurs. Pourtant, il s’indigne que son joueur ait été sanctionné conformément aux règles, pour un acte d’antijeu et – au mieux – une énorme maladresse, puis il cautionne publiquement son attitude en désignant un bouc émissaire. En réalité, c’est bien Christian Gourcuff qui insulte le jeu, la vérité et l’intelligence de ceux qui l’écoutent.

 

Il ne s’agit pourtant pas de stigmatiser l’entraîneur lorientais ni ses joueurs: ces scènes sont d’une parfaite banalité et l’on en trouve d’autres exemples au cours de cette même soirée. Le Sochalien Brown Ideye, après avoir mis un coup de tête à son vis-à-vis, a eu des protestations d’innocence avant de déclarer dans le vestiaire: “C’est lui qui m’a provoqué le premier. Je n’ai pas fait ça intentionnellement.” Vous avez bien lu. Et s’il “regrette” quelque chose, c’est de laisser ses partenaires à dix.

 

ÉRUCTATIONS

 

Ces scènes qui se sont déroulées au cours de la 25e journée ont eu des précédents au cours des vingt-quatre autres. Chaque semaine ou presque, des entraîneurs qui passent leur temps à vociférer contre les arbitres et à sortir de leur zone, crient au déni de justice et fustigent le manque de psychologie des arbitres quand ils se font expulser. Des équipes de télévision filment des dirigeants éructant contre le trio arbitral jusque devant la porte de leur vestiaire. Des joueurs, après avoir commis des fautes grossières dont ils sont parfaitement conscients, hurlent sur l’arbitre comme s’il commettait la pire des erreurs judiciaires.

 

On pourrait invoquer le “respect”, mais ce terme est instrumentalisé à l’extrême, et surtout il s’agit bien plus d’une question de responsabilité: simplement, tous ces acteurs du football n’en ont plus la moindre notion. Ils ne sont pas responsables de leurs actes et sont tout aussi incapables de s’en excuser (n’évoquons, de la Coupe du monde des Bleus, que l’extraordinaire impotence des principaux protagonistes au moment d’assumer leurs actes). Le football vit sous le régime de l’irresponsabilité, et celle-ci est parfaitement organisée. Les contrevenants n’encourent que les sermons vains du Conseil national de l’éthique et des suspensions dont les entraîneurs se moquent ouvertement en assistant aux matches juste derrière les grillages. Quand ils ne participent pas à la curée anti-arbitrale, la plupart des médias la mettent en scène complaisamment… et refusent toute critique à cet égard.

 

SANS VERGOGNE

 

Nul besoin d’invoquer la “mentalité” des footballeurs où leur extraction pour expliquer de telles attitudes: c’est bien le football tout entier qui cultive cette fuite de toute responsabilité, et des joueurs comme Nicolas “Jamais ma faute” Anelka sont finalement le produit le plus abouti de cette morale particulière. Dans un milieu où les contrats entre les clubs et les joueurs n’ont aucune valeur d’engagement, où seuls les arbitres sont sommés de reconnaître leurs erreurs, où les présidents de clubs en déroute ne démissionnent jamais, comment leur reprocher de pousser à l’extrême l’égoïsme et l’infantilisme si vivement encouragés autour d’eux?

 

Évitons toutefois de croire que le football, surtout coupable de se gargariser constamment de valeurs qu’il bafoue tout aussi constamment, aurait l’exclusivité de ces maux. Il fait écho dans sa propre langue aux mots d’ordre de la vie publique. L’actualité politique illustre ainsi presque quotidiennement le fait que plus personne, même au plus haut niveau de l’État, n’entend endosser ses responsabilités, aussi patentes soient-elles. Le protagoniste de conflits d’intérêts exorbitants est blessé au plus profond de son âme par leur révélation. Un ministre de l’Intérieur condamné pour injure raciale après de piteuses dénégations ne démissionne pas, un autre siégeant au Quai d’Orsay, absurdement compromis en plein renversement du régime tunisien, n’est poussé dehors qu’en dernière extrémité… pour se poser en victime. Et combien d’autres milieux récompensent ostensiblement l’absence de vergogne?

 

Au royaume de la plus extrême tartufferie, qui élève le déni de responsabilité au rang de philosophie de vie, le football professionnel est une province banale et les footballeurs ne sont finalement que d’aimables bouffons. Roulez, jeunesse, en vous tordant de douleur feinte après un coup imaginaire, postillonnez sur l’arbitre votre propre culpabilité, refusez l’application de la règle, ne vous excusez jamais, ne reconnaissez rien. Qui oserait vous demander des comptes ou vous parler de dignité?

10/08/2011

Où l'auteur, interrogeant la toile au sujet des émeutes shopping en Angleterre, obtient - après avoir lu un invraisemblable ramassis de conneries - une première explication qui lui semble intéressante…

 

Ce ne sont pas des émeutes de la faim, ce sont des émeutes de consommateurs disqualifiés. Aujourd’hui, nous sommes tous des consommateurs. Des consommateurs d’abord et avant tout. Le lendemain du 11 septembre, pour calmer le traumatisme et l’indignation des américains, George Bush n’avait rien trouvé de mieux à faire que d’appeler les américains à retourner dans les magasins. Le niveau de notre activité commerciale et la facilité avec laquelle nous disposons d'un objet de consommation servent d'indicateur de notre statut social. J'achète, donc je suis. "To shop or not to shop", this is the question. Les boutiques sont ainsi devenues des "pharmacies du social" remplies de médicaments censées pouvoir guérir les maladies de nos vies en commun.

 

(s) Zygmunt Bauman, sociologue, lisez ici l'article intégral (en anglais).

08/08/2011

Où l'auteur persiste dans l'animalerie genre modèle réduit mais à population en forte croissance

 

xn+1=a*xn*(1-xn) est interprété par 32crash sur l'album Y2112Y


Il y a des mouches, Prigogine, Prigogine,

Il y a des mouches, mouches, mouches….

 

Il y a des mouches par milliers

Il y a des mouches par millions

Elles débouchent en rangs serrés

En escadrilles, en bataillons

Il y a des mouches qui vrombissent

Telle une turbine à hélice

Il y a des mouches sous ton toit

Dans ta couche et dans ton chez toi

Des mouches qui te font de l'ombre

Et t'habillent d'un costume sombre

Il y a des mouches qui bourdonnent

Qui fanfaronnent et qui frelonnent

 

Il y a des mouches, Prigogine, Prigogine,

Il y a des mouches, mouches, mouches….

 

Mouches par milliers

Mouches par millions

En rangs serrés

En bataillons

Mouches qui vrombissent

Mouches à hélices

Et qui bourdonnent et qui frelonnent


Il y a des mouches à toute heure

Il y a des mouches sur ta bouche

Il y a des mouches dans ton coeur

Qui prennent corps et qui font souche

Des milliards de larves de mouches

Collées partout d'épaisses couches

Elles tapissent le plafond

Et se réveillent à l'unisson

Et tombent en tourbillons par louches

Et coulent dru comme eau de douche

Des milliards de larves de mouches

Qui prennent corps et qui font mouche

30/07/2011

Où l'auteur expédie le courrier des lecteurs en souffrance

 

Il semblerait que le courrier des lecteurs soit, au cours de l'année écoulée, devenu le Rousselle de mes bleuets, euh non, plutôt le cadet de mes soucis. Je vais donc remédier à cette lacune tout en comblant ce problème, mais avec un bémol, car pour réduire notablement la masse de travail en retard susévoquée, je passerai joyeusement sous silence les messages reçus au cours des mois compris entre août 2010 et juin 2011, non point qu'ils me déplurassent, mais juste parce que pas le temps quoi.


Ceci étant fait, venons-en donc à juillet 2011. Hormis les quelques dizaines de messages portant sur des sujets futiles auxquels j'ai déjà riplayé en vitesse et en privé, il reste deux mails inrépondus et pas piqués des hannetons, rédigés - tenez-vous bien - par le Président de l'Amicale des Léporidés de France soi-même, qui s'indigne du double fait que

1) les lapins du Pfalz n'ont pas de nom alors que (je cite) 'd'insignifiantes volailles oui' ;

2) les souris puissent se promener impunément au milieu d'une meute de chats.

 

Je lui réponds.

 

Cher Président <toujours se montrer amical voire obséquieux avec un Président, ça peut servir>,

 

Je reconnais bien sous votre plume l'élan du coeur d'une Très Haute Présidentialité toujours prête à défendre les siens (la race lapine) autant qu'à dénigrer les autres, et c'est par la défense des 'autres' que je commencerai.

 

Les volailles d'abord : permettez-moi d'objecter lourdement, les volailles du Pfalz ne sont nullement insignifiantes ; plus de la moitié d'entre elles descendent (certificat à l'appui) en lignes à peu près droites des races piaillantes les plus nobles d'Europe, sont cotées à l'Argus et valent leur poids de graines ; quant aux moins nobles, leur allure, leur teint hâlé et leur plumage souple font envie autant que tourner la tête à bien des célibataires mâles des environs, et pas qu'aux volailleurs. Et puis, il faut bien le reconnaître, la plus chétive d'entre elles est plus volumineuse que le plus gros des lapins.

 

Les chats et souris ensuite : en ce qui concerne la prolifération impunie des secondes, il faut savoir, cher Président, que parmi les premiers, la répartition nobiliaire est à peu près la même que chez les volailles ; or, figurez-vous que les roturiers (soit la moitié de la troupe) suivent assidûment l'exemple des élites (l'autre moitié) qui, du soir au matin, comme c'est à peu près le cas partout, n'en foutent pas une et se contentent de bâfrer leur pâtée et de se dorer la panse au soleil, regardant de loin, avec dédain et sans le moindre intérêt les allers et venues des muridés, envoyant ainsi un signal désastreux aux masses inférieures aux aguets qui s'abiment dès lors elles aussi, par mimétisme atavique, dans l'abstinence d'activité utile, ouvrant ainsi de fait la porte à la regrettable prolifération de la population souriçante.

 

En ce qui concerne les Léporidés, dont le cas vous importe sans doute plus que celui des volailles et des chats auxquels je viens malgré tout, par pure obligeance envers Vous, de consacrer un double paragraphe entier, croyez bien que je suis parfaitement au courant de l'Article 3 de la Déclaration Universelle des Droits du Lapin qui dit : 'Tout lapin a droit à un patronyme décent'. Cet article est appliqué à la lettre dans ladite ferme, chaque léporidé portant un nom (même si je n'en ai cité aucun précédemment en raison sans doute de la fréquentation assidue des chats de lignée qui m'a inoculé le virus de la paresse, c'est pas impossible, va-t'en savoir) correspondant par ailleurs et parfaitement à sa caractéristique principale : le lapin blanc s'appelle Blanco (je traduis tous les noms allemands en leur équivalent français), le noir s'appelle Noiraud, le brun s'appelle Bruno, celui avec de longues oreilles s'appelle (devinez?) Longues-Oreilles, celui avec le pelage le plus abondant s'appelle Velu, et celui avec les plus grands yeux s'appelle Grands-Yeux. Vous constaterez, avec plaisir j'espère, et moi-même je fus sidéré par le constatage, que les propriétaires desdits lapins ne se sont laissé aller - c'est le moins qu'on puisse dire - à aucune forme d'excentricité ou de farfeluation dans le nominage desdits animaux, respectant en cela de façon scrupuleuse tant la lettre que l'esprit du texte de loi évoqué plus haut.

 

Toujours à votre service, Cher Président, pour Vous éclairer sur tout sujet que Vous pourriez juger utile, et en Vous rappelant que je me montrerais fort reconnaissant en flagorneries reluisantes et courbettes plus bas que terre si Vous aviez l'obligeance de m'octroyer un poste de prestige ne réclamant ni compétence ni efficacité ni même prestations réelles tout en étant giga-rémunéré, je vous prie de croire etc.

 

Et le comble, c'est que tout ceci n'est que vérité vraie.

27/07/2011

Où l'auteur en a pris plein la tronche durant ses vacances inédites dans l'un des plus lointains pays européens

 

Pour fêter les 20 ans de son indépendance, l'auteur est allé passer une semaine en Estonie, le plus nordique des trois états baltes empilés les uns sur les autres directement sous la Finlande et à droite du bas de la Suède sans compter la mer, et à gauche de la Russie, pays dont il ne savait auparavant à peu près rien à l'exception du nom de ses 3 plus grandes villes, à savoir Tallinn, Tartu et Rakvere parce qu'elles ont des clubs de footisme ou de baskettage.

 

Avant d'entrer dans le vif du sujet, et pour éviter au lecteur inculte de se mélanger les pinceaux, voici un petit moyen mnémotechnique fort pratique permettant d'apparier correctement les capitales des 2/3 des pays baltes : retenez tout simplement 'Les rillettes de Thalès' pour retrouver les couples Riga-Lettonie et Tallinn-Estonie. Facile, non ? (L'auteur peut-être un brin optimiste présuppose que, comme lui, aucun membre de son lectorat n'ignore que le 3e état, celui du bas, est la Lithuanie et que sa capitale s'appelle Vilnius - ce que devrait savoir tout un chacun qui a étudié les campagnes napoléoniennes et en particulier la conquête ratée de Moscou et la retraite de Russie).

 

A peine débarqué à Tallinn, au bord de la mer baltique, sans avoir vraiment pris la peine de préparer son voyage en dehors de la réservation d'un siège d'avion et d'une chambre d'hôtel, l'auteur fraîchement débarqué est d'emblée pris d'un fort élan de sympathie à l'égard de ce pays nouveau quand il apprend qu'ici, un taxi s'appelle un takso, et que le total (d'une addition de restaurant, par exemple) s'écrit kokku.

 

Une seule journée passée à Tallinn suffit à se rendre compte que le centre-ville est un minuscule mais fort efficace véritable hold-up à touristes (surtout des finlandais, allemands et italiens), que tout y est surfait, et pas seulement les prix, que les fruits et légumes viennent de loin (Italie, Chine, Afrique du Sud) et que les rares denrées fraîches qui viennent de près sont dégueulasses (évitez comme la peste les prunes de Lettonie (pour le nom de la capitale, voir plus haut) testées par l'auteur : pas mûres, sans goût, et elles pourrissent vite), et enfin que l'évitement des foules ainsi que la dimension culturelle souhaités pour le séjour nécessiteront l'exploration d'endroits situés dans un rayon largement supérieur à un kilomètre.

 

Dès le lendemain cependant, l'auteur prend l'exact contrepied de ses résolutions de la veille pour explorer strictement sur place les charmes des thermes (innombrables piscines avec dedans des bars servant des mojitos XXL hallucinants, saunas et jacuzzis) qui constituent l'essentiel du rez du génial hôtel qu'il s'est judicieusement choisi quasi à son insu.

 

Un jour et une gueule de bois plus tard, autre bonne surprise à une bonne demi-heure (à pied) du centre, le musée d'art moderne dit KUMU est magnifique et présente une fort impressionnante rétrospective des artistes-peintres estoniens qui n'ont pas grand-chose à envier à leurs homologues occidentaux autrement plus réputés : le pays a aussi ses impressionnistes, fauvistes, expressionnistes, abstraits, hyperréalistes et autres, bourrés de talent même si parfois avec un temps de retard, et les parallèles avec des oeuvres bien connues de par chez nous sont évidents et nombreux. L'occupation soviétique durant un demi-siècle a évident contrarié l'art en général, mais en partie seulement, les artistes semblant, après une première et assez rude période de purges et de déportations, avoir bénéficié d'une certaine liberté d'expression - en tout cas les années russes sont loin de n'avoir produit que des oeuvres de propagande via des opportunistes à la botte couchés sous la moquette (il y en un certain nombre, of course, mais pas toujours les pires). Par contre, les créations les plus récentes ne valent, à mon sens, pas tripette car leurs auteurs se cantonnent à la fois dans la facilité et la monochromie - assez curieusement, j'adresse le même reproche depuis des lustres à la section contemporaine du MAM de Bruxelles. Je devrais nuancer mais bof.

 

Revenant en ses pénates momentanées en flânant sur les quais du port, l'auteur apprend incidemment et par hasard que les plans et les cartes du temps des russes étaient toutes systématiquement déformées et tordues, que rien ne correspondait à la réalité, et que les rares touristes occidentaux s'aventurant dans Tallinn-La-Belle-Vitrine-pour-Occidentaux-Naïfs s'arrachaient les cheveux sur des distances inexactes, des orientations erronées, des rues non renseignées, et même des quartiers entiers de la ville non repris ! L'auteur remercie donc le ciel de ces jours présents et heureux où une carte adéquate lui permet de rejoindre son hôtel en ligne quasi-droite, car franchement il fait chaud et qu'il n'a aucune envie de se faire ch*** à se taper des tas d'hectomètres superflus.

 

Dès que l'on sort de Tallinn, la qualité des biens et des services augmente et les prix sont divisés par 2 ou plus. "Bon bien mais c'est censure !", se dit du coup l'auteur qui, conscient que de longues ballades hors de la capitale lui seront profitables ainsi qu'à son portefeuille, la déserte plusieurs jours durant.

Première constatation : le pays est uniformément plat ; le lieu le plus haut sur lequel on (et donc l'auteur l'a fait) peut faire grimpette est un … terril de l'époque soviétique situé à l'écart de la ville industrielle de Kivioli, dont les carrières continuent à être exploitées et qui s'en prépare actuellement un autre (de terril) aux proportions hallucinantes.

Deuxième constatation : d'anciennes fermes ont été magnifiquement restaurées et gagnent à être connues avant que le tourisme de masse s'en empare.

Troisième découverte : un gigantesque terrain d'aviation soviétique (pour 38 Migs) aujourd'hui abandonné à la jeunesse locale qui vient y tester en toute discrétion les performances de ses voitures et motos surcustomisées. 

Quatrième surprise : à une heure de Tallinn, un manoir de 1.600m2 habitables sur 2 étages à retaper (sauf le toit, impeccable) + 50 ha de terrain se négocie à 750.000 EUR (non 75.000 comme indiqué trop vite), c'est donné, compter le triple restauration comprise. Qui investit ?

 

Pour ce que j'ai pu en voir en 3 jours d'exploration assidue, la partie Est du pays semble bien plus développée (plus de champs cultivés, moins de maisons abandonnées, villages plus accueillants…) que la partie Ouest. Par contre, l'état des routes laisse à désirer partout, inutile d'espérer dépasser une moyenne de 70km/h. Il y a des deux côtés de nombreux châteaux médiévaux à divers états d'entretien et de restauration, et les explications du guide laissent entrevoir une histoire invraisemblablement complexe et estonnante faite d'incessants morcellements, alliances, déchirements, conquêtes où s'affrontent Chevaliers de l'Ordre Teutonique, Allemands, Danois, Polonais, Suédois, Russes, et je suis certain d'en oublier.

 

Le plus étonnant fut de constater que sur chacun des nombreux chantiers rencontrés au cours des nombreux déplacements, il n'y avait systématiquement… qu'un seul ouvrier présent pour travailler ; ce fut particulièrement frappant le dernier lundi du séjour : un ouvrier croisé à l'aller à 9h10 du matin sur un chantier de construction d'autoroute, qui y déversait du gravier avec un tout petit engin, y faisait toujours et exactement la même chose au retour le soir à 18h30. J'en conclus 1) que le pays connaît une grave pénurie de main-d'oeuvre qualifiée ; 2) que les journées de travail de la main-d'oeuvre qualifiée sont foutrement longues (probablement en raison de la pénurie pré-évoquée) et 3) que la modernisation ferme et définitive du pays, dont le potentiel est énorme, n'est pas pour demain.

 

Ceci dit, ces vacances furent parfaites, et j'y retournerai à la moindre occasion…

22/07/2011

Où l'auteur, un brin agacé par les humains, s'intéresse aux animaux qu'il a sous la main et dresse la liste, par ordre décroissant, des soixante-huit résidents de sa ferme préférée du Pfalz

 

Dix-huit gallinacés

L'énorme coq brun-roux Google passe l'essentiel de son temps sur les marches de la maison. Toujours en quête de nourriture et n'ayant jamais froid aux yeux, il va régulièrement chiper - avec un aplomb sidérant - des saucisses brûlantes sur le barbecue, voire même des sandwiches aux fromage tenus en main trop mollement par les convives festoyant dans la cour avant. La poule Emma vit dans son ombre sans faire d'histoires. Trois autre coqs sont confinés dans divers espaces des étables et de la cour arrière pour éviter qu'ils se rencontrent (c'est le combat assuré). Treize poules et poulets (à compter soigneusement tous les soirs avant fermeture des portes, à cause des renards) ont leur propre espace d'où ils peuvent en journée rejoindre les lapins et/ou les chèvres selon leur bon plaisir. 

 

Quatorze chats

Les chats sont strictement regroupés selon leurs affinités dans des espaces séparés (la moitié dans la maison et l'autre dans la cour arrière) et il est donc indispensable de veiller, lors de tout déplacement, à refermer soigneusement les portes derrière soi ; les plus cruciales de celles-ci sont clairement repérées à l'aide d'un triangle rouge, et l'impitoyable colère des proprios s'abattrait sans détour sur le malheureux ou le maladroit qui laisserait s'échapper un animal vers une zone interdite dans laquelle il foutrait le boxon.

Nick est un chat de gouttière tigré un peu trop aventureux pour ses moyens : il adore grimper aux échelles pour aller explorer les hauteurs himalayennes des granges, toits et fenils, mais il est infoutu d'en redescendre seul. Alors, irrémédiablement coincé en ces sommets sans eau ni nourriture, il émet de forts gémissements plaintifs en attendant qu'on vienne le rechercher. Cependant, il est très coopératif dès que le sauveteur se présente : il se place sagement sur son dos  et reste tranquille durant toute la descente.

Milla est la chatte la plus sensuelle : bien en chair, pelage gris clair doux comme de l'ouate, elle squatte les lits, fauteuils et coussins les plus profonds et confortables, se met sur le dos dès la première caresse et enclenche alors un ronronnement à peu près aussi bruyant qu'un réacteur de Boeing. Ne jamais se vêtir de noir quand elle paresse dans les environs, elle perd ses poils en abondance et les sème partout.

Hexe ('Sorcière'), une chatte toute noire, est la plus méchante. Elle se laisse approcher et même caresser… avant de se mettre soudainement à mordre et à griffer. Une vraie garce. Il paraît qu'elle était régulièrement battue par ses propriétaires antérieurs, mais quand même… 

Kleiner Mann a été recueilli tout petit en Belgique, et c'est le plus malin de tous : il parvient à ouvrir toutes les portes qui ne sont pas fermées à clé en sautant sur les poignées, et même à faire sauter les verrous accessibles à ses petites pattes. Du coup, toutes les portes sont équipées d'un système dit "anti-KM".

Spotty, qui vit dans la cour arrière, est à la fois kamikaze et affectueux, ce qui le rend collant : pour peu qu'il vous aime bien, à chaque fois que vous passez à sa portée il grimpe dans les hauteurs d'où il bondit pour atterrir sur votre dos, et se met à y ronronner illico pour tenter de se faire pardonner à la fois son audace et les 250 (longs) poils roux qu'il abandonne instantanément sur son point de chute. La première fois ça surprend, d'autant que l'animal, fort bien nourri, n'est pas spécialement léger. Par la suite, on s'arrange pour ne pas lui tourner le dos tout en se tenant loin des escaliers et des toits bas d'où il s'élance.

Nessie, qui ne s'entend avec personne, est enfermée dans une petite salle de bains qui, depuis, n'est quasiment plus utilisée tant sa présence est désagréable et dissuasive : elle est toute noire et si laide qu'on dirait un croisement entre un morceau de charbon et un vampire ; quand elle ouvre la gueule, on croirait faire face à un dragon ; en plus, il lui manque la moitié d'une oreille perdue dans une bagarre.

Arko est le roi de la maison, où il est le seul à pouvoir aller et venir à sa guise. Il ne se mêle jamais aux autres. Il est rarement au sol mais évolue généralement en hauteur, sur les meubles, où il tourne résolument et ostensiblement le dos aux personnes présentes en signe de dégoût dès que leur attention se porte un autre félin que lui. Il ne mange que les mets les plus exquis issus des boîtes les plus chères, du genre 'Ragoût Impérial pour Sa Haute Sublissimité' ou 'Régal de Viandes pour Son Insondable Magnificence' (je traduis approximativement), et c'est lui qui décide de l'heure de la bouffe : deux à trois fois par jour, il monte sur son buffet préféré, prend la pose et attend ; comme il a coûté une fortune et que les proprios l'adorent (ils le laissent même dormir dans leur lit, c'est dire la considérabilité de la dévotion qu'ils lui portent), ça marche : il est servi dans les secondes qui suivent. Il n'est pas rare que le cuistre se contente alors de renifler et ne daigne ingurgiter que plus tard, à la suite d'un laps de temps souvent fort long durant lequel aucun autre chat présent ne se risquerait à venir croûter dans la Royale assiette provisoirement délaissée. Arko est un balinais. Les balinais sont une race à tête triangulaire, ainsi dénommée non parce qu'elle provient de l'île indonésienne de Bali, mais parce que ses représentants sont censés se mouvoir avec la grâce des danseuses des temples sacrés de celle-ci. La grâce n'a pourtant guère élu domicile chez Arko : sa Majesté est particulièrement maladroite et se rétame régulièrement (et royalement) la gueule en ratant des sauts faciles, ce qui me fait ricaner.

Le pire ennemi d'Arko (ce qui ne signifie nullement qu'il est plus sympa) c'est Orry, un siamois noir et beige à pellicules, très imbu de sa personne et gros demandeur d'attention, avec lequel chaque rencontre se termine invariablement en pugilat, ce qui vaut au siamois, moins considéré alors que presqu'aussi onéreux, d'être confiné à la cuisine, où il forme un improbable duo avec la plus adorable matoute de tout le cheptel, Momo, 21 ans (à l'échelle humaine, quasiment une centenaire), absolument craquante avec ses grands yeux noirs et un regard top-fondant, même si elle n'a plus que la peau sur les os, se déplace difficilement et sert à l'occasion de souffre-douleur au siamois sus-évoqué.

Il y a encore Wicht (un opportuniste qui se fait discret mais profite de la moindre porte ouverte pour s'engouffrer dans la pièce) puis Fuchs, Line, Fauch et Schnurr que je croise à l'occasion mais qui mènent une existence plus discrète que les autres dans l'arrière-cour.

 

Douze chinchillas

La plupart n'ont pas de nom et vivent dans de grandes cages, dans un coin reculé du bunker (la cave à provision). Tout ce que j'en perçois, c'est une odeur limite pestilentielle, qui ne provient pas d'eux mais des souris qui squattent les murs et leur nourriture, ce qui m'a jusqu'à présent retenu d'aller les voir de plus près.

 

Six lapins

Gentils, discrets et calmes, ce sont les plus paisibles des habitants de la ferme. Ils ne manifestent cependant aucun entrain particulier quand il s'agit de se soumettre aux salutaires injections vaccinatoires auxquelles ils ont droit régulièrement.  

 

Quatre chevaux

Les quatre chevaux sont des purs-sangs magnifiques régulièrement montés, entraînés et dressés, qui sautent à l'occasion des obstacles d'une hauteur vertigineuse. Diana et Zamira sont deux juments tranquilles et sans histoire, fréquemment absentes pour cause de villégiature chez un fermier voisin. Amigo et Jack, l'un noir et l'autre d'un brun intense, se montrent dociles et coopératifs quand il s'agit de les amener sur les pâtures le matin ou de les ramener à la ferme à la nuit tombée, une tâche que je n'accomplis jamais seul mais chaque fois avec honneur, fierté et un profond bien-être intérieur difficile à décrire. Amigo, qui n'hésite jamais, au sortir de son box, à faire un petit crochet pour plonger avidement sur le seau à grains des volatiles, est l'indéfectible ami et voisin de box de l'âne Timmy qu'il suivrait aveuglément jusqu'en enfer et dont il sera question plus loin.

 

Trois canards

Joseph est tout blanc, avec une grosse houppe sur la tête, Zéphyrin blanc aussi et fort pataud, Domino mi-noir mi-blanc. Les trois sont très comiques, inséparables, et évoluent généralement dans le sillage des oies avec lesquelles ils jouent à longueur de journée les choristes bruyants et peu harmonieux.

 

Deux cochons ventrus

En provenance d'un élevage intensif d'un village voisin dont le propriétaire, moribond, ne parvenait plus à assurer la survie, Nero et Schröder sont deux énormes estomacs grisâtres à courtes gambettes qui ne possèdent sur le sommet du dos que quelques poils durs comme du fil de fer. Ils parviennent à l'occasion à casser l'un des trois madriers de 15cm de diamètre qui ceint leur espace, et débouchent alors dans l'arrière-cour où, faute d'être arrêtés très vite, ils dévorent d'abord toutes les fleurs à portée de groin avant de renverser les tonneaux de réserves de blé et de les bâfrer en un temps record. Pour le reste, ils sont plutôt paisibles et ne bronchent pas quand, par exemple, les poules viennent picorer dans leur gamelle ou que les proprios viennent mettre leurs doigts dans leurs énormes trous de nez, ce qui les ravit.   

 

Deux sangliers

Geraldine a été abandonnée encore petite et malade par sa famille avant d'être trouvée par un paysan passant par hasard dans la forêt qui la sauva in extremis ; Alfred est le seul marcassin rescapé du massacre de sa famille par des chasseurs. Les deux bestiaux sont devenus des sangliers énormes, de véritables enclumes poilues géantes sur pattes, imprévisibles, brusques et bruyants, dans lesquels on sent que couve une puissance démesurée, et je me demande parfois si l'enclos de briques de 80cm d'épaisseur où ils évoluent leur résisterait le jour où ils auraient vraiment décidé de rejoindre leur forêt natale toute proche. Ce serait dommage car ils finissent toujours avec appétit tout ce dont les autres animaux de la ferme ne veulent pas. En parlant de nourriture, la bravoure légendaire qui m'habite est, dans le cas des sangliers, grandement contrariée par mon sens inné de la survie, et pour rien au monde je n'entrerais dans leur enclos pour les nourrir : ayant vu la gueule ouverte et démesurée d'Alfred et la longueur insensée de ses dents, sachant qu'il a déjà dévoré en une bouchée nonchalante l'un ou l'autre poulet égaré, je sens que le coco, pour peu qu'il soit désobligé de ma présence, pourrait aisément me broyer la jambe sans bouger les oreilles. Je m'abstiens donc sagement de lui donner l'occasion de me croûter sur un malentendu, et me contente de lancer leur repas par-dessus la barrière.

 

Deux caprins

Le bouc Flaffy est aussi blanc de poil, extraverti et intrépide que sa compagne Ella est noiraude, distante et craintive ; il n'hésite pas à utiliser ses cornes pour tenter de forcer le passage par la porte entrouverte, ce qu'il ne réussit que rarement. Son plus grand bonheur est, oubliant qu'il est devenu adulte et a quadruplé en taille, de s'asseoir sur les genoux des proprios qui y consentent rarement et de mauvais gré car l'animal est si grand qu'ils en sont fort gênés.

 

Deux oies

Gustav et Gertrude ont leur petite cage dans la cour arrière et traversent les étables le matin pour passer la journée dans la cour avant, où elles font un raffut de tous les diables au moindre mouvement de qui que ce soit. Très agressives avec les inconnus, qu'elles font mine d'attaquer avec un sifflement sinistre, elle sont facilement dissuadées de poursuivre par une riposte feinte d'un coup de talon dans la tronche, en mon chef peu élégante mais efficace. Elles ont droit chaque jour à des graines et à un grand seau d'eau claire qui, en fin de journée, est devenue brune avec 5 centimètres de boue dans le fond, je me demande comment elles font.     

 

Deux pigeons

Bien que n'ayant pas officiellement leur logis à la ferme, deux pigeons y vivent régulièrement, notamment pour s'y assurer leur ration journalière de graines. Ils se sont donc acoquinés pour ce faire avec les poules, canards et oies de la cour avant.

 

Un âne gris

Timide et craintif envers les inconnus, Timmy gagne en confiance à mesure qu'on le fréquente et devient très sociable. Dans les déplacement vers les pâtures, c'est toujours lui qui ouvre la route à Amigo. La façon dont il marche au milieu des chevaux est plutôt rigolote, la différence correspondant à peu près à celle entre une trottinette et des vélos. Il adore qu'on lui chatouille l'entre-oreilles. Attention à ne pas lui lâcher la bride avant qu'il soit bien sur la pâture (et pas un mètre devant), sinon il s'encourt n'importe où… et les autres le suivent. A la ferme, il brait régulièrement avec une telle force dans les graves qu'on dirait une sirène de bateau (alors qu'on est à 500 km de la mer), et à chaque fois je suis pris de l'irrépressible envie de hurler dans la foulée "Nightboat to Cairooooo !"

13/07/2011

Où l'auteur éberlué se frotte à un premier précepte de la Très Haute Sagesse Pfalzienne.

 

Dans le petit village du Pfalz qui me sert à l'occasion de seconde résidence, entre nourrissage de sangliers, chassage de souris et promenade de chevaux, je participai certain soir tout récent, invité et introduit par des amis bienveillants qui tiennent beaucoup à m'intégrer à leur petite communauté amicalo-rurale, à une agape fort arrosée de bière (industrielle) locale entre gens de tous âges issus des environs.

 

Certes, et malgré des progrès fulgurants, je ne maîtrise encore qu'imparfaitement la langue de Goethe, Ralf Hütter et Alexander Veljanov, mais je suis obligeamment assisté dans mes méritoires efforts de socialisation par une traductrice aussi dévouée que patiente qui me susurre à l'oreille la traduction anglaise des éléments dialectaux les plus susceptibles d'échapper aux non-germanophones, fussent-ils à mon instar bien disposés dans l'attentionnage et/ou supérieurement appliqués dans l'écoutage et la volonté de compréhendage de cette langue encore trop souvent hermétique à mes néophyteuses écoutilles.

 

La soirée battait son plein lorsque l'un des joviaux participants, qu'on ne pouvait pas ne pas voir, un fils d'agriculteur qui dépassait tout le monde d'une tête tout en projetant sur tous une ombre colossale tant sa carrure était immense, un gars du genre taillé dans le chêne auquel on préfère donner un bizou plutôt que de serrer la main qui pourrait inopinément et sans effort broyer la vôtre sans penser à mal, annonça assez fièrement qu'après avoir en vain consacré une année entière à des études universitaires qu'il n'avait pas réussies, il se consacrerait désormais à la recherche… d'une épouse. A la question de savoir quelles devaient être ses qualités, le néo-chercheur affirma sans rire qu'elle ne devait pas forcément être jolie ou intelligente, mais que sa principale qualité serait surtout de… posséder de la terre. Et il ajouta, sur un ton solennel : "Schönheit vergeht, Hektar besteht" ("La beauté passe, l'hectare reste").

 

Tandis que les autres convives se roulaient quasiment sur les tapis, je restai confondu par le bon sens et la praticalité de cette opinion frappée au coin du bon sens, et provenant en droite ligne d'une somme d'expérience et de sagesse probablement issue du fond des âges…

06/07/2011

Où l'auteur flâne dans les sous-bois déserts

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05/07/2011

Où l'auteur donne de très excellentes et valables excuses pour la maigritude de ses postages

Si l’auteur de ce blog n’a plus guère exercé ici depuis des lunes son alerte plume, que le lecteur porté sur les conclusions hâtives s'abstienne de déduire sans y regarder de plus près que ledit auteur n’en br*** plus une. Bien au contraire, l’absence bloquesque du déjà deux fois susdit s’explique par son lançage à corps de plus en plus perdu dans des activités accrues qui lui laissent de moins en moins de temps non occupé.

Parmi de nombreuses autres activités dont il ne dira rien car il ne dit jamais tout, l’auteur a en effet, et récemment :

- découvert le Pfalz (Rhénanie-Palatinat), qui lui fait fort penser aux Ardennes belges mais en plus joli (oui, c’est possible), mieux entretenu et moins cher, et il y passe beaucoup de son temps libre à flâner dans la nature, nettoyer les étables, mener les chevaux aux champs et nourrir sangliers, chèvres, lapins, poules, canards, oies et chats ;
- terminé, avec ses acolytes de dans cent ans sur une planète où tout va de travers, le double album de 32crash intitulé Y2112Y qui sortira en septembre prochain et comportera plus de 20 morceaux originaux ;
- continué de s’intéresser à la politique française en lisant des tas de journaux et en regardant des tas de débats télévisés fort instructifs sur l’insondable médiocrité dans laquelle sombre le débat politique de fond en général dans une Sarkofrance en plein déliquescence ;
- continué à travailler à temps plus que plein dans un job ingrat et mal rémunéré, dans un des seuls secteurs qui lui semble encore valoir la peine de s’investir, qui lui prend bien la tête, mais qu’il adore envers et contre tout ;
- presté sur des scènes étrangères, et particulièrement apprécié le public teuton du festival WGT à Leipzig qui est resté présent et ovationnant jusqu’au bout du concert malgré les ennuis techniques ayant causé en son milieu une interruption de près d’un quart d’heure ;
- brillamment conquis et civilisé la planète à son jeu vidéo préféré ;
- assisté à la brillante fin de saison de l’ US Dunkerque, son club chouchou, qui a remporté la Coupe de France et terminé 3e du championnat ;
- remarqué qu’outre la partie rouge dehors / blanche dedans des radis (qu’il adore), leurs feuilles (dites aussi ‘fanes’) font de délicieux potages, et il se cuisine donc à répétition ce nouveau petit plat savoureux ;
- empilé les jeux de mots de mots calamiteux auprès de ses amis proches ;
- poétisé dans l’humour face des publics connaisseurs et avec la jovialité décomplexée qu’on lui connaît.

Bref et en gros, au microscope ou au détail, rien que du bonheur…

25/04/2011

Où l'auteur cause de Chicago dont, ça tombe bien, il revient

Impressions de Chicago, avril 2011

- Chicago est ma ville US préférée, sans doute parce que c’est la première (avant une bonne centaine autres) où j’ai mis les pieds. Mais y vivre ? Jamais, même pour tout l’or au monde, même aux frais de la princesse dans le très confortable Hotel Allegro sur Randolph West, à moins de 10 blocs du Lac Erie.

- Le nombre d’heures que j’ai dû consacrer aux formalités administratives pour obtenir le visa couvrant les 2 concerts de Front 242 au Cabaret Metro ces 15 et 17 avril a représenté 4 fois la durée totale de ma présence sur scène a l’occasion desdits concerts (oui, les USA du 21e siècle ont parfois de surprenants airs de ressemblance avec l’Union Soviétique du temps de la guerre froide). Ces 2 concerts, non rémunérés, avaient lieu dans le cadre de 3 soirées (archi-complètes) de célébration du 33 1/3e anniversaire de la création du label US Wax Trax qui a permis à Front 242 de se faire connaître connaître sur le continent américain à partir de 1983, et dont les 2 membres fondateurs, Jim Nash et Danny Flesher, sont décédés. L’ensemble des bénéfices réalisés à été versé dès le lendemain à un institut de recherche sur le sida. Quand il a vu  le montant (pharaonique) du chèque, le directeur dudit institut est tombé de sa chaise.

- Pour autant qu’on puisse trouver beau un ensemble de buildings, les gratte-ciel de Chicago ne sont pas parmi les plus moches au monde (litote).

- Millennium Parkest un vrai parc à l’américaine : 90% de béton et 10% de gazon sur lequel circulent en quad des policiers obèses sans doute chargés de verbaliser les piétons qui oseraient s’y aventurer.

- Au musée, au restaurant, au magasin ou dans les livres de poésie, la moindre citation en français – destinée à faire chic – est incorrecte : elle comporte systématiquement au moins une faute d’orthographe.

- Partout des gens obèses, des mendiants, des gens qui parlent du nez sur un ton agressif et monocorde, des routes mal entretenues, des morceaux de métal rouillé qui tombent des constructions.

- Luc Van Acker (qui concertait avec les Revolting Cocks) est le seul musicien belge de mes connaissances à posséder plus de cheveux à 50 ans qu’à 20.

- Partout, portions de nourriture énormes, et sandwiches emballés dans minimum 4m² de papier, même si vous avez expressément déclaré vouloir manger sur place. Du coup, tous les 5 clients in ze house, la poubelle est pleine. C’est une pratique d’emballage qui, à défaut d'être écologique, crée de l’emploi.

- C’est le temps des playoffs de la NBA. Après plus d’une décennie dans l’ombre, les Chicago Bulls sont de retour au sommet des classements, mais Michael Jordan n’a toujours pas trouvé de successeur a sa hauteur.

- Sous des dehors de convivialité superficielle exagérée (“Ooooh thank you soooo much !”  “You are very very much welcome!”  “Fantastic ! Brilliant !”), la vraie et seule nature des rapports entre les gens est marchande : tout (et son contraire) est objet de transaction financière.

- Auparavant, la règle tacite était de laisser un pourboire (“tip”) de 15% à la personne qui vous avait servi, et on pouvait éventuellement donner moins si on estimait que le service n’avait pas été à la hauteur, ou plus dans le cas inverse. Aujourd’hui, on ne parle plus de “tip” mais d’une “gratuity” incontournable de 18% déjà intégrée dans l'addition. Une gratuité (qui est de fait une payabilité) à la fois obligatoire et qui se monte à 18%, il fallait juste l’oser, c’est chose faite.

- La plupart des restaurants et bars que fréquentait en son temps Al Capone ont disparu, peut-on lire sur la devanture de l’Exchequer qui, lui, existe toujours.

- L’Art Institute est un musée au plan infernal et à l'organisation bordélique (on passe, dans la même pièce et sans préavis, du design des années soixante à la poterie gallo-romaine, bravo la cohérence…) mais qui comporte plusieurs sections intéressantes. Coups de coeur pour Hinoki (Cyprès japonais mort, 2007) de Charles Ray et Untitled de Lee Bontecou, les 2 oeuvres illustrées ci-dessous, nettement plus impressionnantes en vrai qu’en  photo.

 

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- Sarkozy devrait lire la presse américaine pour mesurer l’étendue du ridicule dans lequel il persiste à enterrer l’image de la France à l'étranger. C'est féroce. 

- A la télé, les pubs pour médicaments durent une minute : 2 secondes pour citer le nom du médoc et de l’affection qu’il est supposé soigner, et les 58 secondes qui suivent pour énumérer tous les symptômes possibles et indésirables à l’apparition desquels il faut obligatoirement cesser le traitement.

- Toujours à la télé, pas un mot sur Fukushima lors des informations. Par contre, pleins feux sur la probable candidature présidentielle de Donald Trump, le milliardaire véreux, preuve que Guignol a toujours de l'avenir en politique.

- La plus haute tour du monde antennes comprises est la Willis Tower (ex-Sears), haute comme 283 Barack Obama. Au 103e étage, une plateforme en verre surplombe le vide. De là-haut, on aperçoit des centaines de gratte-ciel, comme une allégorie de l’individualisme forcené qui règne en maitre sur la civilisation occidentale.

- Un sushi raté est toujours incomparablement meilleur et plus sain qu’un hamburger réussi.

- Au retour en Belgique, on apprécie d'échapper enfin au bruit incessant et à la dessication intense induits par le conditionnement d'air généralisé...